L’oeuvre « Chemin de Vie »

Une longue histoire…chemin de vie

L’aventure commence en 2008 – 2009.

58 personnes à la rue ou ayant vécu à la rue s’expriment sur le « sac à dos ». Les phrases sont belles, fortes, émouvantes. Comment les faire connaître ? Comment permettre un échange entre les habitants qui ont un toit et ceux qui vivent ou ont vécu à la rue ?

Texte intégral à télécharger ACO35-chemin de vie-janv17

De cette interrogation sont nés deux projets :

  • La réalisation d’un court métrage auquel ont participé une trentaine de personnes. Il a été projeté dans plusieurs salles à Rennes, en dehors de Rennes et de l’Ille-&-Vilaine
  • La réalisation d’une œuvre artistique dans le centre-ville de Rennes, au bas de la place des Lices.

Après écoute des témoignages, lecture de récits et réflexion collective, l’artiste graveur Joël Gendreau fait trois propositions. C’est « La spirale ascendante » qui est choisie par le collectif «  Le sac, ma maison ».

A partir de 2009, se déroule une longue période de rencontres, échanges, travail en groupe  pour présenter le projet à la ville, trouver un accord pour le lieu, trouver des financements … Le Maire et la première adjointe de l’époque encouragent la réalisation du projet.

Parallèlement les membres du collectif participent à la conception du projet avec J. Gendreau : travail en atelier sur les récits, imagination des dessins qui accompagneront les textes…
Le projet est porté par tout un réseau de partenaires qui sont engagés avec le collectif (Restaurant social Leperdit, APRAS, élus, association « Vivre à Rennes centre », association « Cultures du cœur », fondation Abbé Pierre et l’architecte P. Lesourd).

chemin de vie2Mars 2014 : l’architecte des bâtiments de France refuse de donner l’accord pour la réalisation de l’œuvre, jugeant le projet intéressant mais l’œuvre elle-même « posant problème ».

Le collectif recherche alors un autre projet possible, incluant les plaques de granit déjà gravées. Philippe Le Ray, sculpteur et auteur de l’œuvre « Fleur de Vie » au cimetière de l’Est à Rennes accepte de présenter un projet utilisant l’inox comme matériau.
Le collectif présente donc deux projets, dont celui de J. Gendreau remanié dans sa forme.

Et le 26 mai 2015, l’architecte des bâtiments de France donne son accord pour le projet présenté par Philippe Le Ray : « une sphère carrée » avec incrustation dans des fenêtres des plaques de granit gravées.
La réalisation va pouvoir reprendre…C’est un programme de six semaines de travail en commun, étalé sur six mois, qui se met en place.

Témoignages

De novembre 2015 à mai 2016, une soixantaine de personnes du Collectif « Le sac, ma maison » ont travaillé dans l’atelier de Philippe Le Ray. Des personnes du Foyer Saint Benoît Labre, du Foyer Adsao,  du Relais Centre Ville et du restaurant social Leperdit ont également participé à la réalisation de l’œuvre.

Récits de Lydie, Raymond, Richard, Dominique, Henri et Stéphane

Henri : « Chemin de Vie, c’est une création qui a son histoire à Rennes. Elle est une étape supplémentaire après le film « Le sac, ma maison ».

Pour réaliser l’œuvre, trois ou quatre personnes volontaires et disponibles, différentes chaque jour, se retrouvaient à l’atelier de Philippe de 10h00 à 18h00. On a voulu mettre le plus de personnes possibles dans le coup de la création.
Un atelier d’initiation au gravage sur ardoise avait eu lieu ans la cour du « 6 ».

La séance de démarrage de la fabrication, c’était une fête

Tout a commencé par un gabarit. Les coupoles étaient fabriquées en Italie. A l’intérieur de l’œuvre, il y a une structure.

Lydie : « C’est un beau projet. J’aime beaucoup l’art et faire partie d’une œuvre collective, j’aime ça. C’était important pour moi de mettre la main à la pâte. Je suis intervenue au niveau du ponçage. On faisait le ponçage à deux. J’aime bien être autonome. Philippe a vu que je guidais, il m’a fait confiance. »

Raymond « Avec Daniel et Fabrice, on a fait des trous ».

Stéphane : « J’étais à la découpe. Il fallait travailler au millimètre près, le premier support a été refait le premier jour.  Christophe, lui, n’en revenait pas. Il disait : « Je vais jamais y arriver ! » et Philippe répondait « mais si, je suis derrière toi ! ». Sa manière de faire avec nous nous amenait à la perfection. »

Pierrick a travaillé sur la structure.  Avec Philippe, il a aussi travaillé sur les accessoires qui pouvaient faciliter le travail, le rendre moins difficile car il fallait être précis : les pièces et les outils étaient lourds.
On découvrait le travail en même temps que Philippe. Philippe est un « pro » très pédagogue. Il expliquait tout au-delà de ce qu’on faisait. Il était flatteur, ça encourageait ! Il essayait de trouver une place à chacun.
Tout au long du travail, on a vu des copains épanouis. Des personnes ont découvert des talents en eux.
Des élus municipaux sont venus nous voir, ils ont participé, discuté avec les copains. Ils étaient impressionnés, ils se sont mis à notre hauteur. Christine, qui a été notre porte d’entrée à la mairie, est venue aussi travailler sur la structure.chemin de vie3

Henri : « C’est formidable d’avoir créé une équipe de gens si différents. Cette œuvre, c’est le travail de Philippe. On n’était que des petites mains. »

Jimmy a fait les photos avec Pierre. Ça l’a remis debout, épanoui, sorti de la galère. Aujourd’hui il est sorti de la rue, il travaille. Maintenant il habite dans les Côtes d’Armor et vient parfois nous voir le mercredi après-midi. Il disait « j’espère que le collectif ne va pas me laisser tomber »

Lydie : « Je pense qu’on a cru en lui, fait voir qu’il comptait, qu’on lui a fait confiance »

Richard : « L’œuvre elle-même a permis de rassembler les idées de tout le monde. Chacun était valorisé, chacun a trouvé sa place. Ça raconte le parcours de chacun, c’était merveilleux pour moi. L’œuvre a rendu les copains immortels, ils seront toujours là.  »

Dans le projet il y a eu des moments de découragement avant la fabrication, mais pas pendant. On sentait surtout de la pression en Philippe.
Ce qui a été le plus difficile pour certains, c’était d’éteindre son téléphone portable à l’atelier.
Seul moment difficile : une personne s’est présentée alcoolisée. Nous lui avons confié un travail où une erreur éventuelle ne prêtait pas à conséquence, quelque chose de simple à faire. Il était fier d’avoir participé à l’œuvre.
Autre difficulté : la conception du livret qui reprenait le travail. Plusieurs personnes devaient donner leur avis et tous ne voyaient pas de la même façon. Il fallait choisir les phrases, mettre en forme sans déformer la parole des copains,…

Le travail achevé, ce fut le jour de la pose place des Lices.

Stéphane : « J’ai été impressionné. Ça pèse une tonne 200 ! C’était la fin d’un travail, un travail accompli ! »

C’était une grande joie, une grande fierté. Tout le monde présent a applaudi

« Aujourd’hui c’est une sculpture vivante ! Une œuvre unique avec une belle place dans la ville. Il y a toujours du monde autour. L’œuvre rend visible la fragilité et donne un autre regard sur les gens à la rue, un regard d’humanité. Elle permet des échanges : il y a eu un après-midi avec ATD ¼ monde, un temps d’échange avec l’aumônerie des prisons. Les scouts sont passés à Noël remettre la lumière qui vient de Bethléem.
On entend parfois des critiques disant « c’est nos impôts qui passent là-dedans ». Ce n’est pas vrai, une plaque explique d’où viennent les dons.
L’oeuvre est taguée de temps en temps mais Pierrick passe tous les matins à 6h00 pour les effacer si besoin. »

Henri parle de convivialité : « on a fait connaissance avec des personnes du foyer Adsao et du foyer Benoît Labre ».

chemin de vie4Richard : « Au foyer, il y a du lien entre les résidents. Ça a permis une réconciliation entre quelques-uns. C’est le message du Christ, la dimension de l’enseignement du Christ, l’Amour. On essaie de mettre de côté nos différences  et de mettre en commun nos ressemblances pour un même but. Avec les passants, c’est pareil : une société normale n’a pas le droit de laisser ses fils en marge. La rencontre a permis de réconcilier des opposés. C’est une image du Christ.»

Lydie : « C’est le début de quelque chose, ça a déclenché des choses en moi, je suis plus sensible aux autres, j’ai une envie renforcée d’être utile aux autres, de leur dire qu’on peut déraper et se rattraper. C’est de l’ordre du militantisme. Au « 6 », Jean-Claude a rassemblé des gens pour annoncer la Parole.  C’est ce qu’ils font avec Pierre, Régine et la Communauté Source Vive. Moi, je suis instable et je me surprends à être toujours présente, heureuse entièrement. Je suis poussée encore plus à aimer les personnes ».

Ce à quoi Henri répond : « C’est la force du Collectif, de la Communauté qui ne juge personne, avec toujours le même amour. Pas de critique, il y a toujours une excuse à l’échec. »

Richard : « Le Christ a semé en nous de nous aimer les uns les autres, inconditionnellement. Militer, c’est l’Amour »

Dominique : «  Cela a été une occasion formidable de découvrir le travail du métal. J’étais loin d’imaginer comment on pouvait arriver à cette forme finie en partant de coupoles à découper et assembler.
Quel travail de réflexion pour concevoir les différentes étapes et les enchaîner, pour concevoir aussi des outils spécifiques pour le maniement aisé des machines.
Il faut également une bonne dose de patience pour vérifier et rectifier les inévitables transformations consécutives aux soudures.
C’est une école d’humilité pour être un élève attentif aux conseils et consignes…et faire aussi attention à ne pas prendre trop de place mais donner toute la leur à chacun des copains.
Quel plaisir de voir la joie des copains à chaque étape de la construction et surtout le jour de l’inauguration !
C’est pour chacun une reconnaissance d’être associé à l’œuvre, c’est un honneur sans mesure de pouvoir dire « j’y ai travaillé »

L’Esprit est à l’œuvre !

 Lydie, Raymond et Richard, Dominique, Henri et Stéphane – secteur Rennes sud-est

L’œuvre d’art ‟ Chemin de vie ”est l’aboutissement d’une aventure de plus de huit ans.

Depuis la rédaction des témoignages sur ‟le sac à dos” jusqu’à l’inauguration du 13 Juin 2016, les personnes à la rue, ou qui ont été à la Rue, ont été les acteurs principaux du projet aujourd’hui réalisé. C’est une action collective avec de nombreux partenaires impliqués qui ont permis la réussite.

Chemin de vie” est une œuvre porteuse d’un sens important pour nous. D’abord par son implantation dans le centre historique de Rennes, elle appelle à accueillir au cœur de la ville une expérience de vie que l’on a souvent tendance à refouler sur les marges.
L’œuvre, par sa beauté et par les phrases gravées qu’elle porte, invite à un regard positif et attentif sur celles et ceux qui habitent nos rues.
Elle est aussi une invitation au dialogue bienveillant pour nous rencontrer et nous comprendre.

Chemin de vie” est née, et c’est notre fierté. Mais maintenant elle doit vivre ! Il nous faut ensemble lui donner un avenir. Le 17 octobre, un rassemblement a eu lieu autour de l’œuvre, ainsi que deux autres plus modeste un peu plus tard.

Chemin de vie” invite à réaliser une autre œuvre d’art : celle de relations nouvelles avec celles et ceux qui parmi nous ont perdu pied.

Elle est une contribution modeste, mais néanmoins importante à l’émergence d’une société plus fraternelle.

Jean-Claude Guillet

 

 

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