Église St-Martin de Moutiers

En ce temps de Noël, offrons-nous une église heureuse, qui nous parle de Marie et des Mages, de Jean-Baptiste et du manteau d’hiver de saint Martin. Comme toujours, elle doit beaucoup aux prêtres qui s’y succédèrent. Elle est toujours ouverte, et offerte aux pèlerins de la voie des Plantagenêts.

Fiche patrimoine du Père Roger Blot, responsable du patrimoine religieux pour le diocèse de Rennes.
> Voir aussi l’article paru dans Église en Ille-et-Vilaine n°293 – Janvier 2018.

Ci-dessus : la Seiche à Moutiers / le village de Moutiers sur son coteau / le Songe de saint Martin (vitrail de 1891)

La nuit des temps

Le coteau qui s’abaisse vers la Seiche, entre l’église et le pont, recèle encore quantité de sarcophages chrétiens du Haut Moyen-Age.

Par ailleurs Moutiers, comme une douzaine de localités en France, doit son nom à un monastère antique, totalement disparu.

Disparue aussi, mais beaucoup plus tard, l’énorme motte près du pont qui attestait de la puissance de la famille de Moutiers. Celle-ci est tombée dans l’oubli, victime de la création de la frontière franco-bretonne et de l’expansion  des seigneurs de la Guerche.

Toujours est-il que l’église, dont les murs ne descendent guère au-delà du XVIe siècle, n’a sans doute pas changé de place ni de nom depuis tout ce temps. Elle a seulement évolué.

 

Une église de transition

Le lavabo du XVe siècle

Vue générale de l’église

Le lavabo du chœur semble plutôt du XVe siècle. On peut donc penser que l’église avait connu une évolution assez habituelle, gardant sa nef romane mais la prolongeant au XVe siècle par un nouveau chœur. Cette structure simple fut renouvelée entre le XVIe siècle et le XVIIe siècle, et s’acheva par une façade et des retables avant-coureurs des temps nouveaux.

Plan de l’église de Moutiers

L’église sur son tertre

Peu avant le milieu du XVIe siècle, on confia à un atelier brillant, bien connu dans le pays, la construction d’un bas-côté nord à trois pignons. Le projet évolua vers un bas-côté à trois pignons plus une tour de clocher. C’est pourquoi dans cette tour furent injectés des éléments d’un quatrième pinacle, désormais inutile.

Aux alentours de 1600 fut entrepris en deux temps un bas-côté sud, symétrique de celui du nord, avec quatre pignons. La sculpture décorative est plus maladroite, mais les pinacles plus élevés donnent du panache à l’ensemble. Ces travaux s’achevèrent vers la fin des années 1610 par la mise en place d’une nouvelle façade, avec une porte à fronton et des pierres de bossage qui annonçaient un art nouveau. Le lambris de la nef et du chœur fut alors refait et porte encore la date de 1618.

Partie haute du retable du Rosaire, vers 1620

Aussitôt après ces travaux qui terminaient l’église, s’organisa la confrérie du Rosaire  (sa bulle d’érection, venue du couvent rennais de Bonne Nouvelle en 1619, a été conservée). Sans doute fit-on appel aux architectes de la façade. Nous pensons aux frères Antoine et François Angeneau, dont le premier s’était établi à Vitré, car ils avaient fait un retable comparable à Saint-Vénérand de Laval  en 1610. Celui de 1620 à Moutiers ne fut rien moins que le premier retable « lavallois » dans notre diocèse et il conserve un de nos plus beaux tableaux du Rosaire.

 

Retables et autres merveilles

Les trois retables subsistants

Il était logique que le temps des retables monumentaux commence prudemment par les chapelles latérales. Le retable de 1620 fut bientôt répliqué au sud, dans la chapelle Saint-Georges. Son tableau combine une Descente de croix d’après celle de 1612 de Rubens avec un Saint Georges qui spécifie l’autel.

Peu après, on franchit le pas et on obtura la maîtresse-vitre. Le recteur du temps, Renaud de la Hellandière (de 1627 à 1646), homme d’influence et de culture, mit toute sa science pour expliquer la chose et offrit pour la circonstance le plus beau tableau que nous ayons sur l’Epiphanie. Par comparaison avec la Descente de croix de Notre-Dame de Vitré et l’Adoration des Rois de la cathédrale de Nantes, il peut être attribué au Vitréen Mathurin Bonnecamp.

L’adoration des Rois par Mathurin Bonnecamp (vers 1630)

Le tableau subsista mais le retable fut refait un siècle plus tard, en s’inspirant de celui d’Availles. C’est de ce temps que datent les statues de saint Martin et de Jean-Baptiste, du Rennais Martin Morillon. Celles de la Vierge et de Saint Julien, aujourd’hui dans des boiseries des autels latéraux, furent d’abord dans d’élégants retables de bois à l’entrée du chœur, vendus en 1839 à Saint-Jean-sur-Vilaine.

Ostensoir de Julien Verron (1788)

Vitrail de Jésus et les enfants (Leconte et Colin, 1891)

Parmi les autres merveilles, il faut citer la chaire et toute une orfèvrerie  (aujourd’hui dans un coffre-fort) offertes par le recteur Julien Verron qui mourut pendant la Révolution, mais aussi la série radieuse des vitraux  Lecomte et Colin (1891). Le dernier apport, une statue de saint Jacques  du XVIe siècle, rappelle que nous sommes sur le chemin de Compostelle. Ultreïa !

Le tour de l’église est un joli voyage, qu’il est préférable de commencer du côté nord, le plus ancien. Bas-côté nord et bas-côté sud sont à comparer, ainsi que les façades à l’ouest  à l’est.

 

Le bas-côté nord (XVIe siècle)

Le bas-côté nord fut fait en premier. Il est facile de rapprocher ces  trois pignons de quantité d’autres à la Guerche, Rannée, Visseiche ou Piré, peu avant le milieu du XVIe siècle. Plus tard, on décida d’amener le clocher au bas de l’église (comme à Domalain en 1552) et le dernier contrefort des pignons fut sacrifié. C’est pourquoi ont été injectés dans la tour deux éléments décoratifs d’un pinacle, devenu  inutile.

Un des pinacles

Élément du pinacle disparu

On reconnait la marque d’un atelier souvent facétieux, voire caustique comme à Rannée, où le pauvre manant ploie sous le fardeau du moine et du bourgeois… A Moutiers, les trois gargouilles ont chacune leur malice, mais la gargouille-dragon du centre fait contraste avec l’évocation de saint Pierre au-dessus, avec sa clé et son livre, si bien qu’elle peut illustrer la parole de Jésus « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise et les forces de l’enfer ne prévaudront pas contre elle ».

Gargouille du fou

Gargouille du dragon

Gargouille du chien

L’image de saint Pierre est aussi une affirmation catholique, au bord des guerres de religion. Celles-ci furent violentes dans le pays, la plupart des châtelains ayant pris le parti de la Ligue.

 

La façade est (1847)

La façade est, qui correspond au pignon de la sacristie, a l’avantage d’être bien datée, de 1847 (un temps où le chômage encourageait ces travaux). Elle fut construite par Jacques Abraham du bourg et la pierre dorée vint du Champ des Vallées. Cette sacristie en remplaça une autre, plus petite,  qui communiquait avec le chœur par deux portes. On trouva une solution  habile pour contourner celui-ci. Le pignon lui-même a un tracé qui le rapproche du pignon ouest, son ainé de plus de deux siècles, et l’intrusion de pierres noires n’est pas sans élégance.

 

Le bas-côté sud (début du XVIIe siècle)


Le bas-côté sud a été fait lui aussi en deux temps. Les deux pignons est ont un appareil un peu différent et des fenêtres plus élancées que les deux pignons ouest, dressés plus tard. Par comparaison avec certains de Domalain, on peut les supposer du début du XVIIe siècle, mais antérieurs à la façade ouest.

Un des pinacles sud Le cadran solaire

On a recherché la symétrie avec le côté nord, mais on était bien incapable d’avoir la même aisance pour les sculptures décoratives. Par contre, on a dressé des pinacles plus élevés, ce qui donne du panache à l’ensemble. Le soleil aidant, le Pouillé préféra ce côté sud au côté nord, pourtant plus ancien et plus fin.

On remarque sur le contrefort médian un cadran solaire du XVIIIe siècle en ardoise, avec l’invocation en latin : Sancte Martine, ora pro nobis (Sant Martin, priez pour nous), et l’évocation de Jésus (IHS) assimilé au soleil.

La porte sud fut réouverte au XIXe siècle, quand fut fermée la porte sous la tour.

 

La façade ouest (vers 1618)

   

La façade ouest rompt avec ces procédés un peu à bout de souffle du XVIe siècle. On a cherché une architecture plus novatrice, avec ses pierres de bossage et surtout le dessin d’une porte qui annonce les jubés ou retables lavallois. Comme pour le retable du Rosaire, nous pensons aux frères Angeneau,  Antoine et François, qui firent deux autels et un jubé à Saint-Vénérand de Laval vers 1610, et dont l’un au moins était établi à Vitré. La date de 1774 gravée sur une des pierres ne peut concerner qu’une restauration. De la même façon, les pierres de l’oculus ont été changées lors de la récente restauration.

Nous pouvons terminer notre tour… au pied de la tour. La porte en fut bouchée au XIXe siècle, mais il serait facile de la réouvrir. Au-dessus de la porte principale, nous sommes accueillis par une statue de saint Martin, par Jean Marie Valentin.

Moutiers a gardé deux retables de tuffeau clair et marbre noir des années 1620, avec leur tableau, ce qui est unique chez nous. Quant au maître-autel du XVIIIe siècle, il conserve notre plus beau tableau de l’Adoration des Rois, si représentée à l’époque monarchique. Mais le retable d’origine du maître-autel a disparu, ainsi que deux autres du XVIIIe s., aujourd’hui à Saint-Jean-sur-Vilaine.

 

1. Le retable du Rosaire (1620)

La bulle d’érection de la confrérie du Rosaire, provenant du couvent des Jacobins de Rennes et datée du 3 juillet 1619, a été conservée dans le registre du Rosaire. Depuis 1618, le recteur était Jean Le Prestre, précédemment vicaire (ou curé, comme on disait alors) depuis 1610. A cette époque, on venait de mettre fin aux quatre pignons du bas-côté sud et on avait refait le lambris de la nef, portant encore la date de 1618. La façade Renaissance, avec sa niche et ses bossages, devait être de peu antérieure à 1618. Elle n’a pas d’équivalent chez nous.

La façade (vers 1618)

Le retable du Rosaire de Rannée (après 1620).
Manquent, sur les consoles, les statues de saint Dominique et sainte Catherine de Sienne.

Le retable de la Vierge de St-Vévérand  (1610)

Le retable du Rosaire de Moutiers (1620)

L’autel de la confrérie fut fait dans la foulée de ces travaux, dès que les Dominicains de Bonne Nouvelle eurent donné leur approbation. Il porte la date de 1620 et c’est le premier en Ille-et-Vilaine de tuffeau et marbre. Il utilise un répertoire décoratif particulier qui se retrouve seulement dans la partie haute du retable du Rosaire de Rannée, non daté, mais probablement postérieur, et dans le retable de la Vierge de Saint-Vénérand de Laval, de 1610.

Le retable de la Vierge de St-Vévérand (1610)

Le retable du Rosaire de Moutiers (1620)

Les retabliers étant très peu nombreux à cette époque, on ne voit pas à qui l’attribuer en dehors des frères Angeneau, comme pour la façade, d’autant qu’ils nous ont laissé à Saint-Vénérand de Laval, en 1610, un retable de facture assez comparable, intégré à l’origine dans le jubé, lui-même inspiré de celui de la cathédrale du Mans.

Le retable de Moutiers est conçu d’abord comme un encadrement de tableau, ainsi que la plupart des retables de ce temps des origines. Il ne manque cependant pas de consistance avec ses deux colonnes et sa gracieuse partie haute  où l’on retrouve les sigles très répandus en ce temps, IHS et MA, et sur sa base les reliefs de la Couronne d’épine et des burettes, dont la mode était récente. Les visages des Anges respirent la satisfaction.

Le tableau du Rosaire (vers 1620)

Le blason de Julienne du Chastelllier

La Roberie aujourd’hui (en St Germain du Pinel)

Il serait logique que le tableau ait parachevé l’autel le plus rapidement possible. Il est en tout cas antérieur à 1628, car il porte le blason de Julienne du Chastellier, veuve de Bertrand IV du Guesclin, de la Roberie, fidèle lieutenant de Charles IX qui l’avait décoré de l’ordre de Saint-Michel. Celui-ci mourut de la peste au siège de Castillon en Dordogne en 1586, mais sa veuve lui survécut très longtemps. Celle-ci, qui signe encore à Moutiers le 13 novembre 1619 comme marraine  de sa petite fille Julienne, fut ensevelie dans cette église le 3 novembre 1627. Mais nous allons voir plus loin qu’il existe une autre façon d’affiner la datation du tableau.

Le haut du tableau

La composition est basée sur la symétrie. Dans la partie haute d’abord, avec Saint Dominique et Sainte Catherine de Sienne encadrant Marie reine du ciel et l’Enfant Jésus. Ceux-ci sont magnifiés par une  mandorle bordée d’Angelots.

Saint Dominique est spécifié par son vêtement noir et blanc, la fleur de lys et le globe terrestre à ses pieds, qui fait écho à celui que porte le Sauveur. Catherine de Sienne a les mêmes couleurs (elle était tertiaire dominicaine) et se reconnait surtout aux attributs de la Passion (elle était marquée des stigmates). L’un et l’autre reçoivent un chapelet.

Cette dévotion du Rosaire a été renforcée par le pape dominicain  Pie V après la victoire de Lépante en 1571 contre les Turcs (une véritable boucherie, à laquelle il était quand même délicat de mêler la Vierge Marie !). La mise en avant de sainte Catherine de Sienne, héroïne de l’unité catholique, s’explique aussi dans le contexte des récentes guerres de religion.

Le bas du tableau

La symétrie est encore plus nette dans la partie basse, où se répondent les principaux personnages du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel de l’Eglise catholique. On a ainsi d’un côté le pape, un cardinal et un évêque, distingués respectivement par la croix à triple croisillon, la croix à double croisillon et la crosse. De l’autre  côté prient avec la même intensité l’empereur du Saint-Empire, le roi de France et le roi d’Espagne, avec leur couronne spécifique.

Dürer : le bas du tableau du Rosaire (1506)

Déjà en 1506, dans un tableau célèbre (au musée de Prague), Dürer avait ainsi représenté d’un côté le pape Jules II, de l’autre l’empereur Maximilien, suivis de leurs dignitaires et recevant chacun  la couronne du Rosaire. Si on essaie de reconnaître les personnages historiques représentés sur le tableau de Moutiers, en s’appuyant sur les représentations du temps, on aurait, face au pape Paul V (qui meurt en janvier 1621), l’empereur Ferdinand II, en place depuis 1619, puis le jeune roi de France Louis XIII, puis le roi d’Espagne Philippe III, qui meurt en mars 1621. On peut donc considérer que le tableau a toutes chance d’être de 1620 et que c’est bien  notre plus ancien tableau du Rosaire (précédé toutefois par les peintures murales de Notre-Dame de Vitré, datées de 1619).

Les trois rois

La présence de ces trois Rois aux pieds de la Vierge à l’Enfant anticipe d’ailleurs le tableau de l’Adoration des Mages du maître-autel, qui est de fait une Adoration des Rois.

Sainte Catherine d’Alexandrie et la foule

Entre les deux groupes, la présence de Sainte Catherine d’Alexandrie est énigmatique. Est-ce seulement un pendant à Catherine de Sienne ? Du coup, on se demande si cette scène inférieure se passe sur la terre ou dans le ciel. Dans cette idéologie, le clergé et les princes sont de toute manière des médiateurs, situés entre le ciel et la terre. Ils intercèdent pour les membres de la confrérie au pied de l’autel.

Le peintre n’a pas signé, pas plus que celui de l’Adoration des Rois au maître-autel. Nous avons des raisons de penser qu’il s’agit du même, le vitréen Mathurin Bonnecamp, ici vers 1620, là vers 1630. Mais ce n’est pas encore le temps de l’affirmer.

Le retable aujourd’hui

Vue générale sur l’autel

La Vierge

Le retable fut dilaté par des boiseries en 1840. Dans la niche de gauche fut placée une Vierge du XVIIIe siècle, antérieurement dans un retable de bois à l’entrée du chœur qu’on venait de supprimer. La niche de droite fut sacrifiée quand le passage vers la sacristie fut transformé en chaufferie. On eut la délicatesse de cacher la sortie de chauffage par un drap blanc sur lequel  fut brodé (par Monique Denais) le début de la prière à Marie. C’est une façon douce et exemplaire de garder vivant ce lieu marqué par tant de prières depuis bientôt quatre siècles.

 

2. Le retable de Saint Georges (vers 1625) et son tableau

Le retable de tuffeau

Ce retable a globalement la même forme que celui du Rosaire, mais les motifs décoratifs ont évolués vers plus de classicisme. II peut être lui aussi des frères Angeneau, mais tout autant de Jean Martinet qui leur est apparenté et qui réalise la partie sculptée du retable de Notre-Dame de Vitré en 1624-1626. Ces architectes faisaient partie du même « clan » et pouvaient se donner la main. En tout cas, il a lui aussi des motifs comparables à celui du Rosaire de Rannée.

Retable de Saint-Georges à Moutiers

Retable du Rosaire à Rannée

Nous apprenons le nom de cet autel dans les registres de Délibérations de 1769, quand il est question de restaurer « les tableaux du Rosaire et de Saint Georges ». Cela nous éclaire sur le personnage militaire peint sur le tableau à droite de la Descente de croix.

Vue générale du tableau avec saint Georges à droite

Cette Descente de Croix, qui s’inspire de celle de Rubens à Anvers en 1612, nous tourne à nouveau vers Mathurin Bonnecamp, car il est bien attesté comme l’auteur du tableau du maître-autel de Notre-Dame de Vitré, où il utilise précisément la même gravure de Lucas Vorsterman, qui inverse la composition de Rubens.

En fait, il est difficile d’avoir une opinion ferme sur ce tableau, dont la toile est en quatre morceaux, et qui utilise peut-être une copie tardive de la gravure. Malgré tout, ce n’est sans doute pas par hasard qu’on retrouve le même sujet qu’à Vitré. Peut-être cette composition en deux parties a-t-elle remplacé une Descente de croix authentique de Bonnecamp, qui pour une raison ou une autre se serait détériorée.

Le tableau de Rubens

La gravure de Vorsterman

Comme celui du Rosaire, le retable a été élargi par des boiseries en 1840 et a reçu une statue de Saint Julien venue d’un retable à l’entrée du chœur, supprimé en 1839.

La statue de saint Joseph fut acquise en 1876.

Statue de saint Julien

Le retable en entier

 

3. Le tableau de l’Adoration des Mages (vers 1630)

Le tableau de Moutiers

L’Adoration des Rois de Rubens à St Jean de Malines (1617)

Toujours en place, alors que son retable d’origine a été entièrement refait, ce foisonnant tableau rayonne comme l’étoile de Bethléem sur toute l’église. Si nous faisons l’hypothèse qu’il est de Mathurin Bonnecamp, nous pouvons nous attendre à ce qu’il s’inspire d’une gravure d’un tableau de Rubens, comme pour celui de Vitré. Effectivement, pour la composition générale, il est à rapprocher du tableau encore en place à Saint-Jean de Malines (vers 1617-1619), avec Balthasar, le roi à l’encens, bien en évidence, l’Enfant qui joue avec les pièces du vieux mage Melchior, et le roi noir Gaspar tout proche de Marie. Les angles inférieurs, un peu vides, ont permis deux adjonctions.

La cavalcade

En tout cas le paysage pittoresque et la cavalcade où se croisent chameaux et chevaux ne viennent pas de Rubens.

L’homme au chapeau rouge nous regarde avec bienveillance. C’est possiblement le peintre lui-même. Les trois autres semblent évoquer l’Europe, l’Asie et l’Afrique. Ils confirment l’universalité de cette histoire et l’actualisent, au temps des grandes découvertes du monde. Les gestes des trois mains nous renvoient à l’étoile, à l’enfant et à nous-mêmes.

Le tableau de Hans van Haachen : la Sainte Famille

Le tableau de Moutiers

En bas à gauche, la scène est chargée d’une adjonction qui pourrait paraître assez artificielle et dont Maud Hamoury nous a révélé le modèle. La source des deux Anges avec fleurs provient d’une gravure d’après une Sainte Famille du peintre maniériste Allemand Hans Van Aachen.

L’Ange arrière y présente un lys et l’Ange avant une corbeille de fruits et de fleurs symboliques. A Moutiers, l’Ange arrière a aussi un lys et l’Ange avant n’offre plus que des fleurs pour Jésus : les tulipes si à la mode, des pavots, des anémones, des fleurs de la Passion. Cela renforce le symbolisme des offrandes des rois, l’or pour la royauté, l’encens pour la divinité et la myrrhe pour la mort. C’est aussi un clin d’œil à Rubens, auquel il arrivait d’introduire ainsi des bouquets dans ses tableaux.

Jean Bricier

Renaud de la Hellandière

En bas à droite,  nous tenons notre plus beau portrait d’un recteur du temps de Louis XIII. Il est revêtu des habits de chœur de l’époque et il prend le relai du prêtre Jean Bricier, représenté presqu’un siècle plus tôt dans la même attitude sur le petit retable de la chapelle Saint-Jean à Notre-Dame de Vitré (1544, aujourd’hui au Musée).

Il s’agit bien sûr du commanditaire, qui ne peut être que Renaud de la Hellandière, recteur de Moutiers de 1627 à sa mort. Il fut enterré le 16 juin 1646, « près de la cornière du maistre-autel, du costé de l’Evangile ».

Peu auparavant, le 26 décembre 1645, il avait décliné tous ses titres lors d’un baptême mondain : « bachelier en théologie de la Maison de Sorbonne, prieur-recteur de Moustiers, conseiller du roy et aumosnier ordinaire de l’artillerie de France ».

Il était certainement proche d’un autre Renaud de la Hellandière (né en 1601 au Gué en Servon) dont les parents avaient fait enluminer un livre d’heures (aujourd’hui à New York), car celui-ci est parrain à Moutiers le 30 novembre 1643.

Livre d’Heures de Gilles de la Hellandière et de Gabrielle de Beauvais, New York, Public Library

Renaud de la Hellandière

C’est sûrement ce prêtre noble et éclairé qui franchit le pas de faire boucher la maîtresse-vitre et d’y substituer un retable. On sent un homme grave, très imprégné de la Réforme catholique, et qui ne manquait pas de moyens. Comme l’homme au chapeau rouge, il regarde les spectateurs et les invite à méditer la scène.

Contrairement aux deux Anges aux fleurs, bien intégrés à la scène, celui-ci est vraiment en avant-plan. Il regarde ses paroissiens et les pousse à méditer le mystère. N’oublions pas  qu’il y avait un autre avant-plan, totalement détaché : la croix du tabernacle.

Ce tableau fut réentoilé et restauré en 1854 par Goudard de Paris, qui l’estima à 6000 F. Il a été rafraichi  plus récemment par l’atelier Jobbé-Duval.

 

4. Le retable de bois du Maître-autel et le tabernacle à miroir (v. 1730)

Retable de Moutier s(vers 1730)

Retable d’Availles-sur-Seiche (1642)

Tel qu’on le voit aujourd’hui, avec sa gloire et ses élégants motifs décoratifs, il porte la marque de la première moitié du XVIIIe siècle, plutôt vers 1730, ce que confirment les statues de Saint Martin en archevêque et de Jean-Baptiste. Sur les consoles, le blason ovale des Grout, principaux seigneurs de Moutiers à cette époque, a été effacé mais garde trace de leur couronne comtale.

Par sa forme générale, le retable s’inspire  de celui d’Availles, à deux kilomètres de là, et aussi dans la dépendance des Grout. Il a connu des modifications, notamment la suppression des portes après la construction de la seconde sacristie.  Le tombeau du maître-autel fut alors refait et l’ensemble fut  repeint et doré par Folie de Rennes (1854).

Le blason effacé des Grout

Le tabernacle du XVIIIe siècle

Jésus

Marie

Le tabernacle bien accordé au retable. Il présente sur les côtés d’élégants reliefs de Jésus adolescent et Marie. Son miroir, caractéristique de cette période, a été brisé récemment par des voleurs.

Les statues de bois du maître-autel (vers 1730)

Saint Onen
de Saint-Onen-la-Chapelle

Saint Martin
de Moutiers

Jean-Baptiste
de Moutiers

Jean-Baptiste
de Loutehel

Ces statues élancées sont à l’évidence de l’atelier rennais Morillon. Dans cet atelier, Pierre Morillon a fourni beaucoup de modèles, qui ont par la suite été repris par son fils Martin. C’est le cas ici, où le fils a donné plus d’allongement aux figures de son père et a cherché une symétrie dans le mouvement des deux personnages. A Saint-Onen-la-Chapelle, nous trouvons un Saint Onen très comparable au Saint Martin de Moutiers, vers 1730. Quant à Jean-Baptiste, il a été maintes fois dupliqué, le plus souvent de façon inversée, comme à Loutehel. Le choix de ce saint bien connu s’explique aussi par le prénom du seigneur principal, Jean-Baptiste Grout.

 

5. Les deux retables disparus et leurs statues (vers 1730)

Vierge du XVIIIe siècle

Un des deux retables

Saint Julien (du XVIIe siècle)

Le livre de paroisse, à l’année 1840, nous apprend comment le recteur réussit à vendre (pour 525F) les deux autels du XVIIIe siècle qui nuisaient à la visibilité sur le chœur. Ils étaient comparables à ceux  de la Selle-Guerchaise, mais plus fins, avec en leur centre une niche pour la Vierge à gauche et pour Saint Julien de Brioude à droite.  On les reconnait encore à Saint-Jean-sur-Vilaine, très remaniés par Henri Mellet. Mais les archives communales précisent que le maire n’était pas d’accord de les voir disparaître. Selon lui, le recteur avait arraché l’accord de l’architecte Pointeau de Rennes, alors qu’ « il était aux trois-quarts yvre et peut-être même complètement »…

 

Au total, les deux retables latéraux des années 1620 nous sont très précieux, d’autant qu’ils appartiennent à la toute première vague des retables de tuffeau et marbre en Bretagne et que le tableau du Rosaire a toute chance d’être la première œuvre connue du Vitréen Mathurin Bonnecamp.  Si le retable d’origine du Maître-autel (de Jean Martinet ou d’un autre de son clan probablement) a totalement disparu, il a été remplacé par un autre plus monumental en bois au XVIIIe siècle, avec ses deux belles statues de Martin Morillon,  et a conservé le tableau magnifique de l’Adoration des Rois de Mathurin Bonnecamp, avec le portrait de Regnault de la Hellandière. Quant aux deux retables de bois pour l’entrée de chœur, ils ont continué leur vie à Saint-Jean-sur-Vilaine.

L’homme au chapeau rouge, portrait possible du peintre ?

Moutiers a toutes chances d’avoir conservé deux tableaux du meilleur peintre breton en son temps. Il s’appelait Mathurin Bonnecamp et venait de Vitré. Il reste certainement beaucoup à découvrir sur lui. Commençons déjà à récapituler ce que nous avons trouvé, et rêvons un peu : en arrière-plan du tableau de l’Adoration des Rois, sous son chapeau rouge, le visage plein de finesse qui nous regarde en indiquant l’étoile ne serait-il pas son autoportrait ?

D’abord, Mathurin Bonnecamp est bien un authentique Vitréen, second de dix enfants, baptisé à l’église Notre-Dame le 22 juin 1590. Son père, maître André Bonnecamp (+ 1619), était « imagier », c’est-à-dire sculpteur, tout comme son grand-père Jean (+ 1579), qualifié de «maistre  tailleur d’imaiges » en 1542. Sa mère, Jacquine Coullon, était probablement fille de drapier.

La cheminée de Lucas Royer, avec en arrière-plan des scènes de chants et de danse

On attribue à son père André la magnifique cheminée Renaissance du Musée de Vitré, datée de 1583, qui ornait la demeure de Lucas Royer, un riche négociant en toile, d’ailleurs apparenté. Il y certainement d’autres œuvres à Vitré ou dans les environs qui pourraient lui être reconnues, ainsi la cheminée du château des Nétumières (en Erbrée), ou la porte de l’église Notre-Dame (1586), avec saint Jean et saint André qui  prennent plus d’importance que Pierre et Paul.

Nous ignorons où Mathurin a pu se former, mais c’est certainement dans l’atelier d’un maître, plutôt à Paris que dans les Flandres. En tout cas, pour cette période, dans toute la Bretagne, nous ne connaissons pas de peintre plus maître de son art.

C’eut certainement été le plus à même de prendre place dans l’exposition « Contemplations » (2017, Saint-Malo) pour représenter la Haute-Bretagne, à côté des huit autres peintres ayant laissé des œuvres en Ille-et-Vilaine, tous étrangers hélas.

Le tableau du Bon gouvernement (d’après une photocopie)

En 2008 a été vendu chez Christies pour 7000 livres un tableau profane signé de lui et qui pourrait bien être une de ses premières œuvres, car le roi représenté fait penser à Henri IV (mort en 1610, comme chacun sait). Cette allégorie du Bon gouvernement (172 X 131 cm), aux couleurs très vives, reste d’influence maniériste. Toutes sortes de richesses affluent vers le souverain, résultant de l’essor de l’agriculture, de l’industrie et du commerce. A l’arrière, des chantiers rappellent que ce roi fut un grand bâtisseur. Ce tableau politique chante les bienfaits de la paix retrouvée après les guerres fratricides et témoigne de l’ambition du jeune peintre vitréen, prêt à faire carrière dans l’orbite parisienne.

Vers 1620, il fait notre plus ancien tableau du Rosaire, dans la chapelle nord de Moutiers.

L’attribution à Bonnecamp est liée à ses points communs avec celui de l’Adoration des Rois, lui-même reconnu de Bonnecamp à cause de sa proximité avec la Descente de croix de Vitré, bien attestée.

Pour illustrer ces rapprochements nous pouvons comparer les têtes de Saint Dominique et celles de Jean, l’attitude un peu mutine de Jésus ou les fleurs de lys. Rappelons qu’en 1620, Bonnecamp a tout juste trente ans et qu’il est maître de son art et qu’il n’a pas vraiment de rivaux.

Saint Dominique et le lys (Rosaire)

Jean (Descente de Croix)

Lys (Adoration des Rois)

Jésus (Rosaire)

Jésus (Adoration des Rois)

Quant au retable de l’autel Saint-Georges, tout « bricolé » qu’il semble, n’est-il pas troublant qu’il utilise lui aussi la même gravure qui a servi à la Descente de Croix de Vitré ?

Tableau de l’autel Saint-Georges à Moutier

En 1623, alors qu’il habite Le Mans, il vend des biens lui appartenant à Vitré. Mais on le retrouve peu après dans sa ville natale puisqu’il est choisi pour être le maître d’œuvre du retable de l’autel majeur de Notre-Dame, l’église de son baptême.

Il sera réalisé sous sa conduite par Jean Martinet de 1624 à 1626. L’entreprise était hardie, car c’était la première fois chez nous qu’on se lançait à dresser un retable de maître-autel. C’est lui qui  en a fait la pièce maitresse  à cette époque, le tableau, et pour  être sûr du succès, il s’est appuyé sur un modèle prestigieux.

Descente de Croix de Rubens à Anvers (1612)

Gravure de Vorsterman (1620)

La Descente de croix de Mathurin Bonnecamp à Vitré (1626)

La Ce tableau a été conservé dans le chœur des moines de l’église Notre-Dame. Il présente une interprétation fastueuse de la Descente de croix de Rubens, créée en 1612 pour la cathédrale d’Anvers, et diffusée à l’envers par une gravure datée de 1620 du Flamand Lucas Vorsterman (1595-1675), un jeune disciple de Rubens.

Bonnecamp est donc un des tout premiers en France à  reproduire sur les autels le maître d’Anvers.

Les quatre femmes autour de Jésus

On remarque que Bonnecamp s’est permis de charger la composition d’un personnage supplémentaire. C’est peut-être sur la demande des commanditaires, soucieux d’être conformes aux récits évangéliques où Matthieu cite trois femmes en dehors de Marie, mère de Jésus, alors que Rubens n’en a mis que deux.

Tableau de Vitré (1626)

Tableau de Moutiers (vers 1630)

C’est à partir de ce tableau de Vitré que nous pouvons par comparaison attribuer à Bonnecamp celui du maître-autel de Moutiers, postérieur de quelques années puisque Renaud de la Hellandière n’entre en fonction qu’en 1627. On trouve le même goût de bien remplir l’image, le faste des étoffes, la hardiesse des couleurs et la capacité à donner une vraie seconde vie, très personnelle, à ses sources.

L’Adoration des Rois de Moutiers (vers 1630)

Bonnecamp est alors toujours au Mans, puisqu’il s’y marie en 1628 à une certaine Françoise Bernier.

Mais il y a mieux encore. Bonnecamp est également connu à Nantes où il semble séjourner de 1634 à 1636. Le maire de cette ville lui commande deux portraits, pour lui et sa femme, aujourd’hui disparus. Il y fait aussi le portrait du peintre Gérard Melier. Surtout, il y signe une seconde Adoration des Mages ! Et même, il en revendique cette fois la composition (« Bonnecamp pinxit et invenit », a-t’il probablement écrit). Très grande (395 x 265), elle orne aujourd’hui la salle capitulaire de la cathédrale. On peut l’estimer de 1635 environ.

L’Adoration des Rois de Nantes (vers 1635)

L’image est traversée par un grand faisceau lumineux venu de l’étoile, supposée assez loin du tableau. Celui-ci met en valeur la Vierge et l’Enfant, ainsi que le vieux Roi et le Roi noir, d’ailleurs très proches de ceux de Moutiers.

Le tableau de Moutiers (vers 1630)

Le tableau de Nantes (vers 1635)

On retrouve aussi, dans le ciel cette fois, le thème des Anges avec des lys et autres fleurs symboliques, avec en plus un Ange qui offre à l’Enfant la couronne du Roi des Rois.

Tableau de Moutiers

Tableau de Nantes

La grandeur et le thème très central de ce tableau font rêver : ne viennent-il pas de l’ancien maître-autel de la cathédrale de Nantes, ou au moins de la chapelle mariale ? Commande prestigieuse pour notre Vitréen, qui se serait obligé à ne pas copier.

Cet emplacement très visible expliquerait que l’Angevin Nicolas Lagouz ait pu reprendre dès 1636 l’idée du faisceau lumineux pour son Adoration des Rois à Beaufort-en-Vallée.

Le tableau de Beaufort-en-Vallée

Il faut reconnaître que dans son état actuel, l’œuvre est moins rutilante que les tableaux de Moutiers et Vitré. Elle a certainement été reprise. Sur la droite, le traitement de Balthazar  est suspect : celui-ci ne montre qu’un bras et n’a pas d’encensoir, son vêtement est d’un blanc très lumineux qui lutte avec le faisceau de lumière. Par ailleurs, la signature semble avoir été recopiée maladroitement. Il faudrait une étude plus poussée, et surtout une bonne restauration.

Il serait heureux qu’une exposition réunisse un jour ces quatre tableaux, les deux de Moutiers et ceux de Vitré et de Nantes (sans parler de celui Bon gouvernement, si on le retrouve).  Ce pourrait être à Vitré puisque c’est la patrie de notre peintre. En connaissons-nous chez nous un d’aussi talentueux pour cette époque ? Et qui sait s’il n’y a pas d’autres œuvres de lui à découvrir, en particulier du côté du Mans, par exemple des portraits ou même d’autres tableaux d’églises ?

Les huit vitraux sont l’apport le plus voyant du XIXe siècle. Ils furent commandés par le recteur Jean Riand dans le cadre de la restauration de 1890-1891 qui permit en particulier de rouvrir la baie sous la tour, bouchée à cause d’une tribune de sonneurs. Dès lors, il put  mettre en place un programme de vitraux très symétriques au nord et au sud, avec quatre vitraux de part et d’autre.

On s’adressa à l’atelier rennais Lecomte et Colin mais on dut lui recommander de s’inspirer des vitraux d’Availles réalisés en 1874 par le Carmel du Mans. On peut constater en effet que ces vitraux se répondent travée par travée pour la bordure et le fond de grisaille claire, comme à Availles.

Vitrail d’Availles (1874)

Vitrail de Moutiers (1891)

Au centre des vitraux se détachent de jolis tableaux avec une thématique  liée aux sujets à la mode, ou aux patrons de l’église ou des donateurs. On a ainsi :

Le songe de saint Martin

L’Apparition du Sacré-Cœur à Marguerite-Marie

La Sainte Famille

Pierre marchant sur les eaux

 

Saint François à l’Alverne

Jésus et les enfants

Le Baptême de Clovis

 

La Prédication du Père de Montfort

Dans l’oculus de la façade, on a eu l’idée heureuse de placer un Saint Michel. A cette époque, Saint-Jacques de Compostelle était bien oublié, mais le Mont Saint-Michel était en pleine réhabilitation, après avoir servi de prison jusqu’en 1863.

L’atelier Lecomte et Colin œuvrant depuis près de 20 ans, la plupart des scènes ont déjà fait l’objet de vitraux pour d’autres églises d’Ille-et-Vilaine. Ainsi on trouve un même carton à Domalain et Moutiers pour Jésus et les enfants, mais il y a des variantes.

Vitrail de Domalain

Vitrail de Moutiers

De même pour le Baptême de Clovis, à Gennes ou à Moutiers.

Vitrail de Gennes

Vitrail de Moutiers

Par ailleurs, il est facile de voir qu’à Moutiers la plupart des vitraux peints ne sont pas réalisés par Lecomte vieillissant, mais par un peintre plus naïf, qui se délecte des fleurs. Nous pensons au jeune Emmanuel Rault, qui travailla dans cet atelier avant d’en prendre la succession.

Détail de Lecomte

Détail de l’autre peintre

La composition la plus originale est liée à saint Martin, patron de l’église, qui voit en rêve  Jésus expliquant aux anges pourquoi il est vêtu de la moitié du manteau de Martin. On y reconnait la manière parfaite de Lecomte.

Le haut de Saint Martin 6-16

Le bas de Saint Martin 6-7

Notons aussi que la béatification du Père de Montfort, jusques là peu reconnu dans le Diocèse de Rennes, vient d’avoir lieu (en 1888) et que Clovis fut baptisé dans les années 490.

Vitraux du Père de Montfort et du Baptême de Clovis

 

 

6-9 /6-10

Le nom des donateurs nous permet de mesurer l’importance du clergé à cette époque. Ainsi le vitrail de Saint Martin a été offert par les cinq prêtres diocésains originaires de la paroisse, celui de Clovis par le recteur Jean Riand et celui du Père de Montfort par un autre autochtone missionnaire en Haïti !

 

 

 

6-18  /  6-19  /  6-20   Vitrail de Clovis / Vitrail de Saint Martin/  Vitrail du Père de Montfort

Pour l’Ancien Régime, en dehors des retables, la pierre tombale, la chaire ou les pièces d’orfèvrerie nous renvoient toutes à la fin du XVIIIe siècle.

Pour les XIXe et XXe siècles, il est difficile de trouver une paroisse aussi bien documentée, car chaque recteur a pris soin d’écrire ce qu’il a fait faire. Nous nous limiterons aux objets les plus voyants.

 

La pierre tombale de Jacques Nouail (1772)

Cette grande dalle d’ardoise finement découpée est bien exposée près de la façade ouest, mais elle pose un problème.  En effet, elle est signée d’un certain Desrosiers en 1772, alors que le prêtre qu’elle concerne est décédé  38 ans plus tôt, le 5 novembre 1734, comme le précise l’inscription :

« Cy gît M[issire] Jacques-François Nouail de la Contrie, recteur de cette paroisse,
décédé le 5e 9bre 1734.
A son devoir toujours attentif et fidèle,
il fut de son troupeau le père et le modèle.
Priez pour luy. »

La pierre tombale de Jacques Nouail

La coquille Saint-Jacques

La signature de 1772

Le blason des Nouail de la Contrie a été effacé, mais pas la coquille Saint-Jacques au-dessous. Celle-ci est bienvenue  sur le chemin de Compostelle, mais elle est d’abord liée au prénom du défunt.

Ce prêtre doux et cultivé qui mourut à 36 ans resta recteur de Moutiers seulement de 1725 à 1734. Mais c’est sans doute de son temps que fut refait le maître-autel avec ses statues.

Il avait deux autres frères prêtres, Joseph, qui fut curé d’Argentré, et Henry qui devint Vicaire général à Saint-Malo, baptisa Châteaubriand et posa la première pierre de la nouvelle façade de la cathédrale, précisément en 1772.

C’est probablement à eux qu’il faut attribuer cette mise en valeur tardive de sa tombe. A moins que ce ne soit une libéralité de plus du dernier recteur d’Ancien Régime, Julien Verron.

Les cadeaux de Julien Verron : l’ostensoir à l’Ange et la chaire à l’Ange (fin du XVIIIe siècle)

Ce prêtre aisé a été honoré lui aussi d’une plaque de l’autre côté de l’église. Il mérite bien quelque reconnaissance, car il a laissé à sa paroisse plusieurs objets liturgiques d’une grande finesse, aujourd’hui dans des coffres forts, mais qui gagneraient à être exposés.

L’ostensoir de 1786

La pièce la plus originale est un ostensoir, pour lequel l’ouvrage de référence, « Les orfèvres de Haute-Bretagne » (Cahiers du Patrimoine, PUR, 2006), se montre très élogieux. Nous en citons des extraits:

« Cet exceptionnel ostensoir est l’unique spécimen de ce genre connu en Bretagne au XVIIIe siècle. Héritée de la tradition médiévale, l’iconographie de l’ange présentant l’hostie […], image de la gloire divine […], ressurgit vers la fin du XVIIIe siècle dans la mouvance néo-classique ambiante ; elle aura un énorme succès au XIXe siècle où elle devient alors souvent l’archétype du modèle « riche » [ainsi à Retiers en 1865].

[…] L’ostensoir de Moutiers est à rapprocher de la croix de procession de la même paroisse, datée [elle aussi] de 1786 et marquée du poinçon de Gilonne Paysan, veuve de l’orfèvre rennais Jean Loison.

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5-6 /5-7  La lampe du sanctuaire et les burettes de 1774 (faciles à distinguer !)

[…] Cet objet exceptionnel complète de façon somptueuse tout un ensemble d’orfèvrerie déjà offert à la paroisse par le même recteur, Julien Verron. Ce dernier, après avoir donné en 1774 la lampe de sanctuaire ainsi qu’un bassin et des burettes, offre également en 1788 une belle chaire à prêcher dont l’abat-voix surmonté d’une statue d’ange de style néo-classique procède de la même esthétique que l’ostensoir ».

Précisons que le prêtre ne fut guère récompensé de ses largesses. Il mourut en 1792, destitué.

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5-8 / 5-9 La chaire de 1788

Quant à la chaire, on peut la rapprocher de celle de Notre-Dame de la Guerche, réalisée en 1771 par Thomas Peltier, menuisier de cette ville. Comme à Marcillé-Robert et Visseiche, son chapeau est surmonté d’une couronne royale.  Ce meuble élégant fut remis à sa place d’origine en 2011.

 

La bannière (1826)

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7-1/7-2 La bannière de 1826

Au bas de l’église, une armoire bien capitonnée de rouge protège plusieurs bannières ayant chacune leur histoire. Celle qui est mise en avant est la bannière paroissiale, refaite à Rennes en 1826 par Madame Desbats pour 800 F. Elle fut restaurée en 1907.

On remarque que la représentation privilégiée de Saint Martin est encore le saint en archevêque, car notre Diocèse dépendait encore  à cette époque de la métropole de Tours. Par la suite on préférera le geste de charité, comme sur le vitrail de 1891.

 

Les fonts baptismaux (1839-1891)

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7-3 /7-4 Les fonts et le tableau de 1839 et 1840  Le baptistère de 1891

Au nord l’espace baptismal est une conquête du recteur Jean Riand lors de la restauration de 1890-1891. En effet la baie sous la tour avait été bouchée afin de descendre une tribune pour les sonneurs. On revint au volume du XVIe siècle et on mit en place une nouvelle boiserie. On y intégra la peinture des années 1840 et les fonts de marbre achetés en Mayenne en 1839.  C’est alors que la porte sous la tour fut bouchée, ce qui permit la création d’un espace de rangement.

 

Les confessionnaux

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7-5 / 7-6   Décor des deux confessionnaux les plus récents

Les trois confessionnaux sont différents, mais tous du XIXe siècle et documentés.

 

Chemin de croix

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7-7 / 7-8

Il fut renouvelé en 1898. Ce modèle néo-gothique quadrilobé a ses parties figurées qui s’inscrivent dans un carré.

 

Statues

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7-9 / 7-10 / 7-11  Saint Benoît   Christ de la chaire  Vierge de Lourdes

En dehors des statues de bois des retables, d’une petite statue de Saint Benoît et du Christ de la chaire (1840), les statues sont de la fin du XIXe ou du début du XXe siècle. On peut remarquer que Sainte Anne montre à la petite Marie une version traditionnelle des dix commandements.

7-12  7-13

 

Lustres

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Cette petite église a conservé dix lustres en bon état, bien adaptés au mobilier du XVIIIe siècle.

 

Horloge

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Les quatre cloches (1927)

7-16 Une des quatre cloches

Elles remontent toutes les quatre à 1927, « MR L’ABBE V. TIZON ETANT RECTEUR », et elles proviennent de Villedieu-les-Poêles (« CORNILLE-HAVARD »).  Elles nécessitèrent la reprise du beffroi.

Comme souvent leur baptême a donné lieu a une cérémonie longuement commentée.

 

L’autel de célébration (1965)

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Cet autel néo-gothique provient certainement d’une chapelle, mais nul ne sait laquelle. En 1965, un menuisier local lui fit un fond et le couvrit d’un plateau très large, qui fut réduit en 2011.

 

La crèche

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Elle fut achetée en 1898.  Les personnages sont typiques de la maison Raffl  de Paris. Depuis peu, elle entre dans un circuit des crèches entre la Mayenne et l’Ille-et-Vilaine, ce qui encourage à l’améliorer d’année en année.

 

La restauration de 2010

Elle a été conduite sous la direction de l’architecte des Bâtiments de France, Jean-Michel Germaine. Elle restera liée également à un voisin de l’église, Louis Denais, qui a su mobiliser la commune et le Conseil général pour aller jusqu’au bout (on lui a d’ailleurs dédié une plaque de marbre à côté de l’orgue).

7-19 7-20  Plaque de reconnaissance à Louis Denais

Sans être l’église la plus importante de ce secteur au patrimoine religieux très riche, ce fut la première dont la restauration a été complète.

Le Saint Jacques

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Depuis le début des années 2000, l’Association bretonne des sentiers de Compostelle a déployé une grande énergie pour ressusciter cinq chemins partant du littoral nord. Moutiers s’est ainsi trouvé sur le chemin des Plantagenêts qui part du Mont vers Angers et Compostelle. Comme l’église est ouverte et qu’elle est bien restaurée, c’est à elle qu’a échu la touchante statue de bois du XVIe siècle évoquant Saint Jacques, et dont une plaque rappelle l’histoire. Mais notons que dans cette zone de Marches, le pèlerinage de Saint-Méen fut sans doute le plus fréquenté, comme le rappelle la mort d’un pèlerin en 1627.