13 juin 1960 : le rennais Jules Isaac rencontre le pape Jean XXIII

Jules Isaac, historien juif de Rennes ayant rencontré le pape Jean XXII le 13 juin 1960I
Jules Isaac

Pourquoi convient-il de célébrer cette rencontre, il y a 60 ans, entre ce professeur d’histoire, juif né à Rennes, et le bon pape Jean XXIII ? La Municipalité n’honore-t-elle pas l’historien en ayant attribué son nom à une École élémentaire publique située dans le quartier de la Bellangerais à Rennes.

Une mission sacrée

Rome, 13 juin 1960, à près de 83 ans, Jules Isaac est reçu en audience privée par le pape Jean XXIII. L’entrevue, d’une durée de plus de vingt minutes, est chaleureuse. Lorsque Jules Isaac se rend au Vatican, sa démarche n’a rien d’une démarche individuelle. Au moment où il pénètre dans le bureau-bibliothèque du Pape, il n’y pénètre pas seul : un peuple innombrable l’accompagne, toute la mémoire d’un destin :
« Présentant de telles requêtes j’ai conscience de mon audace. Mais aussi j’ai conscience de parler au nom des martyrs de tous les temps. Mes épreuves, mes deuils, les recommandations suprêmes que j’ai reçues m’ont confirmé que c’était vraiment une mission sacrée. J’ai survécu pour l’accomplir. » (« Note sur huit jours à Rome », Cahier de l’Association des Amis de Jules Isaac, n°2, Aix-en-Provence, 1974)

Cette rencontre, deux ans avant l’ouverture du concile Vatican II, nous en connaissons bien le déroulement par Jules Isaac lui même :
« Comme prévu c’est lui qui engage la conversation, vivement, parlant de son culte pour l’Ancien Testament, les Psaumes, les Prophètes, le Livre de la Sagesse […] J’expose ma requête concernant l’enseignement, et d’abord sa base historique […] Je présente alors ma Note conclusive et la suggestion de créer une sous-commission Annexe chargée d’étudier la question.»

Promoteur de l’Amitié Judéo-Chrétienne (1948) avec un groupe de chrétiens et de juifs, Jules Isaac a préparé depuis près de huit mois ce rendez-vous. C’est l’aboutissement d’un long combat contre l’antisémitisme qui a submergé l’Europe et la France, du statut des juifs de Vichy à la déportation des siens, que résume bien avec une poignante sobriété sa dédicace dans son livre Jésus et Israël :
« À ma femme, à ma fille martyres, tuées par les nazis d’Hitler, tuées simplement parce qu’elles s’appelaient ISAAC »

Un processus pour de nouvelles relations entre la Synagogue et l'Église

Le Pape réagit aussitôt à la proposition de Jules Isaac : « J’y ai pensé depuis le début de l’entretien ». À la demande de Jules Isaac s’il pouvait avoir quelque parcelle d’espoir, il déclare : « Vous avez droit à plus que de l’espoir. »

Multipliant les rencontres auprès de l’Ambassade de France et du Secrétariat d’État au Vatican, Jules Isaac fait part de sa joie d’avoir trouvé en la personne du Cardinal Augustin Béa, jésuite allemand, « un si puissant renfort ». C’est en effet au Cardinal, Responsable du Secrétariat pour l’unité Chrétienne, que sera confiée la responsabilité du groupe de travail portant l’inscription au Concile de la « question juive ».

Angelo Guiseppe Roncalli, élu pape le 28 octobre 1958, ouvre les travaux conciliaires le 11 octobre 1962 qui vont renouveler totalement les relations entre l’Église et le Peuple juif. Délégué apostolique du Saint-Siège à Istanbul de 1935 à 1944, il y a organisé le sauvetage de juifs de Hongrie et de Bulgarie face aux déportations et à la Shoah.

Groupe Jules Issac logo

Visio-conférence le mercredi 17 juin à 19h45

Lutter contre l’antisémitisme  par le dialogue judéo-chrétien : La rencontre de Jules ISAAC avec le pape Jean XXIII, le 13 juin 1960.
Conférence organisée par le B’nai Brith France, avec le professeur Carol Iancu. Présentation par la professeure Mireille Hadas-Lebel, vice-présidente de l’AJCF.

Inscription (pour avoir un code) : LJKsecretariat@gmail.com

Une amitié entre deux hommes

Dans son remarquable livre sur Jules Isaac, Norman Tobias, s’appuyant sur les Archives du Vatican, montre le rôle déterminant de cette rencontre et la proximité des deux hommes. Il conclut que si Jules Isaac n’était pas intervenu, la question d’un texte sur les relations de la religion chrétienne avec la religion juive dont elle est issue, n’aurait probablement pas été inscrite à l’ordre du jour du Concile.

Reportons-nous à la déclaration d’un Père du Concile, Mgr de Provenchères, faisant référence au paragraphe 4 intitulé « La religion juive » de la Déclaration conciliaire Nostra Ætate, lors d’une conférence de l’Amitié judéo-chrétienne d’Aix-en-Provence :
« Je crois pouvoir affirmer qu’à l’origine de ce texte, il y a la démarche de M. Isaac. Sans doute est-ce un signe des temps qu’un texte conciliaire ait été inscrit par un Pape au programme d’un concile œcuménique, ait été étudié, discuté, adopté par plus de 2 000 évêques, à la demande d’un laïc, et d’un laïc qui n’était pas chrétien. » (Norman Tobias, La conscience juive de l’Église, éditions Salvator, 2018, pp. 328-331)

Ce 13 juin 1960, le pape Jean XXIII et Jules Isaac ont planté un « arbre d’amitié » à la croissance vigoureuse qui ne cesse de porter des fruits, comme en témoignent en autres les déclarations et gestes des papes après le Concile et les rencontres sur le terrain entre Juifs et Chrétiens (Mgr Pierre d’Ornellas, Jean-François Bensahel, Juifs et chrétiens, frères à l’évidence).

Aujourd’hui, cet « arbre d’amitié », il nous appartient de le faire fructifier « pour que juifs et chrétiens aident, par une présence civique et spirituelle, la société moderne à s’orienter. »

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