La fécondité du sacerdoce

Le service diocésain des vocations a rencontré les pères Robert Langouët et Gaël Sachet.

Pères Robert Langouët et Gaël Sachet

Pères Gaël Sachet et Robert Langouët

 

Père Gaël : Je suis né le 14 juillet 1979, je suis originaire de Janzé où je suis resté jusqu’à mes 18 ans, avant d’aller à la Fac à Rennes 2 pour faire une licence de Lettres Modernes et à 21 ans je suis rentré au séminaire. Ma vocation est née au sein de la paroisse de Janzé, au sein de ma famille catholique pratiquante et on est venu me chercher un jour pour être servant de messe, j’étais en CE2, j’avais 8 ans et demi et c’est là dans l’église de Janzé qu’est née ma vocation. Robert est arrivé en 1991, donc je voulais déjà être prêtre à l’époque. Il a toujours cru en ma vocation et m’a accompagné comme père spirituel vis-à-vis de son fils, il a cru en moi, j’ai cru en lui, je lui ai fait confiance

Service des vocations : Il faut qu’il y ait une relation de confiance Père-Fils, est-ce qu’on est vraiment dans cette notion-là de filiation, peut-être même dans le presbyterium, même dans le fait d’exister comme prêtre? Il y a une filiation entre vous ?

Père Robert : Je pense qu’une relation très forte est née tout de suite. J’ai trouvé un petit gars qui était bien sympathique, un peu timide. Moi je ne l’étais pas trop. J’ai senti qu’il y avait des atomes et je me souviens quand tu es venu faire un stage et que tu as logé au presbytère de Janzé où je t’ai accueilli une petite semaine, où nous avons vécu côte à côte, je sentais qu’il y avait quelque chose qui était en train de naître mais jamais je ne l’ai obligé à faire cette démarche et jamais je n’ai fait de pression.

Service des vocations : L’histoire du stage, ça c’est rigolo. Le stage obligatoire en 3e, certains le font dans des entreprises et vous Père Gaël, vous avez voulu faire ce stage chez le prêtre de votre paroisse ?

Père Gaël : Exactement puisque la paroisse faisait partie de mon environnement familier le week-end. Je n’ai jamais eu peur ni honte de dire que je voulais être prêtre à l’école primaire, au collège, au lycée. Après je me suis calmé. Je me souviens que c’est toi Robert qui m’avais dit que je devais mettre cela un peu en réserve pour préserver ma liberté aussi et pour que je ne sois pas fiché non plus une fois devenu étudiant. Pendant les vacances scolaires aussi, j’aimais bien aller avec Robert servir les enterrements, les mariages, les baptêmes… Je servais la messe le week-end mais pendant les vacances, j’aimais beaucoup servir les messes d’enterrement, puis on allait à pied au cimetière et on revenait. Tu te souviens, on passait devant le collège public, parfois on se faisait moquer, charrier, mais il y avait comme une fierté personnelle, pas de gêne de servir. A travers le prêtre, c’est Jésus lui-même à qui j’avais envie de donner ma vie et donc cela passait déjà par ces moments de disponibilité pendant les vacances.

Service des vocations : Et alors quand vous avez annoncé à vos enseignants que vous ne vouliez pas faire un stage en entreprise mais dans un presbytère, comment ont-ils réagi ? Cela devait être une grande première pour eux ?

Père Gaël : Sans doute mais il y avait un bon rapport entre la paroisse et le collège. Nous sommes en pays de Janzé, une terre catholique, et Robert connaissait bien le directeur.

Père Robert : Si tu te souviens Gaël, j’ai tenu à tout prix que tu fasses ta licence. Je l’ai encouragé, « tu ne sais pas quel sera ton parcours, va jusqu’au bout de ta licence, tu verras après pour rentrer au séminaire ». Je n’ai jamais insisté pour que dès après le BAC, tu puisses rentrer au séminaire, tu le souhaitais un petit peu à une époque et je t’ai encouragé très fort à passer ta licence. Avoir un diplôme de façon à ce que quoi qu’il arrive tu aies quelque chose entre les mains qui puisse te donner une ouverture et une autre situation dans le monde.

Service des vocations : Tout à l’heure vous disiez que vous l’avez accompagné, vous avez accueilli cette demande de Gaël ; il avait déjà ça dans le cœur finalement quand vous êtes arrivé curé à Janzé. Comment est-ce qu’on accompagne un garçon d’une quinzaine d’années, qui a encore besoin de découvrir la vie? Comment est-ce que vous avez senti qu’il fallait l’accompagner pour le conduire jusqu’au séminaire ?

Père Robert : D’abord j’ai évité de faire un bourrage de crâne, je n’ai pas voulu lui dire : « tu vas faire ceci, tu vas faire cela, il faut que tu m’imites, que tu me ressembles, que tu fasses comme je fais »… pas du tout! J’ai voulu qu’il se sente très libre, qu’il vienne au presbytère quand il en avait envie, qu’il vienne à l’église quand il le souhaitait. C’est sûr que j’étais content quand il venait aux célébrations, de l’accueillir et de le voir, mais je n’ai fait aucune pression. Je voulais d’abord qu’il se sente un homme libre, responsable de ses choix et de ses désirs, même si quand on est prêtre, on souhaite bien avoir des gens qui nous suivent et qui prennent le relais. Je crois qu’il doit pouvoir dire lui-même que je n’ai fait aucune pression.

Service des vocations : En fait cela venait complètement de vous, vous aviez vraiment ce désir-là, comme un petit garçon pour aller voir le boulanger travailler !

Père Gaël : Exactement car je voulais être prêtre avant que Robert arrive. Il m’a accompagné à l’âge où l’on se pose plein de questions, à l’âge de tous les possibles, à l’adolescence. Je me souviens aussi de ce qu’il m’avait dit une fois : « Je serai toujours là pour toi, je te laisse libre mais sache que la porte sera toujours ouverte, je suis prêt à laisser d’autres rendez-vous car je sais que tu portes en toi ce désir, c’est quelque chose de précieux, de fragile aussi… ». Je sais que je n’ai jamais été forcé. Je prenais goût, je trouvais ma joie aussi puisque j’avais envie d’être prêtre et du coup j’avais envie de m’y préparer vraiment. Je ne regrette pas maintenant que je suis devenu prêtre, cela fait 10 ans, d’avoir eu un «modèle»… Robert, c’est vrai que je me retrouve quand même pas mal dans ta manière de célébrer.

Service des vocations : Justement, maintenant que vous êtes prêtre, est-ce que vous continuez à prendre un peu appui sur lui? Est-ce que vous continuez à avoir cette relation Père-Fils dans le presbyterium? Est-ce que vous continuez à aller le voir pour avoir des conseils ?

Père Gaël : Pas vraiment non. Depuis que je suis prêtre, on se voit de temps en temps. Il y a eu la période où justement tu m’as accompagné et après j’ai fait ma vie, un peu comme « l’homme quittera son père et sa mère, s’attachera à sa femme et ils ne feront plus qu’un ».

Service des vocations  : Et vous, vous l’avez toujours un peu gardé à l’œil, suivi son parcours pour voir s’il ne dérapait pas ?

Père Robert : J’ai toujours voulu être discret vis-à-vis de cela. J’ai voulu le laisser très libre et lui dire : « ce n’est pas parce que je t’ai eu comme enfant de chœur, que tu es devenu curé, je ne veux pas mettre la main sur toi et tu es très libre ». Les plus beaux cadeaux qu’il a pu me faire c’est de me téléphoner, de venir me voir. J’aurais certainement souhaité qu’il vienne plus souvent, qu’on puisse échanger davantage, mais je vois qu’il est grand, il a eu de la chance de tomber avec d’autres bons curés comme celui qui est à Vitré en ce moment. Je pense que c’est cela qui est important, mais il sait que ma porte est toujours ouverte.

Service des vocations : Là on parle un peu de ce duo qui existe entre vous, cette relation Père-Fils dans la prêtrise, est-ce que vous avez d’autres fils spirituels comme cela qui ont mené un chemin, qui ont vécu cette espèce de relation avec vous vers la prêtrise? Est-ce que quand on est curé de paroisse on a cette attention pour voir si tel ou tel garçon pourrait devenir prêtre ?

Père Robert : Je me suis souvent posé la question : « Tiens je commence à vieillir, j’aimerais bien trouver quelqu’un qui me remplace ». J’ai eu encore cette chance d’avoir un autre enfant de chœur à Janzé, qui est en formation aussi au séminaire, il va bientôt être ordonné diacre. Il vient me voir à chaque fois pendant les vacances, on a la chance d’échanger mais je veux le laisser très libre.

Service des vocations : Est-ce qu’on peut dire que l’accompagnement comme cela d’un fils spirituel qui fait un chemin vers la prêtrise alimente votre propre prêtrise? Cela vous remet-il en question, cela vous pose peut-être des questions fondamentales, existentielles sur votre propre vocation ?

Père Robert : Oui cela montre que l’on doit être témoin et je pense que des prêtres tristes engendrent des gens tristes. Je ne suis pas d’un tempérament triste, je ne fais pas quelques fois la figure d’un curé, j’ai pu choquer par mes paroles, mes discours, mon comportement, mais je voudrais tellement montrer une église où l’on est heureux, fier d’appartenir au Christ et fier d’être prêtre de cette église. Ce n’est pas parce qu’on est curé qu’on doit être des vieux ringards ou des gens tristes.

Service des vocations : Père Gaël à l’image de ce qu’a été le Père Langouët pour vous, est-ce que justement vous avez envie d’être une sorte de témoin pour les jeunes générations, les jeunes garçons qui se posent la question de devenir pourquoi pas un jour prêtre ? Est-ce que cela vous arrive d’accompagner des petits jeunes qui se posent la question de devenir prêtre ?

Père Gaël : C’est Dieu qui appelle. Nous, nous créons des conditions favorables pour l’appel. On vit cela parfois à Vitré, il y a une vraie vie paroissiale vivante, il y a beaucoup de jeunes. Je sais qu’il y en a quelques-uns qui se posent la question, mais passé un certain âge, ils passent à autre chose. Cela me pose question : le but de la vie chrétienne ce n’est pas de devenir prêtre non plus, c’est d’être un saint, c’est essayer d’imiter le Christ là où l’on vit. Et je suis d’accord, j’ai été « biberonné » à son exemple: pour moi s’il n’y a pas de joie dans la foi chrétienne, c’est peut-être qu’il n’y a pas la foi, que le Christ a simplement été oublié. En tant que prêtre, j’essaye d’accompagner aussi des enfants, des jeunes, des familles, des adultes sur le chemin qui les mène à la rencontre avec le Christ. Je pose la question de temps en temps à tel ou tel : tu n’as jamais pensé à être prêtre ? C’est leur liberté et le jour où l’on me l’annoncera, je serai heureux aussi. Mais bon, cela ne m’appartient pas.

Service des vocations : L’un et l’autre, vous avez eu comme terme un peu fort, comme mot-clé de cette rencontre, la joie d’être chrétien. C’est quoi votre plus grande joie à l’un et à l’autre ?

Père Robert : Moi c’est d’avoir vécu ce que je souhaitais. Je souhaitais étant gamin être prêtre malgré les difficultés du papa qui était très réticent, malgré le fait d’être un enfant de l’école publique. Je me souviendrai toujours de mon ordination en 1974, un grand moment pour moi. Je m’attache à mes paroissiens, c’est pour cela que j’ai beaucoup de mal à vivre les déracinements et les changements de responsabilité.

Père Gaël : Moi c’est pareil, je m’attache facilement aux gens. Je ne suis pas marié mais c’est comme si j’épousais un peuple. J’ai commencé à Betton pendant 3 ans, cela fait 7 ans que je suis à Vitré. Je dirais que je suis quelqu’un d’enraciné. Pour moi, la mission commence au pas de ma porte. Ma joie c’est d’avoir été choisi par le Christ. Ma plus grande joie c’est d’être prêtre.