« Les œuvres de miséricorde » : catéchèse 2016 de Mgr d’Ornellas à La Peinière

Lors du pèlerinage de rentrée pastorale du diocèse de Rennes, le 11 septembre 2016 à La Peinière, Mgr Pierre d’Ornellas a proposé une catéchèse sur « Les œuvres de miséricorde », avec une conclusion particulièrement orientée vers celles misse en valeur ce jour-là : « assister les malades » et « ensevelir les morts ». En voilà le texte complet.

Après cette catéchèse, vous trouverez aussi le texte de l’homélie de Mgr d’Ornellas prononcée cet après-midi là au Sanctuaire de Notre-Dame de La Peinière.

 


 

Catéchèse « Les œuvres de miséricorde »

 

Le « germe d’éternité »

Avant de réfléchir à ces « œuvres », je voudrais évoquer une magnifique et sublime « œuvre de miséricorde ». Cela nous aidera à en vivre avec davantage de vérité. Il s’agit de la résurrection de Jésus.

Commençons par écouter ensemble un petit texte du concile Vatican II, c’est-à-dire un texte qui vient de la réflexion et de la prière des évêques du monde entier, et que le pape Paul VI a jugé bon de promulguer pour qu’il soit un enseignement de l’Église donné à tous les catholiques à travers le monde : « C’est en face de la mort que l’énigme de la condition humaine atteint son sommet. L’homme n’est pas seulement tourmenté par la souffrance et la déchéance progressive de son corps, mais plus encore, par la peur d’une destruction définitive. Et c’est par une inspiration juste de son cœur qu’il rejette et refuse cette ruine totale et ce définitif échec de sa personne. Le germe d’éternité qu’il porte en lui, irréductible à la seule matière, s’insurge contre la mort. »

Ce texte, écrit en 1965, il y a 50 ans, est d’actualité ! Écoutons en effet la suite : « Toutes les tentatives de la technique, si utiles qu’elles soient, sont impuissantes à calmer son anxiété : car le prolongement de la vie que la biologie procure ne peut satisfaire ce désir d’une vie ultérieure, invinciblement ancré dans son cœur[1]. »

Nous sommes mis devant une affirmation extraordinaire, comme l’a dit un témoignage : il y a un « germe d’éternité » que tout homme porte en lui, au plus profond de lui. Ce « germe d’éternité » dit quelque chose de la dimension spirituelle de chaque être humain. Il fait que chacun de nous est déjà, en vivant sur terre, dès sa conception dans le sein de sa mère et dès sa naissance, un être humain qui est éternel[2]. Cette éternité n’est pas abstraite, elle s’exprime de façon concrète et existentielle par le désir : le « désir d’une vie ultérieure » qui « est invinciblement ancré » dans nos cœurs. Personne ne peut effacer ce désir. Personne ne peut l’annihiler car il est inscrit, gravé dans le cœur de l’homme.

Le concile Vatican II poursuit sa réflexion par ces mots : « Mais si toute imagination ici défaille. » En effet, quelle est cette vie ultérieure ? Que signifie ce « désir » qui, parfois, est exprimé par la peur, par l’angoisse ?  Parfois, il est étouffé par les souvenirs trop douloureux, par les blessures reçues dans sa vie. Ou encore par la superficialité et les divertissements futiles. Cependant, dès que l’être humain rentre en lui-même, écoute son cœur, ce « désir » apparaît.

Le Concile continue alors : « L’Église, instruite par la Révélation divine, affirme que Dieu a créé l’homme en vue d’une fin bienheureuse. Car Dieu a appelé et appelle l’homme à adhérer à lui de tout son être, dans la communion éternelle d’une vie divine inaltérable. Cette victoire, le Christ l’a acquise en ressuscitant[3]. » Face à la mort, nous sommes ainsi placés devant le Christ, qui est le Ressuscité. Le « germe d’éternité » et le « désir d’une vie ultérieure » s’épanouissent pleinement grâce à Jésus ressuscité d’entre les morts.

Pour parler des « œuvres de miséricorde » accomplies en faveur du défunt, des familles en deuil ou des personnes en fin de vie, il faut donc aller au Christ ressuscité.

 

Le Ressuscité, témoin de la Miséricorde

Le Christ est ressuscité ! Nous l’avons entendu ce matin en priant, saint Paul écrit à Timothée : « Souviens-toi de Jésus Christ, le descendant de David. » (2 Timothée 2,8) Immédiatement, il précise : « Il est ressuscité d’entre les morts. » « Souviens-toi de Jésus Christ, le descendant de David », manifeste que Jésus, issu du Peuple d’Israël, est un homme « en tout semblable à nous » (Hébreux 4,15). Saint Paul ajoute aussitôt : « Il est ressuscité d’entre les morts. » Oui, il est ressuscité ! Alleluia ! Il est vraiment ressuscité ! Nous n’avons jamais fini de méditer sur ce « Il est ressuscité ».

Dans l’Évangile, Jésus raconte une parabole qui nous aide à comprendre sa propre résurrection. Il en donne en quelque sorte la signification. Il s’agit de la parabole du père qui a deux fils (Luc 15, 11-32). Le plus jeune est parti pour un pays lointain avec tout l’héritage de son père. Il est parti et il n’a plus rien, il va mourir de faim. Il aimerait bien se nourrir des caroubes que l’on donne aux cochons, mais personne ne lui en donne. Voici que cet homme qui est parti au loin, n’a plus rien parce que, par son péché, il a dilapidé entièrement l’héritage qu’il avait, c’est-à-dire la grâce de Dieu, l’amour et la vie de Dieu. Il est le symbole de chacun d’entre nous, de tout homme pécheur. Mais il est aussi la figure de Jésus qui « porte le péché du monde » (Jean 1,29), qui « s’est fait péché pour nous » (2 Corinthiens 5,21). Or, le père dit : « Il était mort et il est revenu à la vie. […] Il faut se réjouir parce qu’il était mort et il est revenu à la vie. » (Luc 15,24.32) Ce père qui dit cela est un père « bouleversé de miséricorde » (Luc 15,20) au moment même où il voit son fils se traiter comme un esclave à cause du péché.

Voilà la résurrection de Jésus ! Il était mort – sur la croix – et il est revenu à la vie. Voilà l’acte de miséricorde du Père ! Le Père voit son fils qui est mort, qui est vraiment mort en portant sur ses épaules, dans son cœur, le péché du monde, comme lui seul peut le porter. Lui, le Fils de Dieu, connait tout ce péché du monde, c’est pourquoi nous disons à chaque Messe la phrase de saint Jean-Baptiste : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. » (Jean 1,29) Jésus a porté le péché du monde et en est mort, vraiment mort. Il n’a pas fait semblant ; il ne s’est pas dit : Je vis ça, mais ce n’est pas grave car il va me ressusciter. Il est mort en disant : « En tes mains, je remets mon esprit. » (Luc 23,46) Il est mort en offrant sa vie en sacrifice « avec un grand cri et dans les larmes » (Hébreux 5,7), et aussi dans un acte sublime de confiance en son Père.

Le Père qui est « miséricordieux » (Exode 34,6), « le Père des miséricordes » (2 Corinthiens 1,3) voit ce Fils mort. C’est le sien ! Ce Père du ciel, notre Père, fait alors son œuvre de miséricorde : il ressuscite Jésus qui retrouve vie dans la gloire divine. Face à la mort, nous sommes ainsi placés devant l’« œuvre de miséricorde » par excellence quand nous contemplons Jésus ressuscité, lui qui est présent au milieu de nous (Matthieu 28,20).

 

Les « pauvres »

Maintenant, nous pouvons entendre saint Paul qui nous dit : « Vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en-haut. » (Colossiens 3,1) Qu’est-ce que cela veut dire ? C’est très simple : « en-haut », il y a le Père, plénitude de la miséricorde, il y a le Ressuscité, fruit de cette miséricorde infinie. Ainsi, vous aussi, semble nous dire saint Paul, faites donc comme le Père, accomplissez des « œuvres de miséricorde ». Jésus nous l’a bien dit : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. » (Luc 6,36) Saint Paul ajoute : « Votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. » (Colossiens 3,3) Oui, notre vie ne trouve toute sa signification que par la miséricorde divine qui, dans le Christ ressuscité, est totalement manifestée. Dieu nous a aimés gratuitement pour qu’à notre tour nous aimions gratuitement. Nous sommes créés et nous vivons pour être miséricordieux !

On comprend le pape François quand il nous dit de façon très forte pour ouvrir le Jubilé de la Miséricorde : « J’ai un grand désir que le peuple chrétien réfléchisse durant le Jubilé sur les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles. » Comme si le Pape vous disait : vivez de Jésus, le Ressuscité ! Faites les « œuvres de miséricorde » comme le Père a fait une « œuvre de miséricorde » incroyable en le ressuscitant.

Le Pape ajoute : « ce sera une façon de réveiller notre conscience souvent endormie fasse au drame de la pauvreté et de pénétrer toujours davantage le cœur de l’Évangile où les pauvres sont les destinateurs privilégiés de la miséricorde divine[4]. » Il fait ici allusion à la parole du Prophète Isaïe que Jésus a lue à la Synagogue de Nazareth : « la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. » (Luc 4,18)  Ou encore à la béatitude audacieuse que Jésus adresse directement aux pauvres. Je ne sais pas si nous, nous sommes capables de la dire quand nous voyons quelqu’un qui vit une grande pauvreté.  Peut-être qu’elle n’est pas à dire, mais à vivre. En tout cas, dans l’Évangile de saint Luc, Jésus dit : « Heureux vous les pauvres, le Royaume de Dieu est à vous. » (Luc 6,20)

Mère Teresa illustre cette béatitude quand elle raconte, comme elle seule est capable de le raconter, sa rencontre avec un « pauvre ». Elle le découvre sur un égout au milieu d’un bidonville ; il a sur lui beaucoup de vers, son dos a des plaies purulentes avec du sang. Beaucoup de personnes sont passées là, et personne ne s’est soucié de lui. Alors, Mère Teresa le prend, l’emporte et fait les soins qu’il fallait, retirant les vers les uns après les autres, soignant ses plaies. Mais, ce pauvre meurt. Juste avant, il sourit et dit : merci. Mère Teresa fait remarquer qu’il n’y avait pas de paroles de haine en lui, pas de paroles de jugement sur tous ceux qui ne se sont pas arrêtés auprès de lui. Il a souri, il a dit merci. Cet homme, reconnait Mère Teresa, c’est Jésus. Il avait en lui le Royaume. Mère Teresa a peut-être pensé à cette béatitude : « Heureux vous les pauvres, le Royaume de Dieu est à vous. »

 

Les « disciples »

Le pape François poursuit : « La prédication de Jésus nous dresse le tableau de ses œuvres de miséricorde pour que nous puissions comprendre si nous vivons oui ou non comme ses disciples. » Le mot « disciple » est évidemment fort. On le retrouve constamment dans les quatre Évangiles. Pour nous, il signifie le chrétien qui vit à la suite de Jésus, qui a conscience qu’il est baptisé et confirmé, et qu’il a la mission d’être un autre Jésus sur terre, d’être son témoin, de vivre comme lui, le Ressuscité. Le « disciple » sent en lui qu’il est poussé à aimer, alors même qu’il a peur, qu’il ne s’en sent pas capable, qu’il a peut-être des réticences. Pourtant, il sent bien que la vérité est là : aimer. Le « disciple », c’est celui qui accomplit les « œuvres de miséricorde ». C’est pourquoi, le Pape nous invite : « redécouvrons les œuvres de miséricorde corporelles et n’oublions pas les œuvres de miséricorde spirituelles. »

Le pape François, en nous rappelant les quatorze « œuvres de miséricorde » – les sept œuvres de miséricorde corporelles et les sept œuvres de miséricorde spirituelles – ajoute : « Nous ne pouvons pas échapper aux Paroles du Seigneur et c’est sur elles que nous serons jugés. Aurons-nous donné à manger à qui a faim et à boire à qui a soif ? Aurons-nous accueilli l’étranger et vêtu celui qui était nu ? Aurons-nous pris le temps de demeurer auprès de celui qui est malade et prisonnier ? De même, il nous sera demandé si nous avons aidé à sortir du doute qui engendre la peur et bien souvent la solitude, si nous avons été capables de vaincre l’ignorance dans laquelle vivent des millions de personnes, surtout des enfants privés de l’aide nécessaire pour être libérés de la pauvreté. Si nous nous sommes faits proches de celui qui  est seul et affligé, si nous avons pardonné à celui qui nous offense, si nous avons rejeté toute forme de rancœur et de haine qui porte à la violence, si nous avons été patients à l’image de Dieu qui est si patient envers nous, si enfin, nous avons confié au Seigneur dans la prière nos frères et sœurs. »

 

Un amour qui vient du cœur

Toutes ses attitudes nous sont décrites par Jésus dans la Parabole du jugement dernier, au chapitre 25 de l’évangile de saint Matthieu. Oui, « nous ne pouvons pas échapper aux Paroles du Seigneur, et c’est sur elles que nous serons jugés. » Et le Pape termine : « N’oublions pas les paroles de saint Jean de la Croix : « au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour. » » Ainsi, le pape François nous fait comprendre qu’au cœur de ces « œuvres de miséricorde », il y a l’amour. Bien sûr, dans l’expression « œuvre de miséricorde », il y a le mot « œuvre », il y a une action ; nous faisons quelque chose, à notre mesure, comme nous pouvons, mais nous agissons. Par exemple, nous nous déplaçons pour aller voir une personne âgée dépendante, nous sortons de chez nous. Mais à côté du mot « œuvre » il y a l’amour qui marque le mot « miséricorde ». Cela montre que c’est une action qui jaillit de notre cœur et non pas une action qui serait accomplie parce qu’il faut la faire. Ainsi, dans l’œuvre de miséricorde, l’action jaillit de notre cœur bouleversé de compassion.

Voilà la miséricorde : un amour qui jaillit du cœur et qui nous pousse à agir. C’est cet amour-là qui donne du prix à ce que nous faisons. Il ne s’agit pas d’une idée ou d’une revendication, encore moins d’une idéologie qui ferait de nous des militants associatifs d’une cause. Non ! Quand il y a cette cause, cette idéologie, cette idée, très souvent y est associé un jugement négatif sur ceux qui ne partagent pas cette idée. C’est alors tout sauf une « œuvre de miséricorde ».

L’« œuvre de miséricorde » est une action accomplie grâce à l’évidence de l’amour. Il ne s’agit pas de ne rien faire. Comme l’a dit le pape François aux jeunes durant les JMJ : Ne soyez pas des jeunes canapés ; mettez vos chaussures et allez-y ! Il s’agit donc de faire quelque chose. Mais ce n’est pas un simple « faire », c’est un faire, une « œuvre », qui jaillit de la miséricorde, qui jaillit du cœur, et du cœur bouleversé. D’une certaine manière, l’image la plus parlante de l’œuvre de la miséricorde réside dans la maman qui voit son fils souffrir et qui ne peut pas rester à ne rien faire. Elle n’est peut-être pas compétente comme une infirmière ou une psychologue, mais elle a la compétence de l’amour : elle ne peut rester à rien faire face à son enfant qui souffre. Je me souviens de cette maman qui avait son enfant aîné gravement psychotique ; elle m’a dit un jour : il y a beaucoup de psy qui sont venus à la maison, mais il n’y a qu’une seule personne qui connait ma fille ; et, avec les yeux pleins d’émotion, elle affirma : c’est moi ! La connaissance de l’amour qui jaillit du cœur et qui pousse à faire quelque chose, c’est ça l’« œuvre de miséricorde ».

Mère Teresa nous dit que cet amour est charité qui se donne et qui souffre. (Elle va jusqu’à dire « physiquement » devant la souffrance d’autrui.) Oui, l’œuvre de miséricorde, c’est cette action concrète qui jaillit naturellement d’un cœur touché – pas touché superficiellement – par la souffrance de l’autre, d’un cœur ému et rempli de compassion, d’un cœur qui partage la souffrance. Il s’agit d’un amour spontané qui nous tourne vers la personne souffrante pour la soulager de ses souffrances, d’un amour qui pardonne l’autre pour le soulager du poids de sa faute qui le fait souffrir. Mère Teresa souligne : « Pour nous, ce qui compte, c’est la personne. Je crois aux relations de personne à personne. Chaque personne est le Christ pour moi et, puisqu’il n’y a qu’un seul Jésus, il n’y a qu’une seule personne au monde pour moi à cet instant-là. » Ce n’est donc pas une grande idée, qu’il faudrait mettre en œuvre. Non, car celle qui souffre est une personne unique et Jésus s’est identifié à elle.

 

Un regard émerveillé

L’expression « œuvre de miséricorde » signifie aussi le regard qui voit la dignité de la personne. Ce n’est pas simplement un amour spontané, c’est aussi un regard qui discerne la beauté de la personne. Beauté d’un enfant bien-aimé de Dieu. Beauté de l’être humain créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Beauté de la personne pour laquelle Jésus a livré sa vie sur la croix, comme le pense Mère Teresa quand elle est auprès d’une personne : Jésus a livré sa vie pour cette personne. Exactement comme l’écrit saint Paul : « Il m’a aimé et s’est livré pour moi. » (Galates 2,20) Mère Teresa explique : « il n’y aurait qu’une seule personne, Jésus aurait donné sa vie pour cette unique personne. » Voilà la beauté de chaque personne ! Beauté que Dieu voit et que le « disciple » de Jésus voit également. L’« œuvre de miséricorde » est bien un amour jaillissant du cœur mais d’un cœur qui voit la beauté divine et humaine de la personne quelle qu’elle soit.

Je me souviens d’une aide-soignante, qui n’avait pas 30 ans, me parlant d’une personne très âgée, une vieille maman de 98 ans qui était en position du fœtus avec un visage tout ridé et des yeux fermés, ne mangeant presque plus, en fin de vie. En sortant de sa chambre, elle ferme la porte et me dit : qu’elle est belle ! Je ne sais pas quelle était la religion de cette aide-soignante, mais je l’entends encore me dire : qu’elle est belle !

Je me souviens aussi de ce garçon de Terminale. On est allé avec lui et avec d’autres à un bal costumé et masqué dans une Communauté de l’Arche. On ne savait pas très bien avec qui on dansait. Bien sûr, les garçons espéraient danser avec les plus belles filles et les filles, avec les plus beaux garçons. De temps en temps, on enlevait son masque et on découvrait avec qui on dansait. En partant tard le soir, je ramène ce garçon de Terminale dans ma voiture et je lui demande : alors, tu t’es bien amusé ? Je l’ai entendu me répondre : le plus beau, c’est Patrick ! Patrick, je le connais bien. Il est au ciel maintenant. Patrick était porteur de handicaps, victime de graves crises d’angoisse, à cause desquelles il se tapait la tête contre les murs, ce qui lui laissait un visage abimé, défiguré, ne parlant pratiquement pas. Patrick avait des gestes très patauds. Pourtant, le plus beau, c’est Patrick ! Oui, je me souviens de Patrick avec son beau sourire et son regard profond.

 

Prier pour demander de l’amour

Nous comprenons bien que l’« œuvre de miséricorde » évoque tout à la fois l’amour évangélique qui habite notre cœur et qui nous pousse spontanément à agir, et aussi l’amour qui nous ouvre les yeux et qui nous fait voir la beauté divine de l’autre. C’est pourquoi, en méditant sur les « œuvres de miséricorde », il nous est toujours bon de prier : Seigneur, augmente en moi l’amour ! Fais-moi voir comme tu vois !

Demander à l’Esprit Saint de faire grandir en soi la charité est une magnifique prière. Le demander aussi pour la Communauté chrétienne où l’on vit, pour la famille qui est la sienne. Voilà une prière qui ne peut pas ne pas toucher le cœur de Dieu. Au cours de l’Eucharistie, ou quand nous avons communié, demander que la charité grandisse en nous, est la prière de demande la plus importante et la plus belle que nous puissions adresser au Seigneur Jésus.

Personnellement, j’ai entendu le futur Bienheureux Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus[5] dire : « La plus grande prière, la prière la plus importante que vous devez faire et qui peut-être renferme toutes les autres prières, c’est de demander l’amour pour vous ou pour les autres. » Oui, rien n’est plus beau que demander la croissance de la charité, en soi et chez les autres. Nous n’avons jamais fini de grandir dans la charité. Le Bienheureux Charles de Foucauld, mort il y a 100 ans, le 1er décembre 1916, a laissé une lettre écrite le jour même de sa mort. On y lit ceci : « On trouve que l’on n’aime pas assez, comme c’est vrai. On n’aimera jamais assez. » Charles de Foucauld ne se trompe pas.

Le chrétien qui vit une relation vivante avec le Seigneur Jésus, une amitié avec lui, sent un appel à aimer. Il découvre la joie que cela donne. Mais plus nous œuvrons dans des « œuvres de miséricorde » et plus nous rencontrons la personne « pauvre » quelle que soit sa pauvreté, plus alors nous entendons un appel à aimer davantage, parce que nous découvrons peu à peu les limites de notre amour, limites de notre patience, de nos jugements, de nos peurs, du temps à donner, de notre orgueil, de notre égoïsme. Bref, les limites de ce que nous sommes : de pauvres pécheurs, comme nous le prions à chaque Je vous salue Marie. Le pape François, quand on lui demande qui il est, répond : « Je suis un pécheur. » Les limites qui nous habitent sont une évidence. Elles ne sont pas une raison pour nous arrêter d’aimer car nous sentons bien que nous sommes appelés à aimer, comme Jésus. Demandons-lui la grâce d’aimer toujours plus ! Redisons la prière de sainte Faustine[6] !

 

Le secret de famille : la miséricorde

Nous voulons être des « disciples » de Jésus en accomplissant des « œuvres des miséricorde ». Nous connaissons ses paroles : « Je vous donne un commandement nouveau, c’est de vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés. Vous aussi, aimez-vous les uns les autres. » (Jean 13,34) Et plus loin, Jésus répète : « Mon commandement le voici : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » (Jean 15,12)

Ce « comme » donne le vertige ! Sommes-nous capables d’aimer « comme » Jésus ? Certainement pas. Ce « comme » ne signifie pas que nous avons à aimer autant que Jésus, de la même manière que lui, avec le même pouvoir que lui. Ce « comme » indique plutôt que nous sommes de sa famille. Entre lui et nous, il y a un air de famille. Exactement comme dans une famille, on se reconnait. Quel est donc cet air de famille ? Au milieu de nous, se tient Jésus, le Ressuscité, le témoin par excellence de la miséricorde. Notre air de famille, c’est la miséricorde ! Nous sentons bien que les quatre Évangiles, notre livre de famille, nous appellent à être miséricordieux, parce que notre cœur est touché par la souffrance de l’autre, parce qu’au fond de notre cœur un regard voit sa beauté. Cet amour spontané et ce regard ont tous les deux des limites, celles de nos péchés. Et pourtant, nous sentons bien, grâce à l’Esprit Saint qui nous fait comprendre intérieurement les Évangiles, que c’est l’appel à la miséricorde qui nous habite et qui nous presse.

Ainsi, pour chacun de nous, quand nous accomplissons les « œuvres de miséricorde », nous savons que ce n’est pas superflu, ni quelque chose qu’il faut faire parce que, par exemple, c’est le Jubilé de la miséricorde. Nous n’avons pas attendu le Jubilé pour faire des « œuvres de miséricorde ». De fait, par le Jubilé, le pape François attire notre attention sur ce qui est le plus évident, le plus immédiat, le plus naturel au cœur des « disciples » de Jésus. Que notre Église diocésaine soit habitée par la miséricorde est la chose la plus normale du monde, grâce à l’Esprit Saint ! Des saints et des saintes de notre diocèse le montrent ; ils n’ont pas attendu le Jubilé de la miséricorde. Sainte Jeanne Jugan en est une illustration magnifique. Je pourrais en nommer beaucoup d’autres. Je célèbrerai bientôt le 150ième anniversaire du décès d’Amélie Fristel à Notre-Dame des Chênes (Saint-Malo), qui a voulu mourir dans la salle où les pauvres étaient accueillis pour être tout simplement pauvre parmi les pauvres. Oui, beaucoup de chrétiens vivent ces « œuvres de miséricorde ». Dieu en soit béni !

Si le pape François nous invite à réfléchir sur les « œuvres de miséricorde », c’est pour que nous puissions relire et redécouvrir que, dans le fond, c’est ça notre secret. Le secret du chrétien, c’est le cœur qui, habité par l’Esprit, voit la beauté de l’autre, c’est l’amour qui, donné par l’Esprit, souffre de la souffrance de l’autre. Je me souviens bien d’un moment dans une Visite pastorale. Je rencontrais un petit groupe de personnes qui accompagnaient les familles en deuil. Un chrétien m’a bouleversé quand, en déviant un peu du thème de la rencontre, il raconta qu’il est allé voir une personne malade, dans sa petite commune. Il a compris qu’il fallait aller lui acheter la nourriture, et lui donner à manger. Il l’a fait plusieurs jours de suite. Sa manière de raconter laissait transparaître une charité délicate et humble. Il a terminé en confiant avec émotion : « le soir avec ma femme, nous nous mettons à genoux et nous prions parce que, vous savez Monseigneur, il y a tellement de gens qui souffrent. » Lui était habité par la souffrance de ceux qui souffrent. Oui, la miséricorde est à l’œuvre dans notre diocèse !

 

Quatre points d’attention

Je voudrais finir par quatre brefs points qui sont importants pour l’« œuvre de miséricorde » des Guides d’obsèques, des Équipes d’accompagnement des familles en deuil, des personnes qui accompagnent un malade atteint d’une maladie chronique, incurable, peut-être en fin de vie. Le pape François nomme ces œuvres de miséricorde : « assister les malades » ; « ensevelir les morts ».

  1. Où va la personne que vous accompagnez ou pour laquelle vous êtes là parce qu’elle est défunte ? Il me semble qu’il est fondamental de nous poser cette question.

Si elle est vivante parce qu’elle est malade ou en fin de vie, où va-t-elle ? On parle de façon professionnelle du projet personnalisé de vie. C’est très juste et, selon les circonstances, il faut adapter ce projet personnalisé de vie de telle manière qu’il y ait toujours quelque chose à vivre demain, une espérance concrète. Mais il y a autre chose : où va la personne ? C’est simple, il faut que nous le comprenions bien, elle va vers un amour plus grand. Elle va vers la croissance de son amour. Cette personne est comme moi, elle est faite pour aimer.

Ainsi tout mon accompagnement, tout le service que j’ai à accomplir auprès d’elle, toute l’œuvre de miséricorde que j’ai à faire auprès d’elle, vise à l’aider à grandir dans l’amour. Bien sûr, cela passe par des réconciliations, par des mémoires à faire advenir, par des guérisons de certaines blessures reçues au long de la vie, par des pardons à recevoir. Cela passe par mon regard qui valorise la personne, qui reconnaît sa beauté et sa dignité. Cela passe aussi par l’ouverture du cœur à la grâce invisible de Dieu par le soutien fraternel dans la confiance, la prière, les sacrements, l’écoute d’une Parole de Dieu.

La personne que j’ai là, devant moi, en fin de vie, où va-t-elle ? Exactement comme moi qui prie pour que la charité grandisse en moi, cette personne va vers un amour plus grand. L’œuvre de miséricorde consiste à permettre à cette personne, qu’on accompagne jour après jour, semaine après semaine, d’aimer et d’aimer davantage. Cela demande une grande écoute, une délicate attention aux paroles qu’elle prononce, aux gestes qu’elle fait pour y discerner ses appels à l’aide. Comment peut-elle être aidée à dépasser sa rancœur, à dire merci pour l’amour qu’elle a reçu, à regarder positivement telle période de sa vie, à s’ouvrir à Dieu et à son infinie bonté ? Accompagner quelqu’un, c’est l’ouvrir peu à peu avec patience à sa capacité personnelle d’aimer.

Si elle est défunte, où va cette personne ? Nous le savons bien, elle va vers la Béatitude, vers le Royaume des Cieux où il n’y a que de l’amour. La personne décédée va vers son éternelle béatitude, vers sa « fin bienheureuse », auprès de Dieu, dans sa joie, sa lumière, sa paix et son amour. Elle va là où Dieu est aimé de façon pure.

Nous pouvons toujours nous poser cette question : où va la personne ? Elle va vers un amour plus grand, elle en est capable, et nous ne jugeons jamais ses rebuffades, ses violences, ses amertumes actuelles ou durant sa vie passée. Chez la personne accompagnée, nous les accueillons avec patience pour que peu à peu dans son cœur s’ouvrent paisiblement l’amour pour telle personne et l’amour pour Dieu ; chez la personne défunte, nous les offrons avec foi au Christ sauveur qui permet au défunt de croître au ciel dans l’amour pour Dieu et pour les siens encore en pèlerinage sur terre.

  1. Comme cela a été dit dans le premier témoignage : la mort n’est pas la dernière étape, elle est un passage. En effet, l’âme est immortelle.

Nous lisons dans le Catéchisme de l’Église Catholique : « L’Église enseigne que chaque âme spirituelle, – [Pensons à notre propre âme, à l’âme de chacun d’entre nous, de nos enfants, de nos petits-enfants, de nos neveux, de nos nièces, l’âme de cette personne âgée que je visite, de cette personne en fin de vie, mais aussi à l’âme de ce défunt pour qui je suis avec sa famille endeuillée] – est  immédiatement créée par Dieu, elle n’est pas « produite » par les parents. » Les parents ne sont pas créateurs, mais pro-créateurs. C’est Dieu qui créé l’âme !

Le Catéchisme de l’Église Catholique continue : « L’Église nous apprend qu’elle est immortelle : elle ne périt pas lors de sa séparation du corps pour la mort[7]. » Il est important de bien savoir que « dans ce « départ » (Philippiens 1,23) qu’est la mort, l’âme est séparée du corps[8]. » Certes, le corps est mort puisque l’âme qui lui donne vie l’a quitté. Mais cette âme spirituelle est vivante. Elle ne périt pas. Il est donc très important de penser à un défunt comme un vivant, avec son âme. Voilà une grande consolation dans l’épreuve de la séparation.

Le Professeur Emmanuel Hirsch souligne qu’il s’agit de se préparer à la séparation et non pas à la mort, car il très difficile de préparer quelqu’un à la mort, puisqu’aucun d’entre nous ne l’a vécue. Il est par contre possible de comprendre la séparation. Il est beau de voir une grand-mère qui, sachant que son départ est proche, reçoit chacun de ses enfants et de ses petits enfants pour exprimer à chacun un mot d’a-Dieu. Nous pouvons aussi penser à la séparation de l’âme et du corps car si le corps retourne à la poussière, l’âme va vers la joie.

Nous lisons encore dans le Catéchisme de l’Église Catholique : « Dotée d’une âme « spirituelle et immortelle », la personne humaine est « la seule créature sur la terre que Dieu a voulue pour elle-même ». Dès sa conception, elle est destinée à la Béatitude éternelle[9]. » Quand je vois une maman enceinte qui me parle du Baptême de l’enfant quand il sera né, je dis : Madame, votre enfant c’est pour toujours, toujours, toujours, il est éternel. La maman me regarde un peu surprise et pourtant, quelle vérité !

Bien sûr, la séparation est douloureuse. Nous le constatons en mesurant bien la souffrance des familles qui ont perdu l’un des siens. Nous avons besoin d’être tout entier là auprès de ces familles pour les écouter, comme les deux témoignages l’ont bien souligné. Le pape François nous invite à écouter la personne là où elle en est[10].

  1. L’amour ne passe pas. Un témoignage l’a magnifiquement dit. Saint Paul, reprenant une pensée du Cantique des Cantiques, l’affirme dans la Première Lettre aux Corinthiens(13,8). Ainsi, tout l’amour qui a été vécu ne passe pas. L’amour vrai, tout ce qu’il y a de vrai dans l’amour, tout ce qui est divin dans l’amour, ne passe pas. Bien sûr, personne ne vit un amour parfait, tous, nous vivons un amour entaché par l’égoïsme, l’orgueil, le manque de patience, la colère, … que sais-je ? Mais il y a toujours, au fond de ces actions entachées de fautes, un amour vrai et cet amour vrai ne passe pas. L’âme spirituelle et immortelle est séparée du corps en emportant avec elle son amour.

Ainsi quand nous entendons la famille nous raconter l’histoire du défunt, nous devons être attentifs avec un discernement spirituel pour discerner tout ce qui a été amour en lui. Il convient alors d’en faire mémoire, de le dire dans la célébration des obsèques, et de rendre grâce à Dieu pour cet amour. Parfois, cela n’est pas évident parce que la famille ne voit pas du tout l’amour vécu par le défunt. Il peut y avoir beaucoup de rancœurs. Peut-être que la famille n’a pas le temps – c’est normal, il ne faut pas la juger – de discerner que leur proche a quand même aimé. Parfois, elle ne sait pas discerner car elle est indifférente – voire opposée – à la foi vécue par le défunt. Parfois encore, elle est restée éloignée du défunt et a du mal à parler de lui. Certaines familles sont si divisées qu’elles n’arrivent pas à poser un regard juste sur leur défunt.

Il me semble que discerner cet amour qui ne passe pas, même si cela est difficile avec tout ce que nous entendons, est la grande tâche de l’Église que les Équipes d’accompagnement des familles en deuil ont la mission d’accomplir. Quelle belle mission !

  1. Nous avons entendu le pape François nous dire la belle phrase de saint Jean de la Croix : «  Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour. » C’est donc sur cet amour, que nous serons jugés. Ce jugement ne doit pas nous faire peur. Au contraire, il doit nous réjouir. Quel est en effet ce jugement de Dieu ?

Tout d’abord, il est bien normal que Dieu juge. Au Ciel, il n’y a pas un seul péché. Il n’y a pas une ténèbre ayant entaché l’amour, qui rentre au Ciel. Au Ciel, n’est présent que l’amour pur qui est éternel.  Le jugement de Dieu consiste précisément à guérir notre amour pour qu’il soit pur et lumineux. Voilà l’éternité ! Par la grâce de Dieu, le « germe d’éternité » que tout homme porte en lui s’y est épanoui !

D’une certaine manière, le jugement de Dieu est appelé dans La Bible par le mot très fort de « consolation ». Dieu « console » en supprimant de l’amour vécu sur terre toutes ses ténèbres. Celles-ci sont comme des grains de poussière qui habitent et enlaidissent l’amour. Elles sont toutes les limites auxquelles nous consentons au point de nous préférer plutôt que d’aimer en vérité en nous donnant à l’autre.

Si ce jugement est « consolation », il faut oser parler du jugement de Dieu. Nous voyons ce jugement dans la Parabole de l’Enfant prodigue : « Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils », comme si cet enfant disait : il y a tellement de ténèbres dans mon amour, tellement de scories qui m’empêchent de t’aimer, traite-moi comme l’un de tes ouvriers, je ne suis qu’un esclave. Que fait alors le père ? Il court, l’embrasse et dit : allez tuer le veau gras, revêtez-le d’une robe, mettez-lui un anneau au doigt, donnez-lui des sandales, car mon fils qui était mort est revenu à la vie.

Ainsi, Dieu ne regarde pas le péché mais la beauté du fils. Face aux ténèbres qui l’enlaidissent, Dieu « console » son fils en le purifiant. Son regard, puisqu’Il est miséricordieux, se porte sur la beauté du défunt, son enfant bien-aimé. Son jugement consiste à le sauver de tous ses péchés pour que sa beauté de fils resplendisse dans l’amour purifié qui est le sien. Alors son « germe d’éternité » qui est en lui porte un beau fruit de joie ; son « désir d’une vie ultérieure » est rassasié dans la béatitude éternelle ; son amour dont il a aimé d’une manière ou d’une autre, est devenu pur et lumineux. Voilà notre Dieu qui « console », qui fait « œuvre de miséricorde » ! Son regard voit l’inaltérable beauté du défunt. Son amour est d’un tel élan qu’en son Fils, Jésus, il a pris sur lui son péché et en a souffert.

Dans La Bible, cette grande œuvre de miséricorde s’appelle « consolation ». Il ne s’agit pas seulement d’une consolation comme nous le faisons en consolant quelqu’un qui pleure. C’est la grande consolation que le prophète Isaïe annonce : « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu ; parlez au cœur de Jérusalem. Proclamez que son crime est expié. » (Isaïe 40,1-2) Le Livre d’Isaïe se termine par une formidable espérance : « Comme un enfant que sa mère console, ainsi je vous consolerai. Oui, dans Jérusalem vous serez consolés. Vous verrez, votre cœur sera dans l’allégresse. » (Isaïe 66,13-14) Saint Paul chantera la consolation reçue en bénissant « le Dieu de toute consolation » (2 Corinthiens 1,3-4). Il s’agit de la « consolation » qui sauve ! Le Christ juge pour enlever tous les petits grains de poussière qui salissent l’amour, de telle manière que l’âme immortelle soit sauvée avec son amour. Voilà le Salut, qui est « consolation » de Dieu.

 

L’Eucharistie, sacrement de l’amour

La mission que vous accomplissez et pour laquelle, de tout mon cœur, je vous remercie, est une mission d’Église. Au cours des Visites pastorales que j’ai faites, en rentrant à Rennes, j’ai à chaque fois une grande joie parce que je vous ai entendus, parce que j’ai vu ce que vous faites, parce que j’ai mieux compris l’« œuvre de miséricorde » que vous accomplissez comme baptisés et confirmés. J’en rends grâce à Dieu.

Vous êtes envoyés en mission par l’Église, vous avez été appelés et vous êtes en Équipes. Cela est très important. Qu’est-ce qui fait la grandeur de votre mission ? Que vous vous aimiez les uns les autres comme des frères et sœurs. Nous ne pouvons pas être miséricordieux pour la personne souffrante sans être miséricordieux les uns avec les autres. Cet amour mutuel et fraternel montre que c’est une mission d’Église.

Vous trouvez dans l’Église, votre Mère, la source de votre amour : l’Esprit Saint. Vous rencontrez dans l’Église, votre Mère, la référence de la miséricorde : le Christ Jésus, le Ressuscité. Vous exprimez dans l’Église ce qui est le sommet de la miséricorde quand, à chaque fois que vous êtes réunis, vous priez le Notre Père, le Père « riche en miséricorde » (Éphésiens 2,4). Ce Père, que nous aimons, est la source de toute miséricorde. C’est bien dans l’Église que se dévoile notre secret de famille, en particulier quand, unis au Ressuscité, nous, baptisés et confirmés, nous prononçons le Notre Père à chaque Eucharistie.

Mes amis, vous êtes envoyés en mission par l’Église et votre source la plus profonde pour accomplir l’œuvre de miséricorde à laquelle vous êtes appelés, c’est l’Eucharistie, le « sacrement de l’amour ». Dans ce grand sacrement, nous sommes tous sous la Miséricorde du Christ, nous nous tournons tous vers Notre Père qui est riche en miséricorde, nous sommes tous envoyés : Allez, dans la paix du Christ, le Ressuscité, témoin par excellence de la miséricorde. Nous sommes envoyés pour accomplir l’œuvre de miséricorde. Que la soif de l’Eucharistie soit pour chacun de vous la lumière qui vous habite et qui vous montre à quel point vous avez soif de miséricorde.

En accomplissant l’œuvre de miséricorde qui est la vôtre, vous faites grandir la famille des « disciples » de Jésus. En effet, vous permettez à tous ceux et à toutes celles vers lesquels vous allez, qui sont ces périphéries existentielles dont le pape François parle si souvent, de devenir miséricordieux. Vous permettez à ces hommes et à ces femmes de grandir dans l’amour, de dévoiler le Royaume présent en leur cœur, d’être pour vous, comme l’a dit si bien Mère Teresa, des Jésus qui vous évangélisent. « Heureux les miséricordieux, il leur sera fait miséricorde. » (Matthieu 5,7)

 

[1] Gaudium et Spes 18,1.

[2] Voir par exemple la sixième préface de la Messe du dimanche : « La vie éternelle est déjà commencée. » Ou la troisième préface de la Nativité de Jésus : « nous devenons éternel. »

[3] Gaudium et Spes 18,2.

[4] Bulle d’indiction du Jubilé de la miséricorde, 11 avril 2015, n. 15.

[5] Mort le 27 mars 1967 à Notre-Dame de Vie à Venasque dans le Vaucluse, il sera béatifié en Avignon le 19 novembre 2016.

[6] Voir p. 000.

[7] Catéchisme de l’Église Catholique, n. 366.

[8] Ibid., n. 1005.

[9] Ibid., n. 1703.

[10] La joie de l’Évangile, n. 128.

 

 


 

Homélie de Mgr Pierre d’Ornellas

Lectures :
Exode
32,7-14
Psaume
50
1 Timothée
1,12-17
Luc
15,1-10

 

Mes amis,

Nous entendons aujourd’hui saint Paul qui est «plein de gratitude». Lui qui était «blasphémateur, persécuteur, violent», est «plein de gratitude» parce que Dieu l’a choisi pour lui donner une mission. D’une certaine manière, dans cet itinéraire de saint Paul qui nous est proposé en ce dimanche dans toute l’Église, nous découvrons comment Dieu fait avec nous.

 

Le magnifique sacrement de la réconciliation : pour la mission

La miséricorde de Dieu est évidemment l’acte souverain qu’Il fait en pardonnant les péchés. Il l’a fait «une fois pour toutes» par la mort du Christ sur la croix, Lui qui est «l’Agneau de Dieu portant – sur ses épaules – le péché du monde», mort en sacrifice et offrant sa vie en sacrifice. C’est ainsi que Dieu fait miséricorde. Nous bénéficions sans arrêt de cette miséricorde en recevant le pardon de nos péchés dans ce grand sacrement qu’est le sacrement de la Réconciliation, la confession. Mais il y a plus que cela.

Pourquoi allons-nous recevoir ce sacrement ? Pas simplement parce que nous avons péché, car nous risquerions alors d’avoir les yeux rivés sur nous et nous serions attentifs à nous-mêmes. Comme le dit de façon si magnifique sainte Mère Teresa : l’amour est une rue sans retour possible. Une rue où nous avançons laissant derrière notre « moi » pour aller vers le plus pauvre.

Pourquoi demandons-nous le pardon de nos péchés ? Parce que nous savons que par notre Baptême et notre Confirmation, Dieu nous envoie en mission. Dieu a appelé Paul à remplir un «ministère», c’est-à-dire un service dans l’Église. Pour lui, il s’agit du service épiscopal puisqu’il est successeur des Apôtres à tel point qu’il se considère lui-même comme Apôtre.

Mais pour nous, comme nous l’avons entendu ce matin, nous pouvons penser à tous ceux et à toutes celles qui ont reçu mission auprès de nos frères et sœurs malades, âgés, dépendants, en deuil, ou au service de la prière pour nos frères et sœurs défunts,  et aussi à celles et ceux qui ont reçu une mission en s’engageant de façon professionnelle dans le soin pour prendre soin des malades et parmi eux, des personnes en fin de vie. Mais chacun d’entre nous présents ici et dans le diocèse, peut reconnaître qu’il a reçu mission de Dieu.

Nous pouvons alors dire, un peu comme saint Paul : « Je suis plein de gratitude pour celui qui m’a choisi, moi qui étais pécheur. » Ainsi, nous n’allons pas simplement recevoir la miséricorde de Dieu, qui est abondante et infinie, parce que nous sommes des pécheurs. Nous allons la recevoir pour que, dans ce sacrement de réconciliation, cette miséricorde nous purifie et nous remette en mission, nous relance dans notre mission. D’une certaine manière, nous allons recevoir le sacrement de réconciliation non seulement parce que nous sommes pécheurs mais aussi par amour de l’Église, par amour de la mission que nous avons reçue, afin d’aller vers nos frères et sœurs selon la mission que nous avons reçue. Ils attendent de nous que nous soyons remplis de miséricorde et de charité. C’est par amour de nos frères et sœurs, et pas seulement par le regard – qui risque d’être égoïste – sur nous-mêmes, que nous allons demander le pardon de nos péchés.

La miséricorde de Dieu, ce n’est pas simplement le pardon des péchés. Comme le suggère magnifiquement l’évangile de saint Matthieu, la miséricorde de Dieu suscite l’Église dans le monde pour l’envoyer dans le monde, afin qu’elle soit témoin de Dieu et de son amour pour chaque homme et pour chaque femme. Voilà la miséricorde de Dieu !

Cette miséricorde de Dieu nous sort totalement de notre égoïsme et de notre regard sur nous-mêmes. D’ailleurs, on va recevoir le sacrement de réconciliation  en ayant le regard rivé sur Dieu, sur Jésus ressuscité et sur son Évangile. Et c’est par amour du Seigneur ressuscité qui m’a confié une mission, que je demande le pardon de mes péchés ! Que c’est beau un papa et une maman qui vont recevoir le sacrement de réconciliation non seulement parce qu’ils ont commis des péchés mais par amour de leurs enfants, par amour de la mission qu’ils ont reçue de Dieu pour leurs enfants.

Mes amis, c’est bien cela que nous dit saint Paul. Saint Paul ne dit pas qu’il est plein de gratitude parce que Dieu lui a pardonné ses péchés – même s’il est bien vrai que Dieu lui a pardonné ses péchés – mais parce que Dieu l’a choisi pour l’envoyer en mission. Et pour l’envoyer en mission, il le purifie.

Ainsi, nous devons méditer sur cette miséricorde de Dieu qui sans cesse veut nous envoyer en mission, là où nous sommes, selon le charisme qui est le nôtre, selon les talents qui sont les nôtres et selon les appels que nous avons reçus de l’Église. Personne ne s’envoie en mission de soi-même. Tous, nous recevons une mission et personne n’est indigne de la mission. Dieu choisit, par le ministère de l’Église, celles et ceux qu’Il envoie en mission. Parce que nous avons reçu cette mission de la miséricorde de Dieu, alors il est beau de courir demander le pardon de ses péchés à cause de l’amour du Seigneur Jésus et de la mission qu’il nous confie.

 

L’œuvre de miséricorde : la joie

Pour remplir cette mission, nous entendons aujourd’hui cette phrase étonnante du Seigneur Jésus qui est répétée deux fois : « Réjouissez-vous avec moi. » Jésus, sous l’image du Pasteur qui va chercher la brebis perdue et qui l’a retrouvée, rassemble l’Église et lui dit : « Réjouissez-vous avec moi. » Dans l’Ancien Testament, Dieu est pasteur de son peuple, son troupeau. Mais, comme nous le savons, le mot « miséricordieux » évoque en hébreux la femme pétrie d’amour pour son enfant blessé. Or, c’est ce mot là qui a été mis en Dieu juste à la suite de la première lecture que nous avons entendue[11]. Jésus le sait bien. Les Prophètes parlent de Dieu au féminin comme s’il était une femme. Comme le dit le prophète Isaïe : « Une femme oublierait-elle son enfant, dit Dieu, moi, je ne t’oublierai jamais. » (49,15) C’est pourquoi, Jésus, après la parabole du pasteur, utilisé celle de la femme qui a perdu un drachme. Il s’agit évidemment de Dieu lui-même, de Jésus lui-même.

Et bien, ce Seigneur Jésus ressuscité est dans une joie à nulle autre pareille. Une joie divine parce que cette brebis ou cette drachme perdue qu’est l’humanité, il est allé la chercher. Il est allé la chercher aussi loin qu’elle est partie, il est même allé la chercher dans cet instant le plus ultime où elle est partie, ce que Dieu n’a pas fait, dit La Bible[12], la mort.

Il est allé jusque dans la mort. Il est mort pour aller nous chercher. Voilà la joie du Christ qui a retrouvé sa brebis perdue, sa drachme perdue. « Réjouissez-vous avec moi. », quelle œuvre de miséricorde magnifique ! C’est pourquoi, le pape François nous invite avec ardeur, dans toute l’Église à travers le monde, à être miséricordieux. Nous l’avons entendu aux Journées Mondiales de la Jeunesse où toutes les cultures du monde étaient représentées, où toutes les langues étaient là. Ce fut la même invitation pour des « œuvres de miséricorde ».

Ce matin, nous avons vu deux caractéristiques de l’« œuvre de miséricorde » : elle est une action qui jaillit du cœur bouleversé d’amour, et qui provient d’un regard voyant toujours la beauté inouïe de la personne humaine sauvée dans le sang de Jésus, créée à l’image et à la ressemblance de Dieu. L’œuvre de miséricorde, c’est … l’esprit humain qui ne pense plus jamais du mal de quelqu’un, qui voit la vérité, qui voit sans doute le mal commis, mais qui ne pense jamais du mal d’une personne humaine parce que cette personne, comme moi, est créée à l’image et à la ressemblance de Dieu, quelle que soit sa race, sa couleur, son statut de réfugié ou non, etc.

Comme le dit sainte Mère Teresa, alors qu’elle accueille quelqu’un qui est plein de vers dans les rues de Calcutta : elle est avec cette personne qui est unique, alors qu’il y a beaucoup de mourants à Calcutta, et elle a cette pensée magnifique : « S’il n’y avait qu’une seule personne qui existait, Jésus serait mort de la même manière pour elle. » Voilà la beauté de cette personne !

Mère Teresa nous indique quelque chose de très précieux. Nous l’avons entendu dans les médias, nous avons entendu cette femme qui sourit et qui demandait aux Missionnaires de la Charité de sourire. Dans le fond, c’est Jésus qui le demande : « Réjouissez-vous avec moi. »

La troisième caractéristique de l’œuvre de la miséricorde, ce n’est pas seulement l’amour bouleversé qui nous fait aller vers, ni le regard qui nous fait voir la beauté de la personne humaine, c’est aussi la joie alors même que nous souffrons de la souffrance de ceux qui souffrent.

 

Grâce à la prière

« La joie est prière, dit Mère Teresa, signe de notre générosité, de notre oubli de nous-même et d’une union intime et continuelle avec Dieu. Dans tout, les yeux, le visage, les gestes, cette joie doit se voir. Quand je dis joie, je ne veux pas parler de rires tonitruants, ni de cris, non cela est trompeur et veut être là pour cacher quelque chose. Non, ce n’est pas une joie superficielle qui est précisément pour cacher un vide intérieur. Je parle de la profonde joie intérieure qui est en vous, dans vos yeux, votre regard, vos visages, vos mouvements, vos gestes, votre vivacité, etc. »

« Que ma joie soit en vous ! », dit Jésus. Mère Teresa s’interroge : Quelle est cette joie de Jésus ? C’est le résultat de son union continuelle avec Dieu tandis qu’Il faisait la volonté du Père.  « Je suis venu, dit Jésus, afin que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite. » (Jean 15,11)»

Cette joie, mes amis, vient de notre prière, vient de notre union à Jésus. Pour Mère Teresa, prier ne consiste pas à dire des prières, mais à prier les prières avec son cœur, avec son esprit. Prier avec son cœur, en présence de Jésus, avec lui, nous fait petit à petit comprendre que la personne que je vais visiter, la famille en deuil que je vais voir, le défunt qui est là, devant moi, le malade gravement malade qui est sur son lit, cette personne en fin de vie, est une personne bien aimée de Dieu qui, de façon certaine, va vers sa béatitude, vers sa joie. Par la foi, je sais que le Seigneur Jésus est venu la chercher, et j’entends au fond de moi, alors que je suis devant une famille en deuil, devant le défunt, devant le malade, devant la personne en fin de vie, Jésus, le Seigneur, qui murmure : « réjouis-toi avec moi. » Comme s’il nous disait : cette personne, je l’ai sauvée, je l’aime, je suis auprès d’elle. Réjouis-toi avec moi parce que je t’envoie en mission. En mon nom, tu es là, auprès d’elle. Avec moi, aime-la.

Mes amis, celui qui est en mission, uni à Jésus, comme Mère Teresa nous le montre de façon magnifique, est une personne joyeuse, non pas d’une fausse joie, mais d’une joie intérieure qui n’empêche pas de pleurer avec ceux qui pleurent, de souffrir avec ceux qui souffrent. Cette joie n’est pas une insolence à la souffrance, elle est au contraire une proximité étonnante.

Mes amis, entendons cette Parole de l’Évangile aujourd’hui : « Réjouissez-vous avec moi. » Réjouissez-vous avec le Seigneur Jésus. Que sainte Mère Teresa prie pour nous, nous obtienne la grâce d’être des hommes et des femmes qui prient pour être avec le Seigneur Jésus, et qui, dans cette prière, naissent à cette joie que nul ne pourra nous ravir.

[11] Voir Exode 34,6. Voir la catéchèse donnée l’année dernière à Notre-Dame de La Peinière : « Celui qui pratique la miséricorde, qu’il ait le sourire. »

[12] Sagesse 1,13.

 

Prière de sainte Faustine

À chaque souffle de mon être, à chaque battement de mon cœur, à chacune des pulsations du sang de mon corps, autant de fois je désire exalter Ta miséricorde, ô Très Sainte Trinité.

Je désire me transformer tout entière en Ta miséricorde et être ainsi un vivant reflet de Toi, ô Seigneur ; que le plus grand des attributs divins, Ton insondable miséricorde, passe par mon âme et mon cœur sur le prochain.

Aide-moi, Seigneur, pour que mes yeux soient miséricordieux, pour que je ne soupçonne jamais ni ne juge d’après les apparences extérieures, mais que je discerne la beauté dans l’âme de mon prochain et que je lui vienne en aide.

Aide-moi, Seigneur, pour que mon oreille soit miséricordieuse, afin que je me penche sur les besoins de mon prochain et ne reste pas indifférente à ses douleurs ni à ses plaintes.

Aide-moi, Seigneur, pour que ma langue soit miséricordieuse, afin que je ne dise jamais de mal de mon prochain, mais que j’aie pour chacun un mot de consolation et de pardon.

Aide-moi, Seigneur, pour que mes mains soient miséricordieuses et remplies de bonnes actions, afin que je sache faire du bien à mon prochain et prendre sur moi les tâches les plus lourdes et les plus déplaisantes.

Aide-moi, Seigneur, pour que mes pieds soient miséricordieux, pour me hâter au secours de mon prochain, en dominant ma propre fatigue et ma lassitude. Mon véritable repos est de rendre service à mon prochain.

Aide-moi, Seigneur, pour que mon cœur soit miséricordieux, afin que je ressente toutes les souffrances de mon prochain. Je ne refuserai mon cœur à personne. Je fréquenterai sincèrement même ceux qui, je le sais, vont abuser de ma bonté, et moi, je m’enfermerai dans le Cœur très miséricordieux de Jésus. Je tairai mes propres souffrances. Que Ta miséricorde repose en moi, ô mon Seigneur.

C’est Toi qui m’ordonnes de m’exercer aux trois degrés de la miséricorde ; le premier : l’acte miséricordieux – quel qu’il soit ; le second : la parole miséricordieuse – si je ne puis aider par l’action, j’aiderai par la parole ; le troisième – c’est la prière. Si je ne peux témoigner la miséricorde ni par l’action, ni par la parole, je le pourrai toujours par la prière. J’envoie ma prière même là où je ne puis aller physiquement.

Ô mon Jésus, transforme-moi en Toi, car Tu peux tout.

 

Mgr d'Ornellas_©Michel Ogier

Mgr d'Ornellas © Michel Ogier

Monseigneur Pierre d’Ornellas
Archevêque de Rennes, Dol et Saint-Malo,
Président de la Commission épiscopale pour la catéchèse et le catéchuménat,
chargé des questions bioéthiques pour les évêques de France