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Dossier paru dans Eglise en Ille et Vilaine n° 199 du 16 mai 2011

Le travail, quelle vision chrétienne ? Le point de vue des mouvements d'Eglise

Le « travail » est depuis les origines une raison d’être de l’Homme. Parfois source d’épanouissement ou créateur d’angoisse et de malêtre, le travail est pourtant un fort vecteur d’intégration. Alors quel sens peuvent lui donner les chrétiens aujourd’hui dans le contexte de crise que l’on connaît ? Quatre mouvements, ACO , ACI , EDC et MCC ont réfléchi à cette actualité du travail. Un demandeur d’emploi nous dit comment il a vécu le temps de ses recherches. Dans tous les points de vue, le travail doit permettre de développer la valeur de l’homme.


Sommaire :
° Action Catholique Ouvrière
° Action Catholique des Milieux Indépendants
° Mouvement Chrétien des Cadres, Ingénieurs et Dirigeants
° Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens
° Changer son regard sur le chômage, témoignage de F. Thomas

Action Catholique Ouvrière

« L’ACO a le souci de rejoindre les travailleurs là où ils vivent, que ce soit sur leurs lieux de travail, dans leurs quartiers, dans leurs associations. L’ACO propose de se réunir, de s’exprimer, c’est combattre ensemble la résignation, c’est ouvrir des possibles, des chemins de reconstruction. » (X. Pottiez, Repères, mars 2009)

À Rennes, nous avons donné la parole à des ouvriers de Citroën, ils étaient fiers de parler de leur travail malgré les conditions difficiles, les répercussions de la crise avec la précarité, le chômage technique… Une autre rencontre sur la souffrance au travail a permis à une personne de La Poste de s’exprimer. À St Grégoire, plusieurs membres ACO engagés syndicalement, dénoncent, en tant qu’élus, les conditions de travail qui se dégradent, et des choix économiques qui priment sur l’humain. Chaque homme doit être respecté, la valeur de chaque homme est formidablement importante. Le travail doit être une source d’épanouissement et non d’anéantissement. Dans l’angoisse, la douleur, la colère mais aussi dans la résistance, dans les actions collectives, nous ressentons la fraternité, ça fait chaud au coeur ! Pour l’ACO, la vie est un trésor indispensable dans le projet de Dieu. Il ne veut pas que l’Homme soit écrasé. Le Dieu de la vie veut que chaque homme soit aimé, respecté dans sa dignité et dans ses droits. Nous croyons que Jésus-Christ, par sa vie et ses actions, sa croix et sa résurrection, vient bousculer encore aujourd’hui les mauvais plans, ceux qui abaissent l’homme. L’Esprit de Dieu qui animait Jésus nous pousse à refuser un monde déshumanisé, il nous pousse à agir, à aller vers d’autres, à croire dans les capacités de chacun et dans la force du collectif, à redonner à l’homme sa vraie valeur.

F. Le Moller,
responsable diocésain de l’ACO 35

Extrait d’un texte du Magistère relatif au travail

« L’homme vaut plus par ce qu’il est que par ce qu’il a. De même, tout ce que font les hommes pour faire régner plus de justice, une fraternité plus étendue, un ordre plus humain dans les rapports sociaux, dépasse en valeur les progrès techniques. Car ceux-ci peuvent bien fournir la base matérielle de la promotion humaine, mais ils sont tout à fait impuissants, par eux seuls à la réaliser ».

L’Église dans le monde de ce temps
- Constitution Pastorale Gaudium et spes ; n°35


Action Catholique des Milieux Indépendants

Le travail est bien en lien avec l’enquête choisie par l’ACI cette année 2010-2011, s’intitulant « Reconnaître, être reconnu, … et après ».

Il est une composante de l’identité et de la reconnaissance des individus dans les milieux indépendants. Beaucoup de professions : médecins, pharmaciens, notaires… offrent de grandes opportunités d’épanouissement personnel et social. Cela reste vrai alors même que les membres de l’ACI sont maintenant largement dominés par des professions salariées aussi bien du secteur privé que du secteur public.

Cette confusion entre le statut professionnel et la reconnaissance a bien sûr gagné les femmes et discrédite certains choix de vie comme « femme au foyer ». L’inactivité liée au handicap, à la maladie, ou à l’âge est souvent mal vécue en raison du regard des autres. Ce regard, superficiel, perçoit et valorise bien davantage ce que l’on fait que ce que l’on est. Si l’estime de soi et l’espérance sont indissociables d’une connaissance mutuelle et de relations profondes avec les autres, le chômage, l’absence ou la perte du statut professionnel sont des épreuves stigmatisantes et paralysantes. Ainsi, ce ne sont généralement pas les exclus du monde du travail qui vont vers les autres, alors même « qu’ils ont le temps ». C’est aux nantis d’offrir une partie de leur temps si précieux, en risquant au pire une rebuffade, pour faire le premier pas.

La rencontre diocésaine ACI du 2 avril releva maints exemples du rapport au travail comme source de fractures sociale, relationnelle et intergénérationnelle. Mais surtout les témoignages ont montré comment cette fracture pouvait être dépassée, avec l’aide des autres et le soutien de la présence de Dieu dans leur vie.

L. Teissier,
contact diocésain ACI

Mouvement Chrétiens des Cadres, Ingénieurs et Dirigeants

« Inventer un avenir commun, Responsables d’une espérance durable. », c’était le titre du Congrès du MCC de Janvier 2011 à Lyon qui a permis d’identifier et de partager des expériences innovantes. C’est enthousiasmant pour vivifier la créativité chez des hommes et des femmes en situation de se responsabiliser davantage là où ils exercent leur métier ou leur savoir-faire de cadres, de dirigeants, en position d’impulser des initiatives. Nous nous entraidons ainsi à observer des réalités de façon précise. Nous cernons mieux nos capacités à avoir prise sur des décisions. Cela nous encourage à passer de propos éventuellement fort généreux à des actes limités mais bien réels. Plutôt que de regarder vers le ciel (la haute hiérarchie) portons attention d’abord au personnel qui nous est confié et déjà le monde ira mieux. Mais la question de notre avenir commun concerne avant tout la jeune génération : c’est elle qui est la plus privée de travail. N’avonsnous pas à apprendre à écouter ce que vivent les jeunes d’origine diverse ? Et comment nous entraidons-nous pour accueillir ce qu’ils inventent eux-mêmes, en particulier dans les entreprises ou dans divers lieux d’insertion par l’économie où nous sommes partie prenante ? Selon Jean Marie Petitclerc, la source principale du mal-être de la jeunesse réside dans le regard négatif que les adultes portent sur l’avenir. L’Évangile, aujourd’hui, nous invite à élargir encore notre regard et notre coeur les uns par les autres, il éveille à devenir de plus en plus soi-même, à devenir disponible à l’Esprit Saint. Il rend capable d’effort de créativité avec d’autres et aussi d’être un peu témoin d’humanité dans notre monde et donc capables de faire un travail de fourmi au quotidien pour humaniser un peu de proche en proche.

F. et M.-T. Mention,
responsables régionaux du MCC
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Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens

Le « travail » est un sujet central pour les membres des EDC. Lors des dernières assises régionales des Pays de Loire, nous avons été invités à réfléchir à ces questions : Peut-il y avoir une France qui travaille et l’autre non ? Est-il possible d’envisager le travail pour une partie de sa population, celle qui aurait un certain talent pour le faire ? Mgr Rouet (archevêque émérite de Poitiers) a rédigé un article qui s’articulait autour de trois approches partagées avec le mouvement :

° Pénibilité du travail : Le travail consiste avant tout à assurer à l’homme les moyens de sa subsistance. Mais, le travail n’est pas seulement une peine, il est également fabrication, création avec deux approches : le travail manuel qui est fatigant, et le travail intellectuel. On ne peut séparer ces deux aspects car l’homme est à la fois intelligence, création affective et également manouvrier, celui qui travaille avec ses mains.

° Travail source de progrès : Dans cette seconde approche, le travail est un travail de création, avec une idée de progrès, de développement, de lutte, d’effort. C’est la naissance d’une humanité qui progresse. Il y a une sorte d’évolution volontaire de l’humanité par son travail.

° Lien social et humain : Le travail est-il véritablement porteur d’humanisation ? Une solution économiquement juste est-elle, pour autant, humainement acceptable ? Le problème de notre temps n’est pas le chômage, mais le travail. Dans cinq ans, la France comptera à peu près 25 millions d’employables pour 19 millions d’employés. À ces 6 millions de personnes, on ne sait quoi donner à faire. Il faut donc s’interroger sur le progrès.

Que peut-on proposer ? Nous devons éviter que la société se scinde en deux : ceux qui ont du travail et les assistés. L’emploi consiste à produire des objets ou des services, dans le cadre d’un contrat. La notion de travail est plus large : c’est l’activité de l’homme construisant une société humaine.

P. Mercier,
président régional des EDC

Changer son regard sur le chômage

À la suite d’une retraite, mon épouse et moi-même avions pris la décision de quitter la région parisienne et de nous permettre avec nos trois enfants de vivre au rythme de la province.

Mon épouse a donc fait une demande de mutation professionnelle. Cette demande a été acceptée. J’ai démissionné de mon activité et nous sommes passés au vert... Je me suis retrouvé sans emploi dans une nouvelle région. Avant mes recherches, j’avais l’intention d’accomplir un bilan de compétences.

Je vis cette période de chômage comme l’occasion de retrouver un métier encore plus en cohérence avec mes aspirations et mes valeurs. Je pense que la foi aide à trouver la mission pour laquelle nous sommes destinés. La tâche est rude et dans un contexte de crise, il faut trouver un équilibre entre idéalisme et pragmatisme. J’ai beaucoup de mal à gérer le temps et les priorités. J’ai tendance à accumuler les activités entre la recherche d’emploi, mon bilan, la tenue de la maison, l’organisation familiale, ma participation aux associations, notamment paroissiales. Mais cela me rassure beaucoup : j’ai le sentiment d’être utile.

De plus, je me dis que j’ai cette possibilité assez rare de profiter des moments privilégiés auprès de mes enfants. Ils ont également profité de ma présence. Jamais je ne me suis autant impliqué dans la vie de famille ! De plus, le lien social généré par l’école et les associations m’ont aidé à surmonter certains moments de découragement.

Je suis sensible aux regards des autres. Qui ne l’est pas ?

La famille, les proches, les contacts générés par le bilan ou le tissu social m’ont apporté des regards différents : Certains vous plaignent de cette situation. Même si cela part d’un bon sentiment, cette réaction m’agace et ne m’apporte rien. D’autres vous envient car ils estiment que ce temps libre est destiné à faire ce que l’on veut. Cette réaction me surprend. Je n’ai pas l’habitude de me laisser aller ! Ceux-là m’ont sûrement incité à me détendre davantage, à cultiver ma passion et à être utile aux autres.

Enfin, d’autres encore affirment que cette période est salutaire pour retrouver un métier épanouissant si l’on s’en donne les moyens (rencontres, salons, formations, accompagnement...) et si l’on se fixe des objectifs. Je pense qu’ils sont dans le vrai. Ce regard m’a fait du bien et a dynamisé mes recherches.

Tous ces points de vue m’apportent un soutien dans la recherche d’emploi, contribuent à forger ma propre opinion et parviennent ainsi à donner un sens à cette période délicate.

Depuis les JMJ 97, j’essaie de rechercher le Christ dans le regard des autres. J’ai parfois du mal à le trouver, mais en persévérant, je parviens à le reconnaître, il me fait des signes et cela me donne une force supplémentaire. Je suis intimement persuadé que Dieu nous aide à nous réaliser, qu’il a un dessein pour nous et il ne faut pas le décevoir !

Franck THOMAS

Haut de page - Imprimer - Mis à jour : Mai 2011

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