Diocèse de Rennes

Parole de l’Évêque – L’appel de François au Kazakhstan

Paru dans Église en Ille-et-Vilaine n°344 – Octobre 2022

Le Pape est garant de l’unité dans la foi et conforte dans la foi les catholiques à travers le monde. Il professe le Credo, expression de notre foi en la Trinité et en Jésus, Fils de Dieu, mort et ressuscité, unique Sauveur du monde. Il croit en l’Esprit Saint, « âme de l’Église », qui agit dans les cœurs droits et sincères. Le 22 septembre à Rome, le pape François a cité saint Thomas d’Aquin : « Toute vérité dite par qui que ce soit vient de l’Esprit Saint. »

C’est pourquoi, au Kazakhstan le 14 septembre, lors du VIIe Congrès des Responsables des religions mondiales et traditionnelles, le pape François fit entendre « une voix, celle du poète le plus célèbre du pays (…). Abai[1], comme on l’appelle familièrement, nous a laissé des écrits imprégnés de religiosité, dans lesquels transparaît le meilleur de l’âme de ce peuple : une sagesse harmonieuse, qui désire la paix et la recherche en s’interrogeant avec humilité, en aspirant à une sagesse digne de l’homme, jamais enfermée dans des visions étroites et exiguës, mais disposée à se laisser inspirer par de multiples expériences. (…)

Si le Créateur, auquel nous consacrons l’existence, a donné naissance à la vie humaine, comment pouvons-nous, nous qui nous déclarons croyants, consentir à ce qu’elle soit détruite ? Et comment pouvons-nous penser que les hommes de notre temps, dont beaucoup vivent comme si Dieu n’existait pas, seront motivés à s’engager dans un dialogue respectueux et responsable si les grandes religions, qui constituent l’âme de tant de cultures et de traditions, ne s’engagent pas activement pour la paix ? (…)

Abai rappelle que “celui qui permet le mal et ne s’oppose pas au mal ne peut pas être considéré comme un vrai croyant mais, dans le meilleur des cas, un croyant tiède” (cf. Parole 38). Frères et sœurs, pour tous et pour chacun, une purification du mal est nécessaire. Le grand poète kazakh insistait sur cet aspect, en écrivant que celui qui « abandonne l’apprentissage se prive d’une bénédiction » et « celui qui n’est pas sévère avec lui-même et qui n’est pas capable de compassion ne peut pas être considéré comme un croyant » (Parole 12). Frères et sœurs, purifions-nous donc de la présomption de nous sentir justes et de n’avoir rien à apprendre des autres. Libérons-nous de ces conceptions réductrices et destructrices qui offensent le nom de Dieu par les rigidités, les extrémismes et les fondamentalismes, et le profanent par la haine, le fanatisme et le terrorisme, défigurant également l’image de l’homme. Oui, car « la source de l’humanité – rappelle Abai – c’est l’amour et la justice, […] ce sont elles les couronnes de la création divine » (Parole 45). Ne justifions jamais la violence. Ne permettons pas que le sacré soit instrumentalisé par ce qui est profane. Que le sacré ne soit pas l’accessoire du pouvoir et que le pouvoir ne soit pas l’accessoire du sacré !

Dieu est paix et conduit toujours à la paix, jamais à la guerre. Engageons-nous donc, encore plus, à promouvoir et à renforcer la nécessité que les conflits se résolvent non pas avec les raisons infructueuses de la force, non pas avec les armes et les menaces, mais avec les seuls moyens bénis du Ciel et dignes de l’homme : la rencontre, le dialogue, les négociations patientes qu’on poursuit en pensant en particulier aux enfants et aux jeunes générations. (…) Abai encourageait à étendre le savoir, à franchir les frontières de sa propre culture, à embrasser la connaissance, l’histoire et la littérature des autres. Investissons, s’il vous plaît, dans cela : pas dans les armements, mais dans l’éducation ! »

 [1] Abaï Kounanbaïouly (1845-1904). Un buste d’Abaï est érigé en 2016 dans le jardin d’Almaty, square André Malraux, à Rennes.