Léontine et la mort

Tombe de Léontine Dolivet, Betton, Ille-et-Vilaine. Sous son nom ont été fixé les 2 médailles reçues du Diocèse de Rennes et du Vatican.

A l’occasion de l’anniversaire de la mort de la « Servante de Dieu » Léontine Dolivet, le 14 novembre 2017, le diocèse de Rennes propose une neuvaine de prière pour :

  • demander au Seigneur « des catéchistes pleins de ferveur et de zèle, de confiance et d’amour »
  • et « que nous soyons tous des témoins de Ton amour pour nos enfants. »

Elle se déroulera du 5 au 13 novembre. Plus d’infos : http://rennes.catholique.fr/leontine-dolivet/prier/neuvaine/

Marie-Anne Boever, Postulatrice

Le 14 novembre 1974, en la fête liturgique de tous les Saints du Carmel, Léontine Dolivet rendait son âme à Dieu, après une longue vie de près de 86 ans.

Elle laissait un souvenir inoubliable dans le cœur de nombreux hommes de Betton, qui avaient eu le privilège d’être catéchisés par elle dans leur enfance. Bon nombre d’entre eux, présents à ses funérailles, pleuraient celle qu’ils considéraient comme une sainte leur ayant transmis le bonheur de connaître et d’aimer Dieu. Cette année peut être l’occasion, au jour anniversaire de sa mort, de renouveler notre prière, notre communion avec elle et pour elle, mais aussi une occasion de lui demander d’intercéder pour nous auprès de Dieu. (Une neuvaine de prière est proposée sur le site Internet.) Elle peut ainsi se rendre encore utile et passer son « ciel à faire du bien sur la terre » comme disait Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus, que Léontine aimait particulièrement.

Mais il est aussi intéressant de découvrir comment elle s’est préparée toute sa vie à ce moment capital de la rencontre avec le Seigneur.

« Non je ne meurs pas, j’entre dans la vie ! » Ce cri de sainte Thérèse de l’E.J. sur son lit de mort a bouleversé bien des cœurs et changé bien des vies. Le saint est celui qui a les pieds sur la terre mais les yeux dans le ciel, l’esprit tendu vers le monde invisible et l’éternité de Dieu qui nous attend. Ainsi, il est beau de voir que dès sa jeunesse, Léontine a ainsi orienté sa vie.

En 1910, elle écrit sous un titre « Préparation à la mort » : « Mon Dieu, en ce moment, mercredi 6 juillet, 2h de l’après-midi, je vous fais le sacrifice de cette vie que vous m’avez donnée ; prenez-la quand vous le voudrez. Donnez-moi toujours cette disposition qui fasse que je bénisse l’heure où mon âme quittera la terre. A ce sacrifice, joignons de nombreux actes d’humilité. »

Et en 1916 : « Que mon âme, à l’heure de ma mort, soit revêtue de 4 cachets : humilité – pureté – amour – souffrance. »

Chaque année, la paroisse de Betton dépose des fleurs sur la tombe de Léontine Dolivet à l’occasion de la Fête des Défunts

Léontine a reçu une vocation à être catéchiste, elle en a saisi toute la grandeur pour le plan de Dieu dans son Eglise, elle y a consacré sa vie et elle ne cessera d’approfondir cette responsabilité qui lui a été confiée, non pour sa propre gloire, mais bien pour celle de Dieu. Elle veut de tout son cœur la réaliser jusqu’au bout. C’est pourquoi elle peut dire :

« Qu’au soir de ma vie, au soir de chacune de mes journées, je puisse m’écrier avec Jésus, en toute sincérité : ‘ Sur la terre, ô mon Dieu, je Vous ai glorifié, l’œuvre que Vous m’aviez chargée d’accomplir, je l’ai achevée’. » (1917)

Son regard sur la mort est plein d’espérance et de foi. L’une de ses catéchistes est décédée en 1911, Léontine en a été bouleversée mais elle a trouvé sa consolation en croyant, de toute sa foi, que cette collaboratrice serait plus précieuse et efficace au ciel et elle la comptait toujours parmi les catéchistes de Betton. Cette espérance et cette foi, elle a eu l’occasion d’en faire une expérience toute personnelle au cours d’une épidémie de grippe espagnole qui sévit en France vers le début de l’année 1919. Pour une fois, Léontine parle d’elle-même. Dans ces quelques extraits, nous voyons qu’elle a frôlé la mort et que cela lui ouvrait les portes du ciel sans angoisse. Elle citait la Petite Thérèse, elle était dans la même attitude intérieure face à la vie éternelle qui nous attend, sans pour autant dénigrer la vie sur terre ni la souffrance inévitable tant que nous y sommes.

« Qu’il me soit permis d’ajouter à l’histoire de notre œuvre un détail tout personnel. A l’heure où quelques jours auparavant je comptais me retrouver au milieu de mes chers enfants, une maladie grave me tenait clouée sur un lit de douleurs et me jetait à deux doigts de la mort. Ces chers petits êtres, qui sont en quelque sorte une partie de ma vie, que j’aime tant, ne furent point pour moi des « oubliés » pendant ces jours de douleurs physiques, il m’était doux alors de pratiquer l’apostolat de la souffrance… Le bon Dieu m’ayant rendu la santé, je désirais vivement me retrouver au milieu de mes chers enfants. N’était-ce pas pour eux que je l’avais recouvrée alors que tout espoir semblait perdu ? Au ciel, n’aurais-je pas été pour eux un ange gardien plus fidèle, une protectrice plus puissante ? » (1919)

« Veillez et priez car vous ne savez ni l’heure ni le jour » nous dit Jésus (Mt 25, 13). Léontine a pris très au sérieux ce conseil du Maître. Toute sa vie, à chaque instant, elle veut être prête.

« La préparation à la mort n’est pas un exercice spirituel composé de quelques actes précédant l’heure dernière ou accomplis de temps en temps. Elle est acte de tous les instants, une série d’actes ininterrompus dont le dernier sera le dernier soupir. Elle est dans le plan divin un accroissement quotidien dans une vie de foi et d’amour – la 1ère disparaissant à l’heure dernière dans les clartés de la vision béatifique – la seconde s’épanouissant à cette heure dans toute sa plénitude. » (1933)

 Et pourquoi est-elle si confiante et si forte devant ce grand mystère de notre mort ? Sans aucun doute parce qu’elle vit de la certitude d’être nourrie et sauvée par l’Eucharistie.

« La mort peut me surprendre à toute heure. Elle viendra, elle peut venir brutale, foudroyante. Jésus a mis à ma disposition des moyens efficaces pour que l’heure de ma mort soit entourée, imprégnée de joie et de sainte volupté. Le plus puissant de ces moyens n’est-il pas l’Eucharistie – la présence réelle – la messe – l’union eucharistique ? » (1935)

De même, elle sait qu’au soir de cette vie, nous serons jugés sur l’amour. C’est une si belle phrase de saint Jean de la Croix qu’elle connaît bien.

« Je n’ai que cette vie pour mériter et prouver à Jésus mon amour, par mes efforts fécondés par la grâce. Il ne me restera à l’heure de la mort, de consolant, que ce que j’aurai fait pour Dieu, ce qui aura l’accomplissement de sa volonté par amour. Ne rien faire autre chose ni dans un autre but et alors ma mort sera mon dernier « Fiat » et mon dernier acte d’amour sur la terre… Quelle consolation à l’heure de la mort si je n’ai toute ma vie que « désiré, aimé, voulu, accompli votre volonté. » (1938)

  « Apporter à Jésus chaque matin une âme toujours plus transfigurée. Vivre de telle sorte, poursuivre mon idéal si inlassablement, qu’à l’heure de la mort, le Père se penchant vers sa pauvre petite créature n’y voie plus que l’image de son Jésus ; que le Maître se reconnaisse en mon âme et que l’Esprit-Saint y achève son œuvre d’amour… Jésus était toute ferveur, amour pour son Père, zèle pour sa gloire et le salut des âmes, toute douceur, humilité, esprit de sacrifice et de pauvreté. » (1941)

Enfin, terminons cette courte présentation de ce que Léontine peut nous enseigner sur l’attitude juste face à notre mort, par cette remarquable touche de son détachement même des biens spirituels, au profit des autres, tant est forte sa charité !

« Afin que ce don soit total, sans aucune réserve j’abandonne aussi à votre bon plaisir, en faveur des âmes que Vous voudrez, les prières, les messes qui pourraient être dites à mon intention après ma mort. Acceptez, ô mon Dieu, cette offrande que je veux sincère et généreuse et qu’ainsi Vous ayant tout donné, ma vie ne soit plus qu’un acte de pur amour. » (1956)

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