La Confession de désir

Fr. Xavier Loppinet, dominicain, Rennes

Le pape François, dans son homélie du jour à la résidence Sainte-Marthe – 20 mars 2020 –, a évoqué la confession de désir quand il était impossible d’avoir recours au sacrement. À l’approche de Pâques et dans les circonstances actuelles, la question est évidemment réelle. Elle est déjà posée pour les personnes hospitalisées que les pasteurs ne peuvent matériellement rejoindre. Voici quelques points qui aideront à la réflexion des fidèles.

L’éclairage de la Pénitencerie apostolique

La veille de ce 20 mars 2020, la Pénitencerie Apostolique publiait précisément une « Note de la Pénitencerie Apostolique sur le sacrement de la réconciliation à l’occasion de l’épidémie mondiale actuelle ». Ce texte, un peu technique et destiné d’abord aux pasteurs, présente à la fin la situation décrite par le Pape : que faire quand les fidèles ne peuvent se confesser.

La Pénitencerie rappelle que là où les fidèles ne peuvent recevoir l’absolution sacramentelle :

« La contrition parfaite [1], provenant de l’amour de Dieu aimé par-dessus tout, exprimée par une sincère demande de pardon [2] (celle que le pénitent est actuellement capable d’exprimer) et accompagnée du votum confessionis (3), c’est-à-dire la ferme résolution de recourir le plus tôt possible à la confession sacramentelle, obtient le pardon des péchés, même mortels (cf. Catéchisme de l’Église catholique n° 1452). »

 Ainsi, trois conditions sont requises pour que cette confession de désir puisse être source de grâce :
La contrition parfaite, c’est-à-dire le regret total de son péché ;
La sincère demande de pardon, c’est-à-dire l’ouverture totale à la miséricorde de Dieu ;
La ferme résolution de recourir le plus tôt possible à la confession sacramentelle, c’est-à-dire la reconnaissance que Dieu a donné le pouvoir à l’Église de délier le pécheur de ses fautes. Cette ferme résolution est un votum, un vœu, qui engage totalement aussi.

Il faut donc prévoir que beaucoup de fidèles se confesseront une fois les sacrements de nouveau accessibles.

Une juste considération de la miséricorde de Dieu

En l’absence de confession et d’Eucharistie, le fidèle peut se sentir perdu : comment avoir recours à la grâce donnée par les sacrements ?

Notre archevêque avait cité dans son tout premier message – le 13 mars 2020 – de ce Carême « que nous n’avions pas prévu », la parole de Thérèse de l’Enfant-Jésus « Tout est grâce ». Cette parole est riche d’enseignement.
Si cette parole de Thérèse est généralement bien connue, son contexte, lui, l’est moins, or, il est précisément dans une situation similaire à celle actuelle. Celle où Thérèse pourrait ne pas recevoir de sacrement.

Nous sommes le 4 juin 1897. Thérèse est sur son lit d’infirmerie, l’issue de la maladie ne fait pas de doute. Une de ses sœurs lui dit que peut-être elle partira sans être munie des derniers sacrements de l’Église. Voici la réponse de Thérèse, consignée dans le Carnet jaune – cahier où sa sœur reportait les paroles de Thérèse, pour en garder le souvenir, ce qui sera édité sous le titre Les derniers entretiens :

Si vous me trouviez morte un matin? N’ayez pas de peine: c’est que Papa le bon Dieu serait venu tout simplement me chercher. Sans doute, c’est une grande grâce de recevoir les Sacrements ; mais quand le bon Dieu ne le permet pas, c’est bien quand même, tout est grâce. 

Il y a là un équilibre parfait : désir total du sacrement de l’Église, et abandon total à la grâce de Dieu. On peut ajouter à ce texte les toutes dernières lignes de l’Histoire d’une âme, qui ne laissent pas de doute sur la confiance de Thérèse, « docteur de l’amour miséricordieux » :

« Oui je le sens, quand même j’aurais sur la conscience tous les péchés qui se peuvent commettre, j’irais le cœur brisé de repentir me jeter dans les bras de Jésus, car je sais combien Il chérit l’enfant prodigue qui revient à Lui. Ce n’est pas parce que Le bon Dieu, dans sa prévenante miséricorde, a préservé mon âme du péché mortel que je m’élève à Lui par la confiance et l’amour. » 

Le soutien de la Parole de Dieu

En exil à Babylone, privé de la liturgie du Temple, le peuple hébreu a trouvé dans la Parole de Dieu un puissant soutien. Cette démarche de confession de désir pourrait, à mon sens, être soutenue par trois textes (d’autres sont bien sûr possibles : la prière de Salomon en 1 Rois 8). La Pénitencerie accorde l’indulgence plénière aux fidèles qui font une lectio divina d’une demi-heure, comme également la récitation pieuse d’un Rosaire, d’un chemin de croix…. On fera cette lecture devant un crucifix :

Le psaume 50 :
« Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé. »

La parabole du publicain dans Luc 18 :
« Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : “Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !” Je vous le déclare : quand ce dernier redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »

La confiance de Paul dans Romains 8 :
« Dieu est celui qui rend juste : alors, qui pourra condamner ? Le Christ Jésus est mort ; bien plus, il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, il intercède pour nous : alors, qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? la détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le glaive ? » 

Il est bien sûr à espérer que la situation actuelle ne durera pas, et nos prières ne doivent pas faiblir. Que notre espoir en Dieu lui-même reste intact. Il est avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde (cf. Matthieu 28, 20).