Diocèse de Rennes

Lettre de la paroisse Saint Eloi du Garun pour le 8 août 2021

Chers paroissiens,

 

32 – Feuille paroissiale – 8 au 15 août 2021

 

Avec la feuille paroissiale de ce dimanche 8 août, je joins quelques informations.

 

  • Une lettre de notre évêque Mgr d’Ornellas sur la fraternité… et la vaccination contre le Covid. En pièce jointe.

210727 La Croix – Vaccin et fraternité Mgr d’Ornellas

 

  • Une vidéo du pape François pour une Eglise en transformation.

https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2021-08/video-pape-aout-2021-transformation-eglise.html

 

 

  • Article revue ETUDES juin 2021

Les révoltes du ciel. Une histoire du changement climatique (XVe-XXe siècle) 

de Jean-Baptiste Fressoz et Fabien Locher

par

Benédicte Chesnelong

REVUE ETUDES – JUIN 2021

En 1821, le ministre de l’Intérieur français lançait une enquête auprès des préfets afin de mesurer la perception de l’évolution du climat depuis la Révolution dans l’ensemble du pays. Quelque temps plus tôt, l’Europe avait connu de graves perturbations météorologiques ; les Français avaient été confrontés deux années de suite à des hivers très rudes. Pour la première fois, un État européen posait la question du changement du climat et celle de l’imputabilité aux hommes de celui-ci. La découverte par les historiens Jean-Baptiste Fressoz et Fabien Locher des réponses à la circulaire de 1821 est à l’origine de cette passionnante histoire du changement climatique.

Rapidement, un constat s’impose aux auteurs : le climat et son évolution ont toujours fait partie des préoccupations non seulement des hommes de sciences, naturalistes, botanistes ou médecins, des explorateurs, des paysans, mais aussi des hommes politiques. Ces derniers comprennent très tôt que dans un monde plus rural qu’urbanisé, soumis aux caprices du climat, avec son lot de catastrophes épisodiques (disettes, sécheresses, inondations, épidémies, etc.), agir sur le climat constitue un important levier de pouvoir et d’expansion. Une gestion raisonnée des forêts apparaît comme le moyen privilégié de réguler les cycles de l’eau, essentiels pour les récoltes. Dès le xve siècle, la conquête de nouveaux territoires est présentée comme le moyen d’améliorer le climat qui y règne, en en rendant les terres plus nourricières et donc propres à favoriser le développement du commerce du bois et du sucre. Façon de légitimer les colonisations, en égratignant au passage les indigènes, présentés comme inaptes à faire fructifier les terres sur lesquelles ils vivent.

Les auteurs soulignent l’importance qu’ont revêtue, particulièrement en France et en Amérique du Nord, les débats scientifiques mais aussi politiques, économiques et sociaux autour des questions climatiques à la fin du xviiie siècle. La période précédant la Révolution française, marquée par des hivers glacials, accroît l’inquiétude sur l’évolution du climat, à tel point que la question est évoquée dans les cahiers de doléances. Avec la Révolution, le temps de la « réparation du climat » et de la « régénération du territoire » est proclamé.

Le domaine forestier de la Couronne est transféré à la nation, comme celui, immense, du clergé et celui des émigrés. La question de la potentielle aliénation des forêts domaniales fait l’objet de débats parlementaires houleux durant plusieurs décennies. Autorisée de façon limitée dans un premier temps, elle est à nouveau envisagée sous la Restauration, pour solder les déficits publics liés aux campagnes napoléoniennes. Les ultras se posent en défenseurs de l’inaliénabilité et de la fonction écologique des forêts. Chateaubriand met en garde les libéraux : « Partout où les arbres ont disparu, l’homme a été puni de son imprévoyance. » La dissolution de la Chambre introuvable et la victoire des libéraux auront raison de l’opposition de la France terrienne, soucieuse du climat. L’ingénieur des Ponts et Chaussées, François-Antoine Rauch, « qui pense le changement climatique comme un phénomène planétaire », trente ans durant, mène une croisade acharnée contre la vente des forêts. Arago, usant de son autorité et de sa position au sein des institutions scientifiques, milite, lui aussi, pour la préservation des forêts, s’appuyant notamment sur les observations rapportées de son périple en Amérique du Sud par l’ingénieur des Mines Jean-Baptiste Boussingault. Le « camp des forestiers », comme le surnomment les auteurs, finira par l’emporter sur les libéraux, faisant de « l’agir climatique une arme offensive » pour un environnement rationalisé en France, comme dans les colonies.

Mais la victoire est de courte durée. En France, le développement du chemin de fer et du fret maritime améliorent la productivité agricole et l’alimentation. Avec la disparition des disettes, l’anxiété climatique s’estompe. La question du climat à la fin du xixe et au début du xxe siècle est reléguée au second plan, les controverses sans fin entre scientifiques et l’incertitude qui en résulte sur l’influence que peut avoir l’homme sur l’évolution du climat y contribuant. Pourtant, des catastrophes climatiques se multiplient dans les lointaines colonies (Afrique, Inde…). Aux yeux des colons occidentaux, tout imprégnés qu’ils sont d’un éco-racisme assez sommaire, la cause en est l’incapacité des autochtones de veiller à la préservation de leur territoire. Il faudra l’érosion spectaculaire des sols dans les plaines de l’Ouest américain au début des années 1930, puis l’appauvrissement accéléré des terres d’Afrique et les famines en résultant pour que l’environnement revienne au centre des préoccupations.

Quelques décennies durant, le scepticisme quant à un changement climatique anthropique continue de prévaloir, avant que le réchauffement climatique ne soit diagnostiqué de façon scientifique. Jean-Baptiste Fressoz et Fabien Locher disent combien leur enquête leur a permis de mesurer l’importance et l’étendue de « la fabrication industrielle et scientifique d’une forme d’apathie face à l’agir climatique ». « Le climat n’est plus la matrice du vivant qui avait longtemps fasciné les savants. […] Nous vivons encore dans cet épilogue même si nous n’en avons plus le luxe : tenir le climat pour acquis. »

 

Je vous souhaite un bon dimanche.

Jean-Yves, votre curé