Parole de Mgr d’Ornellas : « La paix : un bien précieux »

La paix est un bien précieux. Nous le savons bien. Elle est un bien précieux aussi bien entre les nations qu’entre les personnes. Elle est aussi un bien de grande valeur pour chacun d’entre nous.

Paru dans Église en Ille-et-Vilaine n°290, oct 2017.

Vivre en paix ne signifie pas se débarrasser des voisins gênants avec lesquels les relations seraient difficiles. Cela ne signifie pas la simple résolution de conflits à l’intérieur d’une famille. Vivre en paix est une attitude qui peu à peu nous conduit à la paix intérieure. Cette paix s’acquiert au bout d’un long chemin. Elle devient peu à peu un vaste océan dont l’eau est limpide et que rien ne vient troubler, quelques que soient les événements que nous subissons ou que nous rencontrons.

Les chrétiens sont particulièrement sensibles à la paix. En effet, Jésus a proclamé la Béatitude : « Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu. » (Matthieu 5, 9) Si vous allez lire le texte des Béatitudes vous découvrirez que cette Béatitude est la dernière. Cela signifie qu’elle est un sommet auquel nous parvenons après avoir cheminé en montant le long de la montagne. Cette montagne est celle de l’amour. La paix est le fruit de l’amour.

Cette paix est un bien si précieux que le Ressuscité dit à ses Apôtres auxquels il apparaît : « La paix soit avec vous ! » (Jean 20, 19.21.26) De plus, l’apôtre saint Paul affirme que Jésus est par excellence l’artisan de paix. C’est lui qui, par la puissance de l’Esprit, fabrique la paix en nous. Car en vérité, nous pouvons être d’autant plus artisans de paix que nous avons le cœur en paix. Il est toujours dramatique de voir un chrétien qui veut faire la paix en ayant le cœur rempli d’animosités ou de violences.

Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu.

Avant les chrétiens, les Juifs d’hier et d’aujourd’hui sont sensibles à la paix. Ils la désirent comme un don de Dieu et comme un fruit de la justice. En effet, il ne peut y avoir de paix sans justice et sans amour. Je vous laisse simplement cette parole du prophète Isaïe : « Voici que je dirige vers elle la paix comme un fleuve et, comme un torrent qui déborde, la gloire des nations. » (Isaïe 66, 12) Pour le Peuple d’Israël, la paix est destinée à être universelle et elle est comme une gloire pour les nations.

Cela ne veut pas dire que la paix s’obtient au prix d’une bataille que l’on a gagnée grâce à la force. Dès que la force est considérée comme un bien, elle s’exerce contre le faible en le méprisant, en l’écartant, en le tuant. La Bible nous dit cela de façon admirable par le récit de Caïn qui tue Abel. Il faut avouer que cette logique de la force semble conduire le monde. C’est toujours une force aveugle qui fait souffrir et qui sème la mort. La force est toujours absurde.

Face à cette logique de Caïn, une autre logique est inscrite dans le monde et dans nos cœurs par le judaïsme et par le christianisme. Dieu se plaît avec ceux qui le craignent, c’est-à-dire avec les humbles. Jésus se présente à nous comme « doux et humble de cœur ». Il s’offre comme le Crucifié mettant en lumière la seule force qui compte : celle de l’amour. Il est dans une extrême et totale faiblesse car la seule force qui l’anime est celle de l’amour et de la confiance en Dieu.

Dieu nous confie la paix pour que nous agissions en faisant grandir la paix. Il veut que nous soyons ses artisans. Face aux violences multiples, nous avons mission de répondre par la paix, par les actes de justice et d’amour qui fabriquent la paix.

Mgr d'Ornellas_©Michel Ogier

Mgr d'Ornellas © Michel Ogier

Monseigneur Pierre d’Ornellas
Archevêque de Rennes, Dol et Saint-Malo,
Président de la Commission épiscopale pour la catéchèse et le catéchuménat,
chargé des questions bioéthiques pour les évêques de France