Légaliser l’invraisemblable : Mgr d’Ornellas s’alarme à propos de la loi de bioéthique

À 10 voix près, le 4 février, le Sénat a adopté en première lecture le projet de révision des lois de bioéthique. Un projet de loi profondément remanié mais qui en maintient la mesure la plus emblématique : l’ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes. Après ce vote, dans une Tribune signée pour Famille Chrétienne, Mgr Pierre d’Ornellas, responsable du groupe de bioéthique des évêques de France appelle les chrétiens à œuvrer pour le « vrai progrès ».

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Le projet de loi relatif à la bioéthique va du Sénat à l’Assemblée. Il aborde des questions vitales, au point d’enclencher une « rupture anthropologique majeure », selon une personnalité de l’État, le Préfet des Pays de la Loire. Quelle « rupture » ? Regardons seulement l’enfant et sa filiation. Les évêques se sont exprimés à ce sujet dans La dignité de la procréation. Lisez-le.

Des questions vitales, au point d’enclencher une « rupture anthropologique majeure »

La notion juridique de « projet parental » s’impose à l’enfant. Il réintroduit le « droit de puissance » sur lui. Voilà déjà une rupture avec le droit de l’enfant reconnu en 1989 par la Communauté internationale qui a établi que toute décision, quelle qu’elle soit, doit être prise dans « la considération primordiale » de « l’intérêt supérieur de l’enfant ». Celui-ci est une « personne » qui a les mêmes « droits fondamentaux » que l’adulte. La dignité humaine n’est pas à géométrie variable ! Mais voici que ce « projet parental » conduit aujourd’hui à légaliser « l’invraisemblable ».

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En effet, il est débattu de savoir comment établir au mieux sa filiation quand l’enfant est issu d’un « projet parental » de deux femmes. Soit celles-ci, grâce à une déclaration anticipée devant notaire, sont reconnues à égalité comme mère du même enfant, sans distinguer celle qui en a accouché de celle qui n’a pas accouché ; soit la mère est celle qui a accouché de l’enfant et l’autre femme devient sa mère grâce à une procédure accélérée d’adoption. La loi peut-elle décréter cette rupture : il n’est plus vrai que la femme qui accouche soit la mère ? Par ailleurs, est-il juste de détourner la loi sur l’adoption – donner des parents à un enfant qui en est privé par les accidents de la vie – au profit d’une femme afin qu’elle soit désignée comme mère d’un enfant auquel la loi impose d’avoir deux mères sans qu’aucun accident de la vie ne l’ait privé de son père ni de sa mère ? Quoi qu’il en soit, l’enfant se verra interdit de fait d’avoir un père. La loi civile n’usurpe-t-elle pas sa mission en instituant une si grave injustice ?

Nous sommes devant une décision politique qui, prise en campagne électorale, s’impose sans que soient écoutés ces arguments éthiques.

Pourquoi accroître le dépistage des variants génétiques qui seraient des signes de maladies qu’on veut éviter à l’enfant non en le guérissant mais en détruisant l’embryon humain ? Allons-nous sans le dire promouvoir l’eugénisme libéral et la fabrication technicienne de l’enfant idéal ? Cela contredit la gratuité qui est essentielle au psychisme de l’enfant : il est charnellement  conçu pour lui-même ; il est un don à recevoir et à aimer comme tel. Cela est parfois difficile. La fraternité est alors capitale pour s’entraider à l’accueillir.

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Face à de telles questions, des arguments éthiques de raison sont avancés dans le débat qui devrait être un « dialogue » : chercher ensemble le meilleur usage des techniques biomédicales qui respecte la dignité chez tous, petits et grands. Or, nous sommes devant une décision politique qui, prise en campagne électorale, s’impose sans que soient écoutés ces arguments éthiques. Ce débat, aveuglé, conduit à la régression. La raison éthique, elle, établit le progrès, pourvu que le dialogue existe.

L’avenir est à celles et ceux qui, faisant confiance à l’éthique, entrent dans le labeur qu’elle exige. Grâce à elle, l’usage des techniques biomédicales sait garder raison pour le plus grand respect de l’enfant. Ce respect est la clef de voûte d’une société avancée. Si la loi de rupture est votée, il reste possible d’attester de la grande beauté de l’être humain et de sa double filiation, paternelle et maternelle. Cela n’est pas du passé ! C’est au contraire un critère de discernement pour progresser.

Les chrétiens sont à leur poste en manifestant cette beauté qui s’exprime aussi par la sérénité et la bonté avec lesquelles est considérée toute personne, quels que soient ses choix. Ils ont vocation à œuvrer, avec d’autres, pour le vrai progrès.

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