homélie de l’ouverture de l’année de la miséricorde, 2015

Ouverture de l’année de la miséricorde

Que devons-nous faire ?

Cette question est posée par 3 fois à Jean-Baptiste… par les foules, par les collecteurs d’impôts, et par des soldats.

Une même question formulée par des personnes fort différentes : les anonymes d’une foule, et plus surprenant des fonctionnaires redoutés par leurs abus de pouvoir ou leurs « prises illégales d’intérêt ».

Jean le Baptiste ne répond pas comme nous répondrions facilement aujourd’hui : Boff… c’est à chacun de voir, c’est à chacun de trouver sa réponse, il faudrait analyser le problème avant d’agir… Non, Jean ne botte pas en touche, sa réponse est directe : « Convertissez-vous, dit-il, et produisez des fruits qui témoignent de votre conversion ». Et tous sont touchés par son témoignage et la vigueur de ses propos.

Avec audace et franchise, Jean-Baptiste bouscule et réveille les consciences. « Le peuple était en attente et tous s’interrogeaient », précise l’évangéliste Luc. Jean-Baptiste fait de ces foules, de tous ces gens divers, un peuple de l’attente, un peuple de l’espérance !

Légitime attente des pauvres en quête de jours meilleurs ; salutaire attente des riches, tristement encombrés de leur trop plein ; patiente attente des croyants qui, dans la nuit, guettent l’aurore… Attente encore des collecteurs d’impôts et des soldats, ces gens craints et méprisés et qui se sont laissés émouvoir. Eux aussi ils espèrent un peu d’estime et d’amour, eux aussi ils aspirent à mettre leur conscience en paix et à goûter enfin le bonheur de faire le bien.

A questions simples, réponses simples, mais exigeantes de Jean-Baptiste : à chaque membre de ce peuple en attente, Jean ne fait que rappeler la pratique de la plus fondamentale des règles sociales, qui est d’aimer et de partager : « Que celui qui a deux vêtements partage avec celui qui n’en a pas… et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même ! ». Aux collecteurs d’impôts : ne trichez pas avec vos comptes ; et aux soldats : n’abusez pas de votre force ! Chacun est renvoyé à sa situation concrète.

Ces hommes, ces femmes de tous métiers, venus de partout, aujourd’hui, c’est nous chrétiens, participant à cette eucharistie. (C’est vous tous les enfants, c’est vous les enfants qui vous préparez à vivre dans quelques mois votre première communion, et vous Axel et Coline votre baptême).

Que devons-nous faire ? Que pouvons-nous faire ?

Pratiquer le droit et la justice, tout d’abord :

Quelque soit notre âge ou notre place dans la société, nous sommes invités à remettre au centre de nos préoccupations et de notre comportement l’attention à chaque être, en particulier le plus faible et le plus démuni (le plus isolé, dans votre école, dans votre collège, pour vous les enfants, pour vous les jeunes); pour nous tous le souci du bien commun, l’accomplissement fidèle de notre tâche quotidienne ; en d’autres termes le respect loyal de la justice et du droit.

Etre artisans de paix, ensuite :

« Heureux les artisans de paix » proclame Jésus… Comment aujourd’hui être artisans de paix, au cœur de nos rancunes et de nos poings fermés à certains moments, au cœur de nos pensées et de nos paroles parfois blessantes ?… Les champs de bataille sont nombreux et se cachent souvent au plus secret de nos cœurs. Faire la paix en nous et autour de nous demande de notre part un patient travail de vérité et de réconciliation. Etre en paix avec soi-même et avec les autres est signe de la présence du Christ en nous. Quand nous sommes en paix, nous pouvons goûter la présence du Christ en nous et dans les autres.

Enfin retrouver la joie :

« Pousse des cris de joie, fille de Sion, le Seigneur est avec toi !… Soyez dans la joie, le Seigneur est proche ! », s’exclame le prophète Sophonie.

Nous sommes invités à vivre la joie, à répandre la joie… Pourquoi ? Parce que le Seigneur vient, parce qu’il est le Sauveur. Avec la venue du Sauveur, c’est la joie pour les pauvres, c’est la joie au ciel pour le pécheur qui se convertit, c’est la joie jusque dans l’épreuve… Parce qu’il vient, parce qu’il est le Sauveur, aucune situation humaine ne peut être désespérée ou désespérante… Parce qu’il vient, il nous partage sa joie et nous invite à être témoin de sa joie. Sa joie devient pour nous une joie partagée avec les autres, une joie qui dilate le cœur, qui nous relie les uns aux autres, une joie qui remonte toujours le moral aux autres… Dans l’Ancien-Testament les prophètes étaient chargés de soutenir le moral du peuple d’Israël. Nous aujourd’hui, comme chrétiens, nous sommes  chargés d’être les prophètes de la joie, les messagers de la joie… A l’approche de Noël, partageons ce message de joie, plus particulièrement à tous ceux dont le moral est défaillant, surtout à l’approche des fêtes…

Voilà ce que nous pouvons faire aujourd’hui, voilà ce que nous pourrons faire en cette année de la miséricorde : créer de la justice, créer de la paix, créer de la joie, créer de la tendresse, de la compassion… L’Avent n’est pas une attente tranquille de la venue du Sauveur. Jésus ne cesse de venir dans nos vies, de s’inviter dans nos vies, de nous proposer sa présence. L’Avent est une attente brûlante. L’Avent fait de chacun de nous et de toute l’Eglise ce peuple, où chacun peut devenir une flamme ardente d’amour, de miséricorde, où chacune de nos paroles peut être lumière qui attise, où chacun de nos regards peut être rayon qui éclaire, où chaque prière peut être comme le feu qui embrase le ciel.

Oui, Seigneur, fais de nous des artisans de joie, de justice et de paix, d’amour et de miséricorde.