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Paru dans Eglise en Ille-et-Vilaine, N°98, le 10 juillet 2006

Christianisme et bouddhisme, quels points de rencontre ?

Texte écrit par Edith Castel
à partir de deux articles fournis par Dennis Gira Directeur adjoint de l’Institut de science et de théologie des religions à l’Institut catholique de Paris Rédacteur en chef de la revue Questions actuelles (Bayard Editions)

Au mois de juillet, Sa Sainteté le Dalaï Lama, le chef spirituel du bouddhisme tibétain, vient à Rennes donner des enseignements. Qu’est-ce que le bouddhisme ? Le dialogue entre bouddhisme et christianisme est-il possible et à quelles conditions ?

Le Bouddha, « l’Eveillé » - celui qui a pénétré et compris les mystères de l’existence - est né en Inde vers le milieu du VIe siècle avant notre ère, dans un milieu aristocratique appartenant au clan des Shakya, d’où l’un des noms les plus connus du Bouddha : Shakyamuni, ou « l’ascète du clan Shakya ». Le nom patronymique du Bouddha était Gautama, et son nom personnel, Siddhartha. Il a été marqué par l’ambiance intellectuelle et spirituelle de son temps : l’homme est prisonnier d’un cycle infernal et incessant de morts et de naissances, le Samsara, ce qui l’empêche de retrouver et de libérer définitivement son véritable soi qui, lui, dépasse infiniment toute petitesse de la vie. Ce qui bloque l’homme dans ce cycle c’est la loi du Karma selon laquelle chaque action négatif posé dans cette vie produit immanquablement un fruit négatif dans une vie ultérieure. Le but de l’homme étant la délivrance définitive et la sortie du cycle des morts et des naissances.

Siddhartha a fini par tout abandonner pour se consacrer à la recherche de la vérité qui pourrait le libérer et libérer l’homme définitivement (le deuxième joyau : le Dharma). Lorsqu’au terme d’une recherche qui a duré des années, il est devenu l’Eveillé - le Bouddha- il a commencé à prêcher. Les fidèles qui se sont rassemblés autour de lui ont formé la première communauté bouddhique (le troisième joyau : le Sangha).

Les Quatre nobles vérités

Illustration extraites du livre « Les Dieux du Bouddhisme ».

Le Bouddha lui-même a résumé son enseignement sous la forme des « Quatre nobles vérités ». La première noble vérité est que la vie est souffrance. La deuxième noble vérité est que la source de cette souffrance réside dans l’ignorance où vit l’homme, de sa propre condition. Chacun se nourrit de l’illusion qu’il existe au fond de lui-même un soi permanent, ce qui le pousse à des réactions du type : « J’ai raison », « Vous avez tort », « Je suis », ou bien « J’ai cela »... Porte ouverte aux actes égoïstes qui, selon la loi du Karma, porteront infailliblement des fruits négatifs pour l’avenir, perpétuant le cycle des morts et des naissances. La troisième noble vérité concerne la cessation de la souffrance : l’homme peut supprimer la souffrance s’il en supprime la cause, à savoir ses propres désirs, et l’ignorance qui en est la source. Ayant supprimé tout désir, l’homme ne posera plus d’actes égoïstes, et ce faisant il se libère des chaînes du karma, et par le fait-même, du cycle des morts et des naissances. Il atteint alors le Nirvana, c’est à dire l’extinction absolue de la soif insatiable d’exister et de posséder. La quatrième noble vérité est la manière de vivre qui permet au pratiquant de faire sienne l’expérience d’Eveil du Bouddha lui-même, en suivant une règle de vie dite « correcte » ou « juste » et qui se résume en huit points : la compréhension juste, la pensée juste, la parole juste, l’action juste, le moyen d’existence juste, l’effort juste, l’attention juste, et la concentration juste. Ces huit points, qui constituent le chemin, visent à favoriser le développement d’une conduite éthique stricte et d’une discipline mentale très rigoureuse qui font mûrir dans le fidèle cette sagesse, qui seule peut préparer le fidèle à l’expérience de l’Eveil.

La première communauté bouddhique qui s’est formée autour du Bouddha était composée du Maître - le Bouddha lui-même -, des aspirants à l’Eveil, et de quelques sages, les Arhats, ceux qui ont déraciné de leur vie toute passion et tout désir. A la mort du Bouddha, le bouddhisme s’est développé dans deux directions. Les disciples qui ont suivi la voie de l’Arhat, de type monastique, ont suivi fidèlement l’enseignement du Bouddha qui pour eux n’était qu’un homme, s’adonnant aux pratiques diverses visant le déracinement des passions . Les autres disciples qui ont dépouillé le Bouddha historique de tout ce qui n’était pas essentiel pour arriver à l’essence même de la bouddhéité, ont professé que tout homme est appelé à réaliser l’Eveil Suprême et Universel. Là se trouve l’origine du « Grand Véhicule » et du « Petit Véhicule ». Le premier, ou voie du Bodhisattva, insiste sur la grandeur de l’Eveil auquel tout homme est appelé et sur le fait que tout homme, moine ou laïc, peut l’atteindre. Le second, ou voie de l’Arhat, en mettant l’accent sur l’Eveil concernant les Quatre nobles vérités, la réserve à une élite.

  • Deux voies qui se rencontrent

Dans le dialogue entre le bouddhisme et le christianisme, la question centrale tourne autour de Dieu : à l’intérieur de la cohérence bouddhiste tout s’explique parfaitement bien sans Dieu, alors que dans la cohérence chrétienne rien ne s’explique sans Lui, et surtout pas le phénomène de l’homme. Une opposition qui a conduit certains à considérer le bouddhisme comme une philosophie, une sagesse, un art de vivre, et le christianisme comme une religion. Alors qu’en fait, les deux traditions sont avant tout des « voies ». C’est en s’efforçant de devenir un avec la voie que le pratiquant bouddhiste peut arriver à l’Eveil. Tandis que plusieurs textes bibliques désignent les chrétiens comme ceux qui « suivent la voie ».

Illustration extraites du livre « Les Dieux du Bouddhisme ».

Pour que les deux voies se rencontrent dans un dialogue fructueux, chacun doit accueillir l’autre dans sa différence en se laissant interroger. Une pareille démarche ne peut que conduire à une plus grande intelligence de la foi. En ce qui concerne la foi chrétienne, il nous faut accepter d’ouvrir quelques dossiers théologiques. Le fait que les pour les Bouddhistes tout s’explique sans Dieu devrait nous aider à réfléchir à nous discours habituels sur Dieu. La rencontre avec les Bouddhistes doit nous amener à nous reposer la question que le Christ ne cesse de nous poser : « Pour vous, qui suis-je ? » Les maîtres bouddhistes invitent leurs disciples à vérifier ce qu’ils enseignent en s’appuyant sur leur propre expérience. Ne nous faudrait-il pas trouver les moyens de montrer comment ce que nous croyons est cohérent avec l’expérience de chacun ? La doctrine bouddhiste du « non-soi » peut sembler diamétralement opposée à tout ce que la tradition chrétienne affirme de la dignité de la personne humaine. Ne pourrait-elle pas nous aider à mieux comprendre quel est ce « soi » qui selon l’Evangile doit mourir ? Parmi les autres dossiers théologiques à ouvrir, il y aurait : la place du corps dans la vie spirituelle, la place de la grâce dans la relation entre l’homme et Dieu, la responsabilité de l’homme dans son propre devenir, etc.

Les deux traditions soulignent que l’homme ne pourra jamais trouver un bonheur véritablement durable, s’il ignore sa dimension spirituelle. Toutes deux luttent contre la tendance de chacun à se prendre pour ce qu’il n’est pas. Le bouddhisme enseigne que cette tendance est liée à l’illusion qu’il existe un soi permanent, ce qui pousse l’homme à s’attacher à un monde en réalité éphémère, douloureux et sans substantialité. Le christianisme explique que la même tendance s’appelle le péché, l’illusion que l’homme peut trouver le bonheur en lui-même, c’est à dire en agissant comme s’il n’y avait pas de Dieu. Mais alors que le Bouddha laissa entendre que chacun devait être sa propre lumière tout au long du chemin qui mène à l’Eveil, le christianisme professe que la voie de la libération est la rencontre avec Dieu en Jésus Christ.

Haut de page - Imprimer - Mis à jour : Septembre 2006