Diocèse de Rennes

L’église St Benoît fête ses 50 ans de vitalité en quartier populaire

L’église Saint-Benoît, au cœur du quartier du Blosne à Rennes Sud, vient de célébrer ses 50 ans ce dimanche 8 mai 2022 : « une paroisse au rythme de la prière et de l’action solidaire et fraternelle » qui se transmet la flamme de génération en génération.

Vast-Amour Adjobi, Curé

Il est courant que, pour signifier la fin de si grands événements, la formule consacrée soit celle-ci : les lumières se sont éteintes… la salle du spectacle est fermée ». Mais je crois qu’il faudra dire ici, que la lumière reste bien allumée, et ouverte sur l’avenir.

L’avenir, c’est bien cela qui se dégage aisément de la célébration du cinquantenaire de St Benoit, pleine d’espérance. Deux points clés signifient ce moment :

Le père Vast-Amour Adjobi, curé, avec Mgr Pierre d’Ornellas

Le premier, c’est le rapprochement entre la catéchèse de Benoit XVI et la personne de sainte Elisabeth de Hongrie – patronne de la paroisse – fait par l’Archevêque. Dans sa prédication, il a évoqué le lien intime et inséparable qui rassemble la prière et l’action, à l’invitation du Christ Bon Pasteur qui nous dit : « Mes Brebis écoutent ma voix et elles me suivent. » C’est bien à cela que nous voulons nous identifier : une paroisse au rythme de la prière et de l’action solidaire et fraternelle. C’est cela qui demeure la perspective du rayonnement du Christ dans « le service intégrale » du frère dans notre quartier.

Le second moment c’est la transmission de la flamme du cinquantenaire entre générations, grande symbolique de lumière ouverte sur l’avenir. La jeune génération entre dans une histoire et la continue avec ceux qui l’auront tracée avec l’exigence de favoriser les expressions de la nouveauté. Un paroissien de 89 ans, engagé aux premières heures dans les années 1971 au sein de la communauté et dans l’action sociale, a remis symboliquement la flamme du cinquantenaire à une jeune de 23 ans. Ayant vécu l’éveil à la foi, elle accompagne aujourd’hui cette proposition paroissiale, précieuse pour son dynamisme et son rayonnement, signe d’attraction de la jeune génération.

L’accueil fraternel, lors du repas, au cœur de la fête

Ces 50 ans de souvenirs célébrés sont prometteurs pour l’avenir ! Ces moments forts organisés à la rencontre des partenaires sociaux du quartier en présence de frères musulmans du centre Ibn Khaldoun et Mme Béatrice Haqmi Robin, notre élue de quartier, le jeudi 28 avril, ont permis de relever ce message si important pour nous : « On vous connait presque tous et on se rend compte finalement que vous êtes des chrétiens investis dans le quartier ». Mme Béatrice Haqmi encourageant d’ailleurs à renouveler les festivités de convivialité tant nécessaires au vivre ensemble. Au fond, il s’agissait de célébrer dans ce souvenir, la fraternité chrétienne et universelle : notre ligne pastorale.

Cela s’est bien ressenti dans la soirée musicale animée par les musiciens de la paroisse le vendredi 06 mai, précédée de la messe d’action de grâce célébrée par Joseph Pouriel, ordonné diacre en 1973 à St-Benoît, sa paroisse de cœur.

La messe était concélébrée par de nombreux anciens prêtres de la paroisse

Que dire de toute cette dimension mémorielle, festive et symbolique qui aura si joyeusement marqué la journée dominicale ce 8 mai : la présence de Jean Dugué, Jean Macé, Joseph Pouriel, Joseph Rubeillon, Paul Bertin, Gérard Garnier, Roger Perez, ces prêtres aînés, venus revivre quelque chose de leur histoire, de notre histoire commune, également le père John Brito Almaraj, les religieuses de Kermaria et la congrégation des Filles du St Esprit, ainsi que tous ces invités qui se sont unis à nous. La communauté musulmane Turque et la communauté Ibn Khaldoun, venues témoigner de leur soutien en début de célébration présidée par Mgr d’Ornellas.

Toute l’expression des différences et des diversités d’origine – une cinquantaine de drapeaux de pays et régions françaises exposés dans l’église pour dire d’où nous venons – et de sensibilités au service de la communion fraternelle célébrée. La messe du Blosne composée pour l’occasion par le père vicaire paroissial, Éric Ndaroumba, révélait ainsi la notion de valorisation des proximités. Plus de 150 personnes de tous âges ont participé à cette après-midi festive, chantante et dansante. Nous avons fait véritablement l’expérience du partage et de la multiplication des pains : 60 personnes inscrites pour presque le triple de personnes effectivement présentes ! Nous avons vécu quelque chose d’admirable : le partage de ce que nous avions jusqu’à pouvoir rassembler du reste. Et chacun se réjouissait vraiment, avec des bénévoles vigilants d’ardeur au service et à l’attention de tous. Les talents de chanteur au karaoké révélés, la danse bretonne spontanément exécutée. Chacun se sentant accueilli. Quelle grâce !

 

Une plaquette historique sur la paroisse

A l’occasion de ce cinquantenaire, la paroisse a publié une plaquette illustrée qui retrace son histoire originale. Un livre qui présente aussi la vie de la communauté chrétienne actuelle et ouvre sur son avenir.

Rappelons qu’après la Seconde Guerre Mondiale, Rennes comme bien d’autres lieux en Bretagne, ont eu besoin de reconstruction. Ce besoin d’églises nouvelles s’est renforcé dans la nouvelle urbanisation du côté de la ZUP au sud de Rennes, dans les années 1953-1960, suite à l’appel de l’abbé Pierre après un hiver rigoureux et l’installation de l’usine Citroën qui a occasionné l’arrivée de population ouvrière. Le quartier a ensuite accueilli d’autres habitants venus de la Pologne, de l’Afrique (Nord, Est, Ouest principalement). Les municipalités qui se sont succédé, depuis Henri Fréville, initiateur du projet de la Zup, et Edmond Hervé, ont travaillé à installer les infrastructures qui peuvent répondre au besoin d’un vivre ensemble dans ce quartier marqué par la forte immigration. L’église St Benoît a trouvé sa place dans ce projet humain en lui donnant sa dimension spirituelle. Sous l’impulsion de Vatican II, la construction de nouvelles églises dans ce quartier devait être tout aussi modeste que sa population.

Une des alvéoles en béton de l’église : une conception astucieuse qui a permis d’installer plusieurs paroisses dans les nouveaux quartiers

Une église au cœur du Blosne est donc née en 1971, St Benoit, l’une des toutes premières du genre dans le grand Ouest. Son style architectural brise les codes de la verticalité d’une église traditionnelle pour embrasser l’horizontalité, afin de donner aux célébrations l’image d’une famille rassemblée autour de l’autel. Les matériaux de construction en préfabriqué sont modestes, le clocher et les vitraux n’existent pas. L’église n’est pas dominante mais incarnée. Seule vit à l’intérieur la communauté rassemblée. Une trentaine d’églises de ce type ont été construites dans le Grand Ouest par l’architecte Martin Perrin et le décorateur Francis Pellerin. St Benoît est l’une des toutes premières.

Pourquoi St Benoît ? Parce que le pape Paul VI, en 1964, fait de St Benoît, le patron de l’Europe. Lorsqu’en 1971 il fallait trouver le nom de notre église, on a tout de suite réalisé que tout autour de nous, les rues, quartiers et avenues, rassemblent les villes d’Europe. C’est une incarnation de St Benoît dans ce quartier qui nous protège et nous guide à travers notre église, une église belle de ses personnes engagées.

Vue du chœur restauré de l’église en 2005 : placé dans une alvéole hexagonale, il est entouré d’alvéoles où se placent l’assemblée

St Benoît est l’une des deux églises de la paroisse Sainte Élisabeth de Hongrie. Aujourd’hui le quartier dans lequel elle est incarnée n’est plus ce qu’il était il y a 50 ans. Mais la population qui y vit nécessite tout autant la vitalité de ce tissu associatif, qui en fait sa richesse, et le terreau de notre mission d’évangélisation dans le contexte actuel. Certains paroissiens, qui se sont exprimés sur leur rêve d’avenir de notre paroisse, attendent surtout que soit gardée vive cette ambiance fraternelle dans sa pleine vérité, l’harmonie entre les générations et la communion des diversités, les occasions de rencontres autour de l’Évangile, l’ancrage dans le quartier, et que nous travaillons davantage l’esprit d’unité et de synodalité. Le livre de plus de 60 pages pour le cinquantenaire de St Benoît est un beau moyen d’échange sur l’histoire de foi et de mission que nous voulons ensemble continuer.

> Se procurer la plaquette du cinquantenaire : contact@sainte-elisabeth-rennes.fr

Une décoration colorée typique de l’époque des années 70