Homélie sur la parabole du fils perdu ; 10-11 septembre 2016

bergerMi

24ème dimanche ordinaire – année C
11 septembre 2016
Homélie  du Père FERRE

Vous vous rendez compte, Jésus fréquente les publicains et les pécheurs, des gens de mauvaise vie. Il mange même à leur table. Cet homme de Dieu devrait absolument éviter de fréquenter ces gens-là. Il ne devrait pas se contaminer à leur contact !… Voilà ce que pensent les pharisiens.

Alors Jésus leur raconte 3 paraboles, dites de la miséricorde : la brebis égarée, la piécette perdue, le fils perdu (nous avons lu les 2 premières, le fils prodigue est lu pendant le carême)… Tout cela pour nous faire comprendre que la hantise de Dieu le Père est qu’un seul manque à l’appel !… Oui, le Père est terriblement malheureux quand il voit l’un de ses enfants s’éloigner de lui : il est en manque de cet unique ! Mais son cœur est en fête quand l’égaré revient, quand un seul pécheur se convertit. C’est la joie pour Dieu.

Pécheurs, nous le sommes tous. Pas besoin de faire de dessin !… S’accepter humblement pécheurs avec notre part de lumière et d’ombres, c’est ce que nous faisons au début de chaque eucharistie, où nous nous mettons déjà sur la voie sacrée de la libération.

Mais, en fait, le véritable péché serait de croire, qu’à cause de nos fautes, nous cessons d’être aimés de Dieu, de penser que nous cessons de l’intéresser, au moment même où il s’intéresse le plus à nous. Notre lèpre, notre cécité, nos faiblesses sont des raisons supplémentaires pour que Dieu nous aime. Mais, pour autant, ce n’est pas une raison pour en rajouter !…

Le véritable péché, c’est de se croire exclu, à cause de nos infidélités, à cause de blessures, de culpabilités, que nous traînons. Non, nous dit le Père, tu es enfant de Dieu, tes péchés te salissent, mais tu restes de la famille, tu restes dans l’Eglise.

Le véritable péché serait de se replier sur soi, de s’enfoncer dans un pays perdu pour fuir le regard de Dieu. Le véritable péché serait alors de se décréter une fois pour toutes minable patenté, irrécupérable de profession et donc, de prendre parti de son état : Laisse-moi Seigneur, tu vois bien que je ne suis pas intéressant… Je ne suis pas digne d’être appelé ton fils, dit l’enfant prodigue. Oui, nous sommes tous tentés de nous identifier à la partie négative de notre être, nous sommes tentés de perdre l’estime de soi et des autres en ne voyant plus le merveilleux qui nous habite, qui les habite.

Le véritable péché, c’est le découragement, parce qu’on désespère de soi, de Dieu, des autres, de ce qui n’est pas à notre goût… Alors, il faut entendre Dieu nous redire : « J’ai d’autant plus de goût pour toi, que tu es plus dégoûté de toi et des autres ». C’est paradoxal, mais nous avons un Dieu comme ça…

Dans l’évangile d’aujourd’hui, on voit combien, pour Dieu, le pécheur est objet de recherche. Oui, chacun de nous est objet de recherche de l’amour miséricordieux de Dieu. Dieu n’agit pas comme ce père de famille qui dit à sa femme à propos du jeune qui a pris le large : « T’en fais pas… quand il aura mangé de la vache enragée, il reviendra mettre les pieds sous la table »… Non, dans la bergerie, le berger lâche tout pour la brebis perdue… il va battre la campagne.

Le véritable péché serait de ne pas accueillir cette recherche amoureuse de Dieu à notre égard. Le véritable péché, c’est le refus d’être aimé, c’est de se terrer, en criant que Dieu nous laisse tranquille… C’est de croire que le péché nous a détruit irrémédiablement, alors qu’au fond de la détresse, de nos détresses, on peut entendre davantage Dieu que lorsqu’on « est en règle ».

Mais tout l’évangile d’aujourd’hui, qui porte pourtant sur le péché, est éclairé par la joie. Joie du berger qui retrouve la brebis égarée, joie de la pauvre femme qui retrouve la pièce de 2 € qu’elle était désolée d’avoir perdu.

Pécheurs, nous le sommes tous, et tous nous avons du mal à croire qu’on n’aura pas à payer la facture, à « passer à la caisse », comme si Jésus n’avait pas pris sur lui toutes nos dettes. Il a pris la peine de nous expliquer comment fonctionnait le Père dans ces magnifiques paraboles. Nous n’avons pas à mariner dans notre péché, quand il suffit de se lever et de se jeter dans ses bras. « Il est important de ne pas se croire autosuffisant », dit le Pape François.

Alors, osons revenir vers lui, osons nous jeter dans ses bras. Osons vivre le sacrement de réconciliation, non pas comme la petite lessive, mais vraiment comme le sacrement de l’amour miséricordieux de Dieu. Osons croire que, par ce sacrement, son pardon est total, qu’il ne garde pas une « petite dent » contre nous… A propos de ce sacrement, pour nous les prêtres, dans notre ministère c’est toujours une de nos joies d’entendre quelqu’un nous dire : tiens, tu n’aurais pas une petite demi-heure à m’accorder… et ces personnes viennent pour faire le point, relire leur vie et recevoir en vérité le sacrement de réconciliation…

Heureux sommes-nous Seigneur de comprendre surtout que, dans notre pauvre condition d’homme pécheur, il importe simplement de miser sur ta miséricorde…Oui, il y a de la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit, chaque fois que le mal recule un peu sur la terre.