Consécration de l’Anastasis, église de la Résurrection : homélie de Mgr d’Ornellas

Dimanche 11 février 2018, Mgr d’Ornellas célébrait la messe de consécration de l’Anastasis, la nouvelle église de Saint-Jacques-de-la-Lande en présence des paroissiens et de nombreux invités.

Consécration et  Dédicace de l’Anastasis, église de la Résurrection
Homélie de Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes,
Dimanche 11 février 2018, à Saint-Jacques-de-la-Lande

 

Livre de Néhémie 8, 1-4, 5-10
Psaume 126
1 Corinthiens 10, 31-11, 1
Évangile de Marc 1, 40-45

Mes amis,

Nous avons rendu grâce ce matin et hier soir. Rendu grâce pour l’architecture, hier soir, et rendu grâce pour Pâques ce matin où nous avons entendu un air de Résurrection si je peux dire, cette mélodie admirable du Ressuscité grâce à celles et ceux qui nous ont fait entendre une Cantate de Pâques de Jean-Sébastien Bach.

Voici que maintenant, pour la première fois dans cette église a été proclamée la Parole de Dieu. Cette Parole est évidemment inépuisable. Elle est prononcée au XXIème siècle comme elle le sera au XXIIème siècle. Elle est une Parole vivante qui nous tire toujours vers l’avenir, vers notre avenir personnel et vers notre avenir collectif. Notre avenir personnel ne serait pas heureux s’il ne concernait pas l’avenir de tous et l’avenir de tous ne serait pas parfait s’il y manquait quelqu’un. Voilà la grande espérance qui anime la Parole de Dieu ; voilà la grande vie qui se diffuse par la Parole de Dieu.

La Parole de Vie a été prononcée aujourd’hui pour la première fois dans cette architecture qui me fait penser simplement à une vision venant de loin. Saint Bernard l’a mise en œuvre de façon nouvelle. Quand on rencontre l’architecture de saint Bernard et de ses abbayes, nous constatons qu’il y a un carré qui, toujours, se transforme en cercle. À la croisée des transepts de l’abbatiale, se situe ce carré qui monte dans les piliers et, de façon tout à fait géniale, se transforme en cercle tout en haut. Le carré, comme cela a été dit ce matin, c’est nous, la terre, la création. Le cercle, comme cela a été également rappelé ce matin en citant saint Augustin, c’est Dieu lui-même.

Mais ici, comme vous le voyez, il ne faut pas simplement que le carré devienne un rond en montant vers le ciel, ce qui était l’avancée de saint Bernard. Ici, l’architecte a pensé que le carré bien sûr s’élevait vers le ciel mais que le ciel – symbolisé par le cercle – était descendu jusqu’à nous. Nous sommes dans le rond, dans le cercle qui signifie Dieu. Comme le dit si magnifiquement saint Augustin, ce cercle est partout et le centre nulle part. Ou plutôt, si je me permets de commenter saint Augustin, le centre, c’est chacun de nous. Chacun de nous qui n’attire pas à soi parce que c’est un centre où se développe l’amour qui, de plus en plus grand, s’élargit vers les autres de plus en plus loin. Rien ne sert dans la vie si ce n’est pas pour grandir dans l’amour, comme on l’a entendu dans la deuxième lecture (1 Corinthiens 10, 31).

Nous entendons donc la Parole de Dieu, aujourd’hui, dans cette architecture si significative. Comme l’a dit magnifiquement hier soir le curé de la Paroisse, le père Joseph Lecoq, ce n’est pas nous qui habitons ce cercle, mais c’est ce cercle et sa lumière qui nous habitent. Nous sommes habités par cette architecture qui nous dit quelque chose du mystère de toute vie humaine, mystère de lumière, mystère de paix. Et nous l’entendons aujourd’hui dans l’Évangile de façon extraordinaire.

Que ferons-nous dans cette église ? Que ferons-nous dans toutes nos églises ? Pas autre chose que de se laisser bouleverser, comme Jésus se laisse bouleverser dans l’Évangile, « saisi de compassion », de miséricorde, de tendresse. La rencontre de Jésus avec le lépreux qui inaugure l’évangile de saint Marc manifeste la présence de Dieu qui s’est totalement dévoilé dans le Christ et qui n’est que tendresse, miséricorde et délicatesse dans son amour fidèle, durable, personnel pour chacun et pour tous. Comme cela nous est dit dans l’Écriture Sainte, il est comparé à une « mère » (Isaïe 49, 15) parce que précisément notre Dieu est « miséricordieux » (Exode 34, 7). Dieu est bouleversé de tendresse quand il voit nos lèpres. Chacun d’entre nous, en lisant les journaux, en ouvrant la télévision, en allant sur les réseaux sociaux ou en regardant sa propre vie ou autour de nous de façon proche ou lointaine, nous voyons bien ces blessures qui existent. Nous voyons bien ces souffrances injustes, innocentes qui peuvent frapper une famille, que sais-je ! Voici que notre Dieu est bouleversé par notre souffrance. Il ne peut pas s’y habituer. Il veut pour nous verser le baume de sa tendresse, le baume de sa miséricorde, le baume de sa délicatesse, le baume de son amour, le baume de sa douceur et de sa paix, le baume pour tout dire d’un amour maternel envers chacun de ses enfants et toute l’humanité.

Oui, il est beau qu’en ce 11 février pour la consécration et la dédicace de l’église de l’Anastasis, nous entendions cet Évangile comme si nous comprenions que le Ressuscité n’est pas la résurrection puissante qui s’exprimerait avec force et qui nous écraserait par sa toute-puissance. La Résurrection, c’est la manifestation de la tendresse de Dieu sur ce lieu que nous vivrons tous et que certains de nos êtres chers ont vécu : la mort. La Résurrection, c’est tout simplement un surcroît de tendresse sur notre mort et sur la mort dans notre monde. La Résurrection, c’est Dieu qui ne se laisse pas vaincre par l’obstacle à la vie, mais qui, face à cet obstacle, déverse un surcroît d’amour, de tendresse et de miséricorde.

La Résurrection, Anastasis, signifie, aussi bien pour le nom de cette église que pour le mystère de la foi auquel les chrétiens adhèrent, la tendresse infinie de Dieu. Elle signifie le surcroît de tendresse, le surcroît d’amour. À chaque fois qu’il y a un obstacle à notre paix, un obstacle à notre espérance, un obstacle à notre vie, un obstacle à notre communion les uns avec les autres, un obstacle à notre amour fraternel et à notre amour familial, un obstacle à notre espérance pour vivre dans notre société, un obstacle pour aller vers les gens différents, un obstacle pour ne pas juger les autres, un obstacle où nous nous sommes enfermés dans nos étiquettes. À chaque fois, ces obstacles, que nous pourrions chacun nommer personnellement, ne sont rien s’ils sont confiés à ce surcroît de tendresse, à ce surcroît d’amour. Pour Dieu, ce ne sont pas des obstacles, ce sont plutôt des occasions de manifester un peu plus son amour. Ce ne sont pas pour lui des occasions de juger, mais plutôt des circonstances avec lesquelles il montre davantage sa tendresse. Ce ne sont pas, comme peut-être cela a été dit dans le temps passé, des justificatifs pour une condamnation, mais ce sont des trous noirs, des ténèbres qui appellent la lumière, qui aspirent à ce que la lumière vienne, lumière de bonté et de pardon.

Ainsi ce petit passage de l’Évangile où nous voyons la rencontre de Jésus avec le lépreux nous montre tout simplement que chacun d’entre nous, comme ce lépreux, avec tous les obstacles qui habitent dans nos cœurs, dans nos esprits ou dans nos histoires, nous sommes là et nous disons au Seigneur : « si Tu veux, Tu peux me purifier. » (Marc 1, 40) Si tu veux, devant cet obstacle, tu peux faire faillir un surcroît de lumière, un surcroît de tendresse. Nous entendons alors la réponse qui, j’allais dire, est naturelle, qui est fondamentale et essentielle au cœur de Dieu : oui, Je le veux ! (Marc 1, 41) Oui, Je veux exprimer un surcroît de tendresse, un surcroît de bonté, un surcroît de lumière, un surcroît de paix, un surcroît d’espérance pour toi !

Voilà comment nous pouvons entrer dans notre Anastasis, dans le Mystère de la Résurrection. Si vous le voulez bien, au moment où je vais consacrer et dédicacer cette église, à ce beau nom d’Anastasis, c’est-à-dire l’église de la Résurrection, nous pouvons tous dire que dans cette église, les uns et les autres, quels qu’ils soient, quelle que soit leur histoire, leur éducation, quelle que soit leur tradition religieuse ou leur tradition de penser, chacun puisse venir et dire de façon très simple : me voici tel que je suis, si Tu veux, Tu peux me purifier. Et la réponse sera lumineuse comme l’est cette église, la réponse sera pleine de paix comme l’est cette architecture, la réponse sera celle de notre Dieu semblable à une « mère », comme est cette église semblable à une mère, qui s’offre pour accueillir chacun et chacune de ses enfants. Soyons heureux d’être abrités par la lumière, la paix et la tendresse de notre Dieu.

Mgr d'Ornellas_©Michel Ogier

Mgr d'Ornellas © Michel Ogier

Monseigneur Pierre d’Ornellas
Archevêque de Rennes, Dol et Saint-Malo,
Pour la Cef : Membre du Comité Études et projets
et responsable du Groupe de travail "Bioéthique"