Parole de l’Évêque – « Sublime » dignité humaine ?

Paru dans Église en Ille-et-Vilaine n°331 – Juillet – aout 2021

La prière consécratoire par laquelle, avec l’imposition des mains, les diacres reçoivent l’ordination sacerdotale, fait mention de la dignité humaine : « Sois avec nous, Seigneur, Père très saint, sois avec nous, Dieu éternel et tout puissant, toi qui fondes la dignité de la personne humaine et qui répartis toutes grâces… »

Cette dignité apparaît ainsi au cœur même du rite du sacrement de l’Ordre dans le sacerdoce, en son moment le plus solennel, dans la grande prière proclamée par l’évêque qui s’adresse à Dieu.

Le prêtre, collaborateur de l’évêque, est ainsi appelé à devenir un héraut de cette dignité. Fondée par Dieu, elle est pleinement dévoilée en Jésus. Proclamer à temps et à contre-temps l’Évangile implique que l’évêque, et les prêtres avec lui, discernent la si grande beauté de l’être humain, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. De quelle dignité n’est-il pas en effet revêtu ! Dieu lui-même s’est fait homme, comme nous l’affirmons dans le Credo à propos de « Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles » : « Il est Dieu, né de Dieu, lumière née de la lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu … il s’est fait homme. »

Proclamer la dignité humaine en tout être humain, quelles que soient ses fragilités, voilà qui est urgent ! L’Église l’a enseignée au concile Vatican II, en particulier dans la Constitution Gaudium et spes. Cette « sublime » dignité y est déclinée en considérant le « corps » qui participe à la louange de Dieu, le « cœur » qui exprime toute sa vaste intériorité, la « conscience » qui est le « sanctuaire » où se fait entendre la voix de Dieu, « l’intelligence » qui « trouve sa perfection dans la sagesse », la « vraie liberté » qui opte pour le vrai bien et qui se réalise au plus haut point dans le « don sincère » de soi avec amour, la « vocation » à vivre en communion avec les autres et à communier avec Dieu en reconnaissant librement son amour Créateur et Paternel. Se dessine ainsi le visage de l’être humain, que la Tradition de l’Église a appelé « dignité ».

Aujourd’hui, le vote de la loi de bioéthique montre clairement que beaucoup, en tout cas la majorité de nos parlementaires, ont perdu le sens de cette « dignité » qui force le respect. En écoutant les débats, des propos ont davantage manifesté un engouement pour les techniques qui satisfont les désirs individuels des adultes plutôt qu’un humble respect devant l’être humain et sa dignité.

Dans cette loi, l’article 7 concerne le don d’organes après la mort. Durant le débat, le Sénat a remis en question ce principe : toute personne qui n’a pas inscrit son nom sur le registre des refus est présumée d’accord pour donner ses organes après sa mort. Le Sénat a proposé qu’une exception soit faite pour les personnes sous tutelle qui n’ont pas la possibilité d’exprimer leur choix vis-à-vis du don ou non de leurs organes après leur mort. C’était une belle manière de les respecter dans leur dignité en ne leur imposant pas un choix malgré elles. Or, l’Assemblée a refusé en s’appuyant sur le propos du Ministre de la santé : « On manque tellement d’organes ! » La personne est donc considérée comme « un pourvoyeur d’organes » ! La sénatrice Murielle Jourda en a conclu : « Au Sénat et à l’Assemblée, nous n’avons pas la même conception de la dignité humaine. »

L’heure est grave : comment avancer si, en France, nous n’avons pas une vision commune de l’être humain et de sa dignité ? La mission de l’Église est belle : proclamer la dignité de la personne humaine, ce que font tous ceux qui sont habités par le respect plein de délicatesse envers tous, les plus fragiles en particulier.

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