Diocèse de Rennes

Homélie de Mgr Pierre d’Ornellas pour la rentrée pastorale 2021

Homélie prononcée par Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, lors de la fête de rentrée pastorale du diocèse de Rennes le 12 septembre 2021, au Sanctuaire de Notre-Dame de La Peinière.

Romains 8, 28-30 – Psaume 12 – Luc 1, 39-56

VOIR AUSSI : reportage sur cette journée

Mes amis,

Quelle est belle cette jeune fille, Marie de Nazareth ! Cette jeune fille qui est une fille de notre race, qui est bien de chez nous, bien humaine. Comme nous l’avons entendu dans la première lecture, elle a été appelée, elle a été rendue juste, et Dieu lui a donné sa Gloire.

Elle est l’Immaculée Conception. Elle est toute pure. Elle est conçue habitée par la Gloire de Dieu. Quand on lit l’Ancien Testament, cette Gloire n’est pas quelque chose d’effrayant, cette Gloire a pour nom ultime la miséricorde, la tendresse (cf. Exode 34). Cette femme qui est ainsi sans aucun péché est toute pure. Qu’est-ce que c’est, la pureté ?
C’est simple, nous l’entendons dans l’Évangile : « Marie se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée ». Qu’est-ce que c’est être pur ? Ce n’est pas simplement une petite rectitude morale, c’est beaucoup plus que ça. La petite Marie, qui est toute pure, est missionnaire. Cette petite Marie, qui est habitée par la Gloire, est missionnaire parce que Dieu, dans sa Gloire, aime tous les hommes et veut être connu de tous les hommes.

Voilà que dans sa Gloire, c’est-à-dire dans son amour, Il est sans cesse en train d’être à notre recherche. Nous l’entendons dans l’Évangile (Luc 15) : Il va chercher la brebis perdue, il va à la recherche de la pièce de monnaie qui est perdue. Quelle joie pour Dieu parce que la brebis perdue a été retrouvée, parce que la pièce de monnaie a été retrouvée, parce que l’enfant prodigue qui est parti au loin a été retrouvé. Marie qui est habitée par cet amour de
Dieu et parce qu’elle est toute pure, est aussi à la recherche de la brebis perdue. Elle part parce qu’elle est missionnaire.

Qu’est-ce que c’est la pureté ? C’est sentir en soi un élan pour aller vers les autres. C’est l’amour de Dieu qui, à un moment ou à un autre, nous presse et nous pousse pour aller vers les autres. Que nous soyons malades dans notre chambre, que nous soyons une personne âgée dépendante dans notre Ehpad, voilà que nous sentons ce mouvement de porter dans la prière, en offrant peut-être les peines de sa vieillesse ou de sa maladie à Dieu, ces personnes qui ne connaissent pas Dieu, ces petits-enfants qui ne sont pas baptisés, ces personnes – auxquelles l’actualité nous fait penser – qui, par exemple en Afghanistan, ne savent pas que Dieu est tendresse et miséricorde.

Oui, dans l’Évangile que nous venons d’entendre, nous contemplons Marie qui est « l’étoile de l’évangélisation ». Elle est la première à partir en chemin vers : « Elle se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse dans une ville de Judée. » Qu’est-ce qui se passe à ce moment-là dans ce contact, dans sa rencontre avec sa vieille cousine Élisabeth ? Ce qu’on appelle une Visitation, c’est-à-dire qu’Élisabeth reconnait celle qui vient : la messagère de Dieu. Voilà qu’Élisabeth reconnait en Marie celle qui porte Celui qui est le Sauveur.

L’évangélisateur ne se prend pas pour le Sauveur, il n’est qu’un humble serviteur mais il porte en lui quelque chose de cet amour qui fait reconnaitre que Dieu sauve, ne condamne pas, guérit, console, raffermit, redonne l’espérance et la confiance. Voilà qu’Élisabeth chante – si je peux dire – en reconnaissant l’évangélisatrice qui est l’humble servante, Marie. Elle reconnait en Marie celle qui lui apporte non pas elle-même, Marie, mais qui apporte autre chose, Jésus, le Sauveur du monde, celui qui est rempli de miséricorde.

Ajoutons encore un mot. Qui est cette Marie ? Bien sûr, elle est toute pure et parce qu’elle est toute pure, elle est l’évangélisatrice, la missionnaire. Elle ne peut pas faire autrement que d’être poussée par cet amour. Nous sommes tous les enfants de la Vierge Marie. Ainsi, le « trésor » de la mère, comme dit sainte Thérèse de Lisieux, est aussi le trésor des enfants.

Voilà que baptisés, confirmés, nous aussi nous sommes poussés si nous écoutons bien la Parole que Dieu prononce dans notre cœur, si nous sommes attentifs à ce que Dieu nous donne comme grâce et comme cadeau, nous sentons, chacun selon sa vocation et son chemin, cette mission d’apporter l’Évangile. Quand des parents découvrent qu’ils sont missionnaires auprès de leurs enfants, quand des grands-parents découvrent qu’ils sont missionnaires auprès de leurs petits-enfants, quand quelqu’un découvre qu’il est missionnaire auprès de son voisin, quand quelqu’un découvre qu’il est missionnaire auprès de ses collègues de travail, voilà l’œuvre de l’amour de Dieu dans les cœurs, voilà l’œuvre de la grâce. En chacun d’entre nous, quel que soit notre âge, cette œuvre de la grâce fait de nous des missionnaires, comme Marie qui est notre « étoile de l’évangélisation ».

Mais qu’a-t-elle cette Marie qui peut nous apprendre ? Vous l’avez entendu dans son chant du Magnificat que nous chanterons après la bénédiction, à la fin de la célébration, Marie est habitée par une certitude, une conviction qui, pour elle, est une évidence car elle est familière des Écritures d’Israël. Ça devrait être une évidence pour tous les missionnaires, pour tous les disciplesmissionnaires dont parle le pape François « sa miséricorde s’étend d’âge en âge. » : Personne n’est exclu de la miséricorde de Dieu, personne n’est exclu de la tendresse de Dieu, quelle que soit son histoire, quelles que soient les ténèbres qui peut-être l’habitent, quels que soient les nœuds ou les insouciances de sa vie, que sais-je. La miséricorde de Dieu qui s’étend d’âge en âge s’étend jusqu’à ce monsieur, jusqu’à cette dame, jusqu’à cet enfant, jusqu’à celui-là.

Comme me l’a confié un jour un père de famille, avec cette confidence magnifique sans peut-être se rendre compte de ce qu’il me disait : « Quand je vois certaines actualités à la télévision, c’est plus fort que moi, Monseigneur, je ne peux pas ne pas prier pour ceux qu’on me montre. » Voilà l’œuvre de la grâce ! Voilà le missionnaire qui prie ! Pourquoi ? Parce qu’il sait que la miséricorde de Dieu s’étend d’âge en âge. Voilà Marie notre missionnaire, voilà Marie l’étoile de l’évangélisation. Si vous le voulez bien, nous pouvons tous la prier en cette Rentrée pastorale de notre diocèse pour que partout où nous sommes, là où nous sommes, soit réveillée en nous la douceur de l’amour qui nous fait sortir de nous pour aller vers avec le souci que Jésus soit aimé et connu, avec le souci que la personne découvre qu’elle est aimée et qu’elle puisse dire : je suis aimée par Dieu.

Quelle merveille de le découvrir et quel honneur d’en être le serviteur, la servante. Quel honneur ! Ce n’est pas une charge, ce n’est pas un poids qu’il faut porter difficilement, c’est un honneur que Dieu nous fait de collaborer à son œuvre comme Marie, fille de Nazareth, qui a été choisie avant même qu’elle soit conçue et qui n’a pas pris cela pour un poids. Tout simplement, elle s’est laissée porter par l’amour de Dieu. Quel honneur d’être serviteur, servante, de l’annonce de l’Évangile, d’une manière ou d’une autre ! Je voudrais le dire à tous ici : une personne, un enfant, une personne âgée, un adulte, un seul qui découvre que Dieu l’aime, ça n’a pas de prix, c’est infini ! Rien n’est plus grand, non pas le nombre, mais un cœur humain qui découvre que Dieu l’aime et qui répond à Dieu en disant : je t’aime, je crois en toi, j’ai confiance en toi.

Si vous le voulez bien, demandons à Notre-Dame de La Peinière qu’elle prie pour nous et qu’elle nous obtienne du Seigneur Jésus la grâce, la puissance et la douceur de l’Esprit Saint pour que nous devenions tous de plus en plus des disciples-missionnaires. S’il y a un Congrès Mission le 1er, 2 et 3 octobre à Rennes, ce n’est pas pour se glorifier de la mission, mais c’est pour devenir de plus en plus des humbles serviteurs de l’évangélisation, de l’œuvre de Dieu. Comme Marie, il s’est penché sur son humble servante, le Congrès Mission qui peut nous rassembler et nous apprendre dans les échanges, est aussi le moment où nous pouvons attendre de Dieu dans le secret de nos cœurs et de notre prière, dans le secret du silence de la prière, que Dieu se penche vers nous, sur moi, et demander ainsi à l’Esprit Saint cette grâce d’être visité par Dieu pour devenir comme naturellement un témoin, un missionnaire, un évangélisateur, là où Dieu nous a placés.

Demandons à Notre-Dame de La Peinière qu’elle prie pour nous et qu’elle nous obtienne cette douce joie d’apporter l’Évangile, là où nous sommes dans notre vie. Soyons sûrs que cette prière, Notre-Dame de La Peinière l’écoute avec beaucoup d’attention comme elle seule, Notre Mère, peut le faire. Prions là au fond de notre cœur.

Approfondir votre lecture