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article publié dans Eglise en Ille et Vilaine n° 196 du 26 mars 2011

L'architecte Arthur Regnault (1839-1932) : la fécondité d’une vie

propos recueillis par Édith Castel

Du 8 avril au 18 septembre 2011, l’Ille-et-Vilaine rendra hommage à Arthur Regnault, l’un de ses plus célèbres architectes de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, grâce à une exposition qui se tiendra aux Archives Départementales. Sur le plan religieux, entre 1866 et 1930, Arthur Regnault a construit, agrandi, transformé ou réparé plus de 100 édifices religieux, chez nous, en Bretagne et même à l’étranger. Une oeuvre considérable à laquelle il faut ajouter les travaux profanes : maisons, écoles, presbytères, hôtels particuliers, châteaux… Le père Roger Blot, responsable de la Commission diocésaine d’art sacré, brosse le portrait et l’oeuvre d’un homme qui menait une vie frugale et travaillait 12 heures par jour.

Arthur à 11 ans, appuyé sur son père à droite
Arthur à 11 ans, appuyé sur son père à droite
A gauche, son frère Gustave, futur médecin, et Ernest, futur prêtre Eudiste.
Arthur Regnault, avec son épouse, au milieu de sa famille
Arthur Regnault, avec son épouse, au milieu de sa famille

Qui était Arthur Regnault ?

Arthur Regnault est né en 1839 à Bain de- Bretagne, dans une famille bourgeoise, catholique et généreuse. Lui-même, dès sa jeunesse, communiait trois fois par semaine, et fut membre actif des Conférences Saint-Vincent de Paul. Son père était médecin de campagne et sa mère fière de ses trois fils. Le grand frère Gustave fut un médecin réputé et le cadet, Ernest, devenu eudiste, eut des responsabilités nationales dans l’Enseignement catholique. Arthur se maria sur le tard avec une jeune femme, très chrétienne suivant son désir (une Polonaise). Ils eurent neuf enfants, sept survécurent et deux devinrent prêtres. Ce travailleur acharné mourut… locataire (!) et sa tombe au cimetière du Nord à Rennes est des plus simples.

A VOIR : un film sur Arthur Régnault
« L’homme aux 50 églises » !


Arthur Regnault par pelerimages

Comment est-il arrivé à l’architecture ?

Il fait partie de la première promotion de l’Ecole Centrale de Paris qui forme des ingénieurs. C’est le plus jeune et il sort troisième, lui qui n’avait jamais vu d’usines. Il a un travail bien payé mais se sent inutile. Il suit les cours des Beaux- Arts. Grâce à son frère médecin, il fait le voyage d’Italie en 1865. À son retour à Paris, il est embauché dans un cabinet d’architecte.

Et c’est le déclic ?

En fait, c’est une commande de Joseph Desbouillons, un ancien camarade de Saint-Martin de Rennes. Sa carrière d’architecte, et son installation à Rennes en 1866, est lancée avec ce délicieux manoir de Château-Létard en Saint-Erblon (photo de couverture). En 1869, il tient avec courage son journal pendant sept mois. Il planche alors sur six églises : Bovel, Chartres, Saint-Enogat, la Guerche, et même Laignelet et Servon (que finalement il ne fera pas). En même temps, il travaille sur le monastère Saint-Cyr, au moins six châteaux, quatre hôtels particuliers du côté du boulevard de Sévigné et autant de maisons à Hédé, Janzé, la Guerche et Saint-Didier. Il est aussi question des presbytères de Maure, de Médréac et de Broons, d’une école au Rheu et de deux tombeaux. Il prend quand même le temps de visiter des familles pauvres et de dévorer Viollet-le-Duc… et Fabiola (le roman à la mode chez les cathos).

Église d’Étrelles, intérieur. À propos de cette église, Regnault écrivit au recteur que s’il avait pu mettre l’autel au centre il l’aurait fait. À défaut, il le suréleva.

Comment travaillait-il ?

Il travaillait douze heures par jour et dormait sept, allait souvent sur ses chantiers à pied. Il n’avait qu’un employé qui l’aidait pour ses dossiers. L’été il partait un carnet à la main, dormant parfois dans la forêt. C’est ainsi qu’il a appris à faire des églises. Au début il a aussi profité de l’expérience de l’abbé Brune.

Où puisait-il son inspiration architecturale  ?

On crée toujours à partir d’une tradition. Son architecture « néo », maîtrisée par ses voyages, ses lectures et bientôt son expérience extraordinaire, a une vraie personnalité. De plus sa formation d’ingénieur lui permettait des audaces. Il a essayé tous les styles, roman, byzantin, russe, syrien, gothique parisien ou bourguignon, gothique breton, renaissance, classique et même néoclassique. Il est allé jusqu’à copier les moucharabiehs de Turquie (en croyant qu’ils étaient chrétiens !) et au XXe s. il s’est même lancé dans le béton.

On retient surtout ses coupoles, comme à Maure, Tinténiac ou Châteaubourg. Ou ses clochers à bulbe dans la tradition russe, comme à Corps-Nuds ou Saint- Senoux (il devait cette inspiration à un ouvrage de Viollet-le-Duc, et il estimait que ce genre de forme s’adaptait mieux au volume général que les flèches). Il a aussi dressé dans notre Bretagne de l’est maints « clochers bretons ». Pour l’extérieur de ses églises, il utilisait notre pierre locale si variée mais pour l’intérieur il préférait le tuffeau clair des bords de Loire ou de Normandie ou les murs blanchis à la chaux.

Église d’Étrelles, extérieur.

Comment mesurer son œuvre ?

En tout, si on compte les grandes chapelles de Châteaugiron, Ploërmel ou Saint-Méen, il a construit plus de cinquante églises, jamais semblables. Mais il en a agrandi ou restauré tout autant, par exemple à la Guerche ou à Cornillé. Il a fait aussi des chapelles, des oratoires, des croix, des monuments funéraires. Il a dessiné du mobilier d’église d’une variété ahurissante, des baldaquins romans aux autels gothiques géants. Il a même donné des plans pour le Québec ou le Japon.

Mais son œuvre religieuse a trop fait oublier son œuvre civile. Au moins cinq châteaux complets (dont un en Sologne et l’autre dans le Finistère), et quantité d’autres remaniés. Un nombre consistant d’hôtels particuliers, surtout boulevard de Sévigné, rue de Fougères ou près de son habitation rue Broussais. Des maisons impossibles à compter dans le département. Des presbytères, des écoles catholiques, surtout après 1905. Par exemple, il a adapté le pensionnat du Sacré- Cœur pour qu’il devienne le grand séminaire (et aujourd’hui la Maison diocésaine). Une partie de son œuvre est encore à découvrir.

EXPOSITION ARTHUR REGNAULT EN 2011

« Arthur Régnault, architecte - voyageur »
aux ARCHIVES DÉPARTEMENTALES
1 rue Jacques Léonard, à Rennes
du 8 avril au 18 septembre 2011
(L’exposition pourra se déplacer à partir de juin 2011)

AUTRES RESSOURCES SUR ARTHUR REGNAULT

  • [Site présentant Arthur Régnault, son histoire et ses oeuvres>http://www.culture.gouv.fr/culture/...], réalisé par la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bretagne
  • Un livre : « Arthur Regnault (1839-1932), Architecte. La quintessence de l’art sacré » (sortie prévue le 16 juin 2011)

Qu’est-ce qui explique son succès ?

Il savait s’adapter à sa clientèle, tout en inclinant à la simplicité. Et il ne dépassait pas ses devis. Sachant qu’il était seul avec son aide, il a toujours accepté le travail qu’on lui demandait. Ceci pendant 62 ans, à raison de 12 heures de travail par jour. Ses dernières réalisations datent de quelques années avant sa mort, en 1932 : la chapelle des Soeurs de Saint-Méen en 1924, le clocher de l’église Saint-Hélier de Rennes en 1925, et la chapelle du petit séminaire de Ploërmel en 1928, son dernier chantier.

L’architecture des édifices religieux exprime- t-elle sa foi ?

Elle révèle surtout son caractère de laïc engagé. Il faisait ses églises en chrétien, avec le souci que Dieu soit honoré. Il veillait tout particulièrement à la visibilité sur l’autel, quitte à élargir la nef ou à rehausser l’autel, pour que toute l’assemblée puisse suivre. Il n’a jamais assisté à une cérémonie d’inauguration, pas plus qu’il ne signait ses oeuvres. C’était un homme humble.

Vous avez beaucoup travaillé sur son œuvre et sur sa vie, quels aspects de sa personnalité vous frappent le plus ?

J’admire sa droiture incroyable, sa force de travail, son humilité. A la sortie de la messe d’enterrement de Gustave, son frère médecin, qui avait rempli l’église Saint-Germain de hautes personnalités et de pauvres, sa femme s’écria « Mon mari était un saint ». Et la femme d’Arthur reprit « Le mien aussi est un saint ».

Mon cher Francisque,

Cette année-ci va voir l’achèvement de l’église et vous devez tous être bien impatients de voir la fin de ces lourdes corvées, dont tu as supporté la grande part, et d’assister aux offices dans une église plus solide, plus salubre, et plus pieuse.
Ce dernier point dépend en grande partie de ce qui nous reste à faire, des enduits, de la décoration et de l’éclairage. Plus tard la disposition du maître-autel devra aussi beaucoup y contribuer.
Prions Dieu pour que tout cela se fasse dans de bonnes conditions, il faut si peu de chose pour qu’une oeuvre soit ou ne soit pas réussie.

Arthur Regnault pour le nouvel an 1897,
à son cousin Francisque Barbotin
qui était maire de Maure

Haut de page - Imprimer - Mis à jour : Mai 2011

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