homelie des béatitudes

(Homélie prononcée par le Père Showell Estimphil le dimanche 29 janvier 2017)

 

LES BEATITUDES

L’Évangile de ce dimanche nous parle des béatitudes. D’abord, il faut dire que tous les humains aspirent au bonheur. La vraie question est de savoir : c’est quoi le bonheur et comment l’obtenir ?

Face à cette problématique on peut constater trois choses.

1) Un premier constat ? C’est qu’on se persuade toujours que la vie sera meilleure, on rêve toujours d’avoir la belle vie, la vie idéale. Ainsi, on se dit qu’on sera heureux quand on terminera les études, quand on aura un bon job, après le mariage, quand on aura un bébé, une maison de vacances… Une fois qu’on a le bébé, la maison de vacances… on se dit qu’on sera heureux quand les enfants partiront à la fac, quand ils se marieront. Finalement on se dit qu’on sera heureux quand on sera à la retraite. Malgré tout le bonheur ne vient pas ! Ceci nous renvoie à notre second constat.

2) Le second constat, c’est que cette vie de rêve ne vient jamais, puisque la vie est toujours pleine de défis à atteindre et de projets à terminer.

3) Le troisième constat est qu’il nous arrive complètement d’oublier de délecter l’instant présent.

C’est Blaise Pascal, je crois, qui a dit que : « l’homme vit dans le passé par souvenirs et dans l’avenir par ses projets. Le présent qui est seul réel est insaisissable ». Autrement dit, l’instant présent nous échappe toujours, et parfois il nous échappe avec tout ce qu’il apporte de beau et de meilleur…

Et pourtant ! Le bonheur n’est peut-être pas si lointain, puisque Heureux, c’est d’abord le premier mot du sermon de Jésus sur la montagne. Heureux, c’est comme une nouvelle loi, celle du bonheur ! Par ce mot Jésus vient nous apprendre le projet du Père, nous rappelant que Dieu a créé l’homme pour être heureux. Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés. C’est-à-dire, ceux qui, dans leurs épreuves, misent leur avenir dans cette promesse divine de réconfort.

Dans son sermon sur la montagne, Jésus nous révèle que Dieu, parce qu’il nous aime, nous comblera d’un bonheur qui dépassera tous les désirs qui montent au cœur de l’homme. Cependant, c’est en surmontant les conflits, les luttes et les tensions qu’on pourrait l’obtenir. L’éternité est fruit du temps. D’abord il ne s’agit pas d’un bonheur provisoire. Ce bonheur-là, c’est peut-être Dieu lui-même. Car Dieu est éternelle béatitude ! Les béatitudes promettent bien un bonheur qui ne se réalisera pleinement que dans le monde à venir, le royaume de Dieu, mais cette espérance transfigure déjà le présent. L’avenir heureux que promette Jésus à tous ceux qui sont écrasés par des situations actuellement pénibles. Cet avenir est devenu une réalité présente dans la personne et l’amitié de Jésus. N’oubliez pas que Jésus, c’est Dieu parmi nous. Or, selon l’enseignement de l’Eglise : « Dès l’Ancien testament, Dieu est affirmé comme la seule source de bonheur authentique…ce bonheur s’accomplit dès ici-bas, par les dons que Dieu fait à l’homme fidèle : longue vie, descendance nombreuse, santé, richesse[1]… ». Ceci dit, Les béatitudes sont des promesses à vivre dans l’aujourd’hui de la vie.

N’attendez pas demain pour être heureux. J’insiste là-dessus : ne renvoyez pas le bonheur pour demain. Pourquoi attendre demain pour être heureux quand vous pouvez l’être dès aujourd’hui ? Il y a deux jours dont vous ne devriez pas vous soucier : hier et demain. Hier est passé avec tout ce qu’il a apporté de bon et de mauvais. Demain n’est pas encore là. Vous n’avez qu’aujourd’hui pour être heureux. Et ceci, Jésus l’a déjà fait remarquer à ces disciples en leur disant : «  Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent en des greniers, et votre Père céleste les nourrit ! Ne valez-vous pas plus qu’eux ? » (Mt 6,26). Vous devez apprendre à savourer l’instant présent. Mère Teresa a affirmé que : « Hier n’est plus, demain n’est pas encore. Nous n’avons que ce jour. Mettons-nous à l’œuvre ». Nous n’avons que ce jour pour sauver des vies, faire du bien… Nous n’avons qu’aujourd’hui pour nous rendre heureux et rendre les autres heureux. Profitez de l’instant présent pour être heureux. Il y a quelqu’un qui dit que « le passé et l’avenir sont les voleurs du temps. Il convient de bénir le passé et de l’oublier, de bénir l’avenir dans la certitude des joies sans fin qu’il nous apporte et de vivre pleinement le présent ». Soyons heureux dans l’aujourd’hui de notre vie. Lorsque la Vierge Marie a reçu le message de l’Ange Gabriel, elle n’a pas dit qu’elle sera heureuse. Elle a dit que « désormais tous les âges me diront bienheureuse » (Lc 1,48b). Le bonheur que Dieu nous donne s’actualise hic et nunc (ici et maintenant). Nous devrons imiter la Vierge qui nous montre le chemin.

Souvent, on se dit qu’on sera heureux quand on aura une plus belle voiture, une plus grande maison, quand on pourra partir en vacances, quand on sera à la retraite… ; mais la vérité est qu’il y a toujours un obstacle à franchir et ces obstacles, c’est la vie elle-même. Le bonheur n’est pas forcément un idéal à atteindre. Etre heureux, c’est d’abord un état de vie. Souvent, on attend de grands événements pour qu’on soit heureux (atteindre une nouvelle promotion…). Et pourtant ! On peut être heureux dans les choses les plus simples de la vie. Les mystiques trouvaient leur bonheur dans les choses les plus simples. La petite Thérèse de l’Enfant Jésus trouvait sa béatitude dans les choses les plus simples. « Je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre.. », disait-elle. Au fond, elle est déjà dans un état de béatitude en aimant et en aidant les autres.

Il n’en faut pas beaucoup pour être heureux. Il suffit d’accueillir tous les gens qu’on rencontre avec le sourire plutôt qu’avec les sourcils froncés, avec un mot d’encouragement plutôt qu’avec dédain… Être attentif aux chagrins et aux combats des autres, en comprenant que toute vie comporte des difficultés cachées, qu’elle semble exaltante ou triste.

Être heureux, c’est de pouvoir se réjouir de ce qu’on possède, même si ce n’est pas beaucoup. « Ce n’est pas nécessaire d’avoir plus ce qui est important à l’existence », disait Mahatma Gandhi.

Soyez heureux pour le simple fait d’être en vie.

Soyez heureux pour la famille, les enfants… que Dieu vous donne.

Soyez heureux pour cet ami, ce frère, ce voisin, cet étranger… que Dieu met sur votre chemin.

Soyez heureux pour ce nouveau matin.

Soyez heureux à cause des merveilles que Dieu a accomplies dans votre vie, même quand vous ne vous rendez pas compte de cela, n’empêche que c’est une réalité.

Gilbert Le Mouël dans l’un de ces livres parle de quelqu’un qui rencontre Dieu et qui lui demande : Seigneur pourquoi tu ne fais plus de miracle ? Et le Seigneur lui a réponde : des miracles, j’en ai fait tous les jours. Mais comment veux-tu découvrir la beauté cachée dans une petite fleur au bord du chemin, lorsque vous passez tous les jours à 110 km/h ? Vous aussi, vous devez apprendre à découvrir tout le bonheur qui vous entoure, tout le bonheur que Dieu sème dans votre existence dont vous ne vous rendez même pas compte.

Que Dieu habite votre cœur et vous rende heureux maintenant et pour toujours !

[1] Théo, l’Encyclopédie catholique pour tous, Editions Droguet-Ardant/Fayard, Paris, 1992, P.775.