Diocèse de Rennes

Montfort-sur-Meu : paroles de Mgr Pierre d’Ornellas, dimanche 13 novembre

Mgr Pierre d’Ornellas est venu à la rencontre des fidèles de la paroisse Saint-Louis-Marie en Brocéliande le dimanche 13 novembre 2022 à 10h30. Voici les paroles qu’il a prononcé lors de la célébration.

Mot d’accueil au début de la messe dominicale

Chers amis,

Ici, nous sommes dans une église, la Maison de Dieu, où tout le monde doit pouvoir y venir en y trouvant paix, consolation, bonté et espérance.

Dans cette église de Montfort-sur-Meu, vous avez mis votre confiance dans un prêtre, le père Yannick Poligné, qui, pour vous, a célébré les sacrements et prêché la Parole de Dieu. Beaucoup parmi vous ont reçu à travers lui, d’une manière ou d’une autre, les bienfaits de Dieu.

Voilà que soudainement et brutalement, l’image que vous aviez de ce prêtre se brise. Votre confiance a été trahie. La colère, la tristesse, la stupéfaction vous habitent. Ces sentiments sont légitimes. Votre douleur est grande. En venant vous rencontrer hier et avant-hier, je l’ai entendue. Votre douleur est aussi la mienne. Ma confiance a également été trahie.

Alors que votre curé devait être tout entier au service des choses de Dieu pour vous permettre de les recevoir, voilà que vous découvrez qu’il a succombé au mal au point de briser l’âme d’un mineur en abusant de lui sexuellement. Alors que votre curé devait être l’homme du pardon et de la paix de Dieu, il a été violent au point de commettre une action criminelle.

Comment comprendre l’inacceptable ? Comment recevoir ce terrible mensonge de la part de ce prêtre qui devait vous apporter la vérité de Dieu ? Comment parler aux jeunes que vous avez la mission d’éduquer ?

Le père Poligné avait reçu sa mission de l’Église ; comme votre évêque, au nom de l’Église, je vous demande pardon pour les souffrances et les défiances que cela engendre en vous.

Aujourd’hui, dans cette église, notre seul maître, comme le dit l’Évangile, c’est Jésus le Christ. Il est le chemin, la vérité et la vie. C’est Lui qui nous donne le vrai bien qui habite nos âmes. C’est Lui que nous prions avec foi. C’est Lui qui nous rassemble dans l’unité fraternelle, en prenant soin les uns des autres. C’est Lui qui nous invite à continuer votre marche dans l’espérance. C’est Lui en qui nous pouvons mettre notre confiance. Il ne nous trahira jamais. Il est « doux et humble de cœur ». Il est le Bon Pasteur.

En me tournant avec confiance vers Dieu trois fois saint, je lui demande de bénir cette église afin qu’elle soit totalement lavée du mensonge qui l’a habitée et qui est tellement contraire à la Maison de Dieu. C’est ainsi que votre église demeure un lieu saint, un lieu de paix, habité par la présence de Dieu qui est rempli d’une immense bonté pour chacun de ses enfants.

En me tournant vers Dieu, je vous invite à vous tourner avec moi vers Lui. Je lui demande de bénir en vous le bien qui habite vos cœurs et qui vient de Dieu. Que cette eau bénite vous rappelle votre Baptême et l’amour que le Christ vous porte avec tendresse, d’autant plus que vous êtes blessés. Mais vous voulez avancer sur le chemin de l’amour dans la vérité.

Homélie

Lectures :
Sagesse 9, 9-11.13-18
Psaume 84, 9ab.10-11.12613.14
Colossiens 3,12-17
Matthieu 25,31-40

Chers frères et sœurs dans le Christ,

Les victimes d’abus

Dans ce passage de l’Évangile qui vient d’être proclamé, Jésus nous interpelle. Il fait une déclaration solennelle en s’exprimant ainsi : « Amen, je vous le dis. » Par ce mot, il attire notre attention sur le noyau de son enseignement : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Matthieu 25,40)

Aujourd’hui, nous pleurons parce que l’un de ces plus petits, un mineur de plus de 15 ans a été abusé violemment. Au cœur de notre prière et de notre rassemblement, Jésus tourne notre regard vers ce mineur, bien que nous ne le connaissons pas. Il a été blessé dans sa chair et dans son âme. Selon notre foi chrétienne, Jésus est crucifié en lui, comme Jésus est crucifié dans toutes les victimes d’abus sexuels. Nous prions pour lui, nous prions pour toutes les personnes victimes.

Ici, ensemble, aussi bien en raison de notre foi en Dieu qu’en raison de notre conscience de la dignité de tout être humain, nous nous sentons tous obligés de lutter avec détermination contre ce fléau des abus sexuels, en particulier ceux commis sur des mineurs qui en demeurent blessés à vie.

Le pape François a engagé une lutte qu’il nous invite à mener ensemble : « Considérant l’avenir, rien ne doit être négligé pour promouvoir une culture capable non seulement de faire en sorte que de telles situations ne se reproduisent pas mais encore que celles-ci ne puissent trouver de terrains propices pour être dissimulées et perpétuées. La douleur des victimes et de leurs familles est aussi notre douleur ; pour cette raison, il est urgent de réaffirmer une fois encore notre engagement pour garantir la protection des mineurs et des adultes vulnérables. » (Lettre au Peuple de Dieu, 20 août 2018)

Pour cela un énorme travail de prévention a été entrepris dans notre Église en France. Pour qu’il porte tout son fruit, il est nécessaire de changer les mentalités et de modifier les habitudes afin de bannir tout « cléricalisme » selon le mot du pape François. « Le cléricalisme, favorisé par les prêtres eux-mêmes ou par les laïcs, engendre une scission dans le corps ecclésial qui encourage et aide à perpétuer beaucoup des maux que nous dénonçons aujourd’hui. Dire non aux abus, c’est dire non, de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme. » (Lettre au Peuple de Dieu, 20 août 2018)

Une culture de la bienveillance dans la vérité

Vivre dans la vérité les uns avec les autres, avec les services mutuels que nous nous rendons, dans le respect de la vocation de chacun, voilà l’antidote du cléricalisme. Le pape François parle de « culture ». Saint Paul nous décrit cette culture que nous devons instaurer entre nous : « Puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes sanctifiés, aimés par lui, revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience. Supportez-vous les uns les autres, et pardonnez-vous mutuellement si vous avez des reproches à vous faire. Le Seigneur vous a pardonnés : faites de même. Par-dessus tout cela, ayez l’amour, qui est le lien le plus parfait. » (Épître aux Colossiens 3,12-14)

Je sais que vous aspirez à vivre de cette culture. Je l’ai souvent remarqué lors de mes venues dans votre Paroisse. Ces paroles de saint Paul sont un encouragement pour toute votre communauté paroissiale. Relisez-les souvent. Vous pouvez y puiser lumière et force pour avancer ensemble, pour continuer votre route. Je serai toujours à vos côtés pour vivre cette fraternité tissée dans la bienveillance, la bonté, la compassion, la douceur, la patience et l’humilité.

À l’inverse, le cléricalisme, c’est de l’orgueil qui s’attribue des qualités particulières en raison de la fonction ; le cléricalisme, c’est aussi de la raideur, souvent cachée par un sourire, en raison de certitudes qui empêchent l’écoute des autres avec leurs interrogations ou leurs inquiétudes, qui rendent sourd à leurs interpellations. Mais avec la culture décrite par saint Paul, ce cléricalisme disparaît et laisse place à la vraie fraternité car elle est une fraternité évangélique qui permet de porter ensemble les épreuves des uns ou des autres. Elle est une fraternité entre personnes tout à la fois habitées de bienveillance et conscientes de leurs fragilités.

Confiance

Pour continuer d’avancer vers cette fraternité, votre communauté paroissiale peut se tourner vers le « Seigneur de miséricorde », comme nous y invite le Livre de la Sagesse. En effet, nous l’expérimentons aisément, nos « réflexions sont incertaines » et « nos pensées, instables » (Sg 9,14). C’est pourquoi, nous avons tous besoin, le prêtre avec vous et vous avec le prêtre, de recevoir la « Sagesse » qui vient du « Seigneur de miséricorde », de recevoir « l’Esprit Saint » qui vient « d’en-haut » (Sg 9,17).

Il est beau de prier les uns pour les autres, de se rassembler pour discerner ensemble quels sont les « sentiers droits » (Sg 9,18) sur lesquels l’Esprit de Dieu nous conduit car il est lumière sur nos routes. Mais comment recevoir cette lumière sinon en nous écoutant les uns les autres avec nos fragilités humblement reconnues, en écoutant ensemble la Parole de Dieu, en se recevant comme des frères et sœurs au milieu desquels vit le prêtre comme un frère, sans qu’il s’isole et s’extrait de la vie de la Communauté chrétienne.

Peut-être en raison d’une maladie, celui qui était votre Curé s’est isolé et s’est extrait de la Communauté dont il était le pasteur. Le drame est arrivé. Votre Paroisse est secouée, douloureuse. Puisse le père Yannick Poligné, comme cela est arrivé pour Jacques Fesch1 en prison, être touché au fond de sa cellule par la puissante et douce lumière du Christ, et se convertir radicalement pour devenir un « homme nouveau ». Nous le confions au « Seigneur de Miséricorde » (Sg 9,1).

Permettez-moi de vous redire le mot de Jésus quand il s’approche de la barque secouée par des bourrasques qui lui sont contraires. Aujourd’hui, il se fait proche et vous dit : « Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ! » (Marc 6,50) Pour finir, permettez-moi aussi de faire mien le souhait de saint Paul que nous avons entendu tout à l’heure ; l’Apôtre vous dit : « Et que, dans vos cœurs, règne la paix du Christ à laquelle vous avez été appelés. » (Épitre aux Colossiens 3,15)

Relire la déclaration de Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes après la mise en examen de l’abbé Yannick Poligné