Retour sur la journée de commémoration franco-autrichienne des 80 ans de la mort du Bienheureux Marcel Callo
Retour sur la journée de commémoration franco-autrichienne des 80 ans de la mort du Bienheureux Marcel Callo, le samedi 22 mars à Linz en Autriche. Propos de Pierre-François Jan, vice-président de l’association Silo.

Comment Marcel aurait organisé cette journée de commémoration, s’il avait été – en 2025 – leader de la JOC, des scouts ou du MEJ, en charge d’un évènement comme celui-ci ? Et bien, certainement un peu comme ça.
Il aurait su transformer l’anniversaire d’un dernier souffle, la visite de l’enfer de l’enfer, les discours sur la mémoire de la déportation…en un formidable élan d’espérance. Au moment où les tensions internationales nous angoissent, où l’idée du dialogue européen est parfois renvoyée au statut de rêve voire de fantasme, où la rhétorique sur l’économie de guerre est de retour, il aurait su nous montrer la lumière dans les ténèbres. Plus que de la montrer, il aurait réussi à faire vivre la fraternité, la foi et l’espérance.
Certainement bien inspirés par la figure du Bienheureux Marcel Callo, c’est exactement ce que nos amis autrichiens ont réussi à faire. Avec une petite délégation rennaise, nous avons été accueillis par le diocèse de Linz, et en particulier par Andreas Schmoller qui a coordonné cet événement et nous a accompagné tout au long de cette journée du 22 mars.

Elle a commencé à Guzen, village de l’ancien camp de concentration dans lequel a travaillé Marcel Callo après son emprisonnement à Gotha, camp destiné à abriter la production souterraine d’armement. De cet « enfer de l’enfer », ne reste plus que quelques pierres. Des lotissements, des joggers et des cyclistes ont remplacé les baraquements et les fils barbelés. Grâce à la mobilisation du Comité Mémorial de Gusen, un mémorial a néanmoins été construit et de nombreuses visites guidées sont organisées pour préserver ce lieu de mémoire. C’est l’un de ses membres fondateurs, Rudolf A. Haunschmied qui nous a guidé sur les pas de Marcel Callo. Au milieu de la visite, il s’est arrêté, pris par une émotion communicative lorsque les cloches de l’église ont retenti. Les mêmes cloches qui, en 1945, retentissaient dans le ciel de Guzen et se mêlaient au bruit des marteaux-piqueurs dans l’enfer de Guzen.
La cérémonie de commémoration a ensuite été introduite par deux jeunes musiciens en situation de handicap, sur l’air d’Au clair de la lune. En ouverture, des notes imprécises, une anxiété palpable, et une grande sincérité de cœur. Se sont alors succédé différentes prises de paroles d’officiels, de jeunes qui ont transposé en vidéo ce qu’ils imaginent que seraient le comportement de Marcel Callo face aux injustices d’aujourd’hui, de nouveaux interludes musicaux jusqu’à la prestation d’un flutiste virtuose. C’était beau, impressionnant et émouvant de voir la ferveur des Autrichiens, historiens, responsables d’associations mémorielles, évêques, jeunes ou moins jeunes de la paroisse Marcel Callo de Linz ; et l’importance de ce bienheureux pour chacun et pour tous. Parmi les prises de paroles, je retiendrai les mots incisifs de l’évêque émérite de Linz, Maximilien Aichern qui, du haut de son fauteuil roulant et de ses 92 ans, a témoigné de sa passion pour le bienheureux Marcel Callo et nous a invité, à sa suite, à faire de notre vie « un cinquième évangile ».

Nous nous sommes éloignés de la plaine de Guzen pour rejoindre le camp de concentration de Mauthausen, un peu plus loin dans les hauteurs. À nouveau, cette rencontre entre l’enfer de ce bâtiment (qui n’était jusqu’alors pour nous qu’une image dans un livre d’histoire) et le ciel mauve-orangé, paisible et bienveillant. Devant le camp de Mauthausen, au niveau d’une pelouse bien taillée, nous avons marqué une minute de silence. C’est là que se trouvait la « gare du paradis », cette « infirmerie » sans soin ni soignants dans laquelle étaient installés les corps agonisants des travailleurs épuisés, là où Marcel Callo rendit son dernier souffle.
C’est en silence que nous avons traversé la porte d’entrée du camp de Mauthausen et rejoint sa chapelle pour une messe franco-autrichienne. La chorale de la paroisse nous a formidablement accompagné dans la prière, un chant avait été composé spécialement pour l’occasion, en français et en allemand. À 20h, les lumières se sont éteintes. C’est dans l’obscurité que cette journée s’est clôturée. Au fond de la chapelle de Mauthausen, un immense tableau avec Marcel Callo en son centre. À l’avant, une immense croix porte également son nom, au pied de laquelle jonchent de nombreuses intentions de prière. La lumière éternelle de l’espérance de Marcel Callo est bien là, au cœur des ténèbres incroyables de la barbarie nazie. L’immense responsabilité de sa mémoire nous appartient, mais nous ne sommes pas seuls.


