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« Sur le concept du visage du fils de Dieu » à Rennes : retour sur une pièce qui dérange et qui touche au cœur

La pièce fait polémique chez les chrétiens : des catholiques se sont sentis agressés – pas que des intégristes – et ont été jusqu’à manifester, alors que d’autres rejoignent la position de certains évêques, dont Mgr d’Ornellas, qui appellent à comprendre la démarche artistique. Derrière cette pièce et faisant le lien avec d’autres actualités, le débat interroge une tendance actuelle de notre société, nommée par certains « christianophobie », et pose aussi la question de la liberté d’expression. Pour en rester à la pièce qui a fait réagir à Rennes, Mgr d’Ornellas, n’étant pas libre le 10 novembre au soir, a invité quatre personnes pour le représenter. Voici le point de vue de deux d’entre-elles, aumôniers des étudiants à Rennes, la dernière réaction de Mgr d’Ornellas, ainsi que des vidéos et des liens en échos à cette représentation.

 

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Mgr d’Ornellas répond à la polémique sur les notions de christianophobie et de blasphème, ainsi que sur sa vision de l’art contemporain, à l’occasion de la représentation de la pièce de Romeo Castellucci « Sur le concept du visage du fils de Dieu ».

Une délégation du Diocèse de Rennes, emmenée par le père Nicolas Guillou, a assisté à la première de la pièce à Rennes. Extrait de l’échange informel qui s’est tenu ensuite avec François Le Pillouër, directeur du Théâtre National de Bretagne.

 

« Que ton visage s’éclaire
et nous serons sauvés »
Ps 80

Nous sommes allés voir avec des étudiants la pièce de R.Castellucci Sur le concept du visage du fils de Dieu donnée au Théâtre National de Bretagne le 10 novembre au soir. Pour nous, une telle œuvre ne peut être jugée blasphématoire, alors qu’elle nous a progressivement conduits au cœur même de la foi chrétienne, du mystère de la Passion et de la Résurrection du Christ, au cœur même de la compassion et de l’amour qui sauve.

Certes, cette pièce provoque, dérange, parce qu’elle place la déchéance et la souffrance d’un vieil homme sous le regard croisé du spectateur et du Christ. La longueur des scènes où le fils nettoie son père souillé est éprouvante. Le spectateur est conduit à se laisser éprouver comme le fils par la pesanteur du temps suspendu de la maladie et de la souffrance. C’est là sans doute la grâce de cette pièce qui ose placer sur le devant de la scène ceux que la société cache soigneusement sous prétexte d’indignité : les malades, les personnes handicapées ou vieillissantes, les hommes atteints dans leur corps et leur esprit.

Au cœur de cette souffrance ordinaire et éprouvante, se déploient les gestes du fils qui lave avec pudeur et une infinie tendresse son père, le rassure de la voix et est peu à peu dépassé et atteint par la souffrance même du père. Tous ces gestes évoquent ceux que posent quotidiennement tant de soignants, de mères et de pères de famille, d’enfants à l‘égard de leurs parents dépendants, d’hommes et de femmes qui se laissent atteindre et transformer par la souffrance des autres : ces gestes qui appellent chacun à poser à son tour des gestes de compassion.

Mais de qui a-t-il donc le visage, ce fils agenouillé aux pieds de son père, si vulnérable ? Où puise-il la tendresse de ses gestes de compassion ? Sinon du visage du Christ vers lequel il s’approche jusqu’à coller son oreille sur sa bouche en quête d’une parole, d’un Verbe : « Qui me donnera quelqu’un qui m’écoute ? Voila mon dernier mot. Au Puissant de me répondre » (Job 31, 35).

En effet, toute la pièce est dominée et illuminée par la présence rayonnante du visage du Christ qui continue d’offrir l’infinie douceur de son regard si mystérieusement saisie par Messine, jusqu’au sommet de la révolte, lorsque des enfants jettent sur Lui des grenades. Cela nous a fait penser au cri de la foule devant le Christ en croix : « N’es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même et nous aussi » (Luc 23,39).

Le regard du spectateur est constamment appelé à épouser ce regard même du Christ, à entrer dans sa douceur au cœur même de toute la violence dont le monde est porteur. Et lorsque, à la fin de la pièce, la toile sur laquelle est projetée son image se couvre d’un suaire noir et se déchire en lambeaux, le visage réapparait dans une Présence si pleine et une Beauté si vivante, que rien ne peut effacer.

Monte alors au cœur du spectateur croyant le chant du Serviteur Souffrant : « Je n’ai pas caché mon visage face aux outrages et aux crachats. C’est que le Seigneur Dieu me vient en aide : dès lors je ne cède pas aux outrages, dès lors j’ai rendu mon visage dur comme un silex, j’ai su que je n’éprouverais pas de honte. » (Isaïe, 50, 6b-7).

Puis en écho au premier verset du psaume 23, vient s’inscrire en lettres d’un blanc lumineux sur un fond noir : « YOU ARE MY SHEPHERD » (tu es mon berger). Alors, faisant droit au doute qui peut habiter le cœur de l’homme, apparait dans la phrase un « NOT » tout en grisaille, qui questionne le spectateur puis s’efface progressivement. Aussi, quand la pièce s’achève et que la salle s’illumine, ne reste visible que cette ultime parole : « tu es mon berger ».

C’est une expérience bouleversante de voir combien l’artiste peut être conduit, au travers des images qu’il propose, de la lenteur des scènes, de la sobriété des dialogues, de la tendresse ou la violence des gestes, mais surtout de la Présence du visage du Christ à donner au croyant d’entendre monter dans son cœur les paroles mêmes des Écritures.

Mais c’est une expérience tout aussi bouleversante d’être témoins du déplacement intérieur et des questions que cette pièce provoque dans le cœur de ces spectateurs qui autour de nous se disent non-croyants. C’est là sans doute la grâce de l’œuvre d’art authentique, quand elle ne contente pas de jouer arbitrairement avec des symboles, des métaphores, ni à se complaire dans l’ambiguïté. Grâce d’exprimer dans son épaisseur le mystère humain, là même où dans sa finitude l’homme n’est pas abandonné au cri de sa souffrance et de sa déchéance, mais est rejoint par une Présence qui le sauve du non-sens et de la mort.

Aussi exigeant et dérangeant peut-il être dans ses codes et ses modes d’expression, un certain art contemporain invite les croyants à écouter sans peur ni naïveté mais avec cœur et dans l’intelligence de la foi, la question de ceux qui, même peut-être révoltés, ne peuvent se résoudre à vivre sans espérance. Il nous a semblé, au sortir de la représentation, que pour écouter sans crainte l’interrogation portée par cet art contemporain, il nous faut toujours plus, en fidélité à la Tradition de l’Église, connaître l’Écriture Sainte, écouter le Christ dans une relation personnelle avec Lui.

C’est, affermis en cette relation vivante et libre, que nous pouvons entrer en dialogue avec ceux qui ne mettent pas de côté la question de Dieu. Comme le pape Benoit XVI l’a rappelé récemment à la suite de ses prédécesseurs, l’Église se reconnaît le devoir d’entrer dans ce dialogue et d’encourager les artistes à déployer avec liberté et responsabilité le don de leurs talents créateurs au service du mystère de l’homme car « Dieu ne divinise que ce que l’homme humanise » (François Varillon, Beauté du monde et souffrance des hommes.).

Si nous, spectateurs croyants, n’avons pas rencontré un « concept » mais contemplé un Visage qui aime et qui sauve, peut-être les non-croyants seront-ils passés d’un concept abstrait à une interrogation personnelle portée par un beau visage en chair et en os ?

Père Nicolas Guillou, Aumônier des étudiants à Rennes
Anne Ruault, Coordinatrice de la Pastorale Étudiante à Rennes

 


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L’actualité montre que le milieu de la culture contemporaine n’est pas dans une crise anti-religieuse :

Haut de page - Imprimer - Mis à jour : Novembre 2011

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