Diocèse de Rennes

Homélie de Mgr d’Ornellas : Jubilé des Sœurs de Rillé (Fougères)

Le 6 juillet 2013, Mgr d’Ornellas était invité à présider la célébration du Jubilé des sœurs de la congrégation des sœurs du Christ Rédempteur, appelées Sœurs de Rillé, en leur maison-mère de Fougères.

Mot d’accueil

Voici que nous célébrons tous ensemble la fidélité de Dieu et le Jubilé des Sœurs.

Au cours de cette célébration nous pourrons méditer ensemble sur le don de la Vie Consacrée, ce don extraordinaire qui n’a pas fini de nous surprendre et qui est vivant dans l’Église et singulièrement ici sur la colline de Rillé et, dans cette célébration nous pouvons mettre dans notre cœur et dans nos mémoires celle qui a commencé : Anne Boivent, consacrée au Seigneur et qui, certainement avec beaucoup d’autres du Ciel, est présente dans l’action de grâce et dans la joie, avec le Seigneur Jésus qui, lui aussi, est rempli de joie.

Homélie

Chères Sœurs jubilaires qui êtes ici ou à Béthanie, sans oublier celles qui n’ont pas pu venir, je voudrais m’adresser à vous d’une façon toute particulière. Mais en m’adressant à vous, je m’adresse aussi à tous ceux et toutes celles qui écoutent, vous les consacrés dans le célibat pour le Royaume, que ce soit, nous les prêtres ou vous les religieuses. Mais vous aussi, familles qui êtes là, engagées d’une manière ou d’une autre, dans la vie familiale, dans la vie conjugale, dans la vie parentale, dans la vie du veuvage, dans la vie de jeunes, dans la vie d’enfants ou peut-être vous qui êtes ici engagés d’une manière ou d’une autre dans la vie célibataire.

Retrouver l’estime du célibat pour le Royaume

Tous ici, nous allons méditer sur ce don que Dieu a fait à l’Église, dès son origine : le célibat pour le Royaume. Nous le savons, au chapitre 19 de saint Matthieu, cela est très clairement dit, et Jésus ajoute en parlant précisément de ce don pour le Royaume : « Que ceux qui ont des oreilles pour entendre, entendent ». Nous connaissons saint Paul qui revendique son célibat pour le Royaume et qui semble dire à certains chrétiens dans l’épître aux Corinthiens : « Je n’ai pas à vous imposer quoi que ce soit, mais je vous le recommande, faites comme moi ». Saint Paul avait en haute estime le « célibat pour le Royaume » ! Dans notre Église aujourd’hui en 2013, en Ille-et-Vilaine, dans notre diocèse, votre Jubilé pour lequel nous rendons grâce, nous invite à retrouver au plus profond de nous-mêmes, l’estime pour ce don si précieux, si magnifique, si lumineux dont nous avons besoin, sans lequel l’Église ne peut pas vivre : la consécration religieuse. Et je voudrais avec vous rendre grâce à Dieu pour ce don.

Mais comment le comprendre ? Pardonnez-moi, pour moi, c’est une évidence et parfois il y a des évidences qu’il faut dire : ce n’est certainement pas en écoutant la télévision, en allant sur Facebook ou en lisant le journal qu’on va comprendre le mystère de la Vie Consacrée ; il y faut autre chose. Dans notre société contemporaine, cet autre chose qui manque pour le comprendre – il faut bien le reconnaître, d’une manière ou d’une autre, au moins dans ce qui s’exprime publiquement, ce signe de la vie consacrée est déconsidéré, voire méprisé, entaché de suspicion, pourquoi ? – c’est simplement cette réalité la plus fondamentale pour l’existence humaine, la plus essentielle de la vie humaine, de tout homme, qu’il soit européen, asiatique, africain ou américain, qu’il soit bébé ou vieillard : l’intériorité qui se nourrit de silence. Comment entendre Dieu s’il n’y a pas le silence intérieur ? Le silence intérieur n’est pas le vide, mais précisément le lieu de la plus grande liberté, le lieu où s’exprime le mieux l’être en recherche de la vérité, et comme le dit magnifiquement Benoît XVI, ce lieu où s’exprime, la « sensibilité à la vérité ».

Répondre à l’appel gratuit de Dieu

Avançons un peu. Cette intériorité, c’est-à-dire cette écoute intérieure du cœur étant présente, alors nous comprenons que le mystère de la Vie Consacrée, c’est le grand mystère de la vraie liberté en réponse à un appel. Personne ne choisit par lui-même la Vie Consacrée. C’est toujours une réponse à un appel. L’intériorité nourrie de silence permet d’entendre cet appel. L’appel est toujours premier, et si l’appel est toujours premier, cela veut dire qu’il est gratuit. Il ne vient pas parce que nous avons fait quelque chose de bien, il n’est pas une récompense. Cet appel n’a aucune explication, il est purement gratuit ! C’est pour cela que la Vie Consacrée est toujours une action de grâce.

Dans cette action de grâce, vient la joie de l’espérance. Nous l’entendons dans les lectures qui ont été choisies pour cette célébration, avec cette petite phrase de saint Paul dans l’épître aux Romains « L’espérance de la gloire ». Bien sûr, saint Paul est celui qui est le plus réaliste qui soit. Il est un mystique vrai qui a les pieds sur terre. Immédiatement il ajoute « bien plus », et à quoi pense-t-il ? À « nos détresses » ! L’espérance de la gloire se vit dans les détresses de notre monde, dans l’aveuglement de notre monde et dans la souffrance de notre monde, dans la fragilité de notre monde. Comme le dit le Pape François dans l’encyclique qui est parue hier : « La foi, qu’il appelle la lumière de l’amour, ne supprime pas les ténèbres, mais elle est une lampe sur notre route et il ajoute « elle nous suffit ».

L’espérance de l’amour pour les blessés de la vie

Voilà que la Vie Consacrée qui est une réponse à un appel de Dieu est une vie humaine qui a été touchée par la « gloire » et qui, du coup, répond en espérant la gloire. Espérer la gloire, où ? pas plus tard, dans le paradis ! C’est l’espérance de la gloire sur terre, dans les détresses. On le constate dans l’histoire de l’Église : ceux et celles qui sont appelés à la Vie Consacrée, d’une manière ou d’une autre, sont toujours ceux qui sont habités par l’amour pour aller en proximité des détresses, les personnes âgées, dépendantes, en fin de vie, les personnes handicapées, les personnes laissées sur le bord de la route à cause des conditions sociales précaires, les personnes sans papiers qui sont méprisées, les détenus que nous jugeons comme des coupables alors que c’est nous-mêmes qui sommes coupables, nous qui n’avons pas fait ce qu’il fallait pour les accompagner dans leur vie, dans leur croissance éducative, tous ces hommes et ces femmes qui sont pris dans ces détresses.

La personne consacrée reconnaît qu’elle-même vit la « détresse » de son manque d’amour, de son péché, et elle se sent envoyée par le Christ qui s’est fait proche de toutes détresses. La personne consacrée a ce privilège d’avoir été touchée par la gloire de l’Amour. C’est ainsi que, dans cette détresse, elle peut vivre la « persévérance » et cette persévérance se transforme en espérance. Elle est témoin de quelque chose qu’elle a reçu gratuitement, non pour elle mais pour les personnes qui sont dans la détresse afin qu’elles comprennent que l’espérance est possible, que l’espérance n’est pas une illusion. Ainsi, cette espérance de la gloire, c’est l’espérance de la gloire sur le visage de nos frères et sœurs blessés par la vie, c’est l’espérance de la gloire sur un visage en chair et en os qui vit sa fragilité. Cette fragilité n’est pas une indignité mais le lieu où le Seigneur Jésus s’approche par la personne consacrée pour faire luire « l’espérance qui n’est pas vaine », comme dit saint Paul.

Saint Paul écrit aux Romains. Or, les « chrétiens » de Rome sont persécutés ; ils servent de torches pour éclairer la ville de Rome, les chrétiens sont livrés en pâture dans les cirques aux bêtes et aux gladiateurs. Pourtant saint Paul, dans ces détresses inouïes des chrétiens qui seront persécutés pendant trois siècles, écrit : « L’espérance ne trompe pas parce que l’amour a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné ». La Vie Consacrée, c’est l’amour, comme dit le Pape François, l’amour originel, l’amour qui est à l’origine de tout et qui est fidèle, l’amour qui est capable de garantir la vie au-delà de la mort. Cet amour est fidèle pour toute personne qui est suscitée dans la vie dès sa conception jusqu’à sa mort naturelle. Cet amour infiniment fidèle pour chaque personne est présent au milieu des détresses de l’existence et se déploie en gloire sur le visage de tout homme et de toute femme. Le privilège de la Vie Consacrée, c’est de le savoir, c’est d’avoir reçu cette lumière de la foi et d’y avoir répondu en se donnant totalement.

La si belle prière du Gloire à Dieu

Alors, chères Sœurs, pour ce Jubilé qui est le vôtre, pour lequel nous rendons grâce, je voudrais tout simplement, à ma petite place à moi, vous faire un cadeau. Je ne sais pas si vous y avez réfléchi mais je voudrais vous donner ce cadeau comme si vous le receviez pour la première fois, c’est-à-dire avec un cœur jeune, neuf, car la Vie Consacrée nous garde toujours jeunes et je le vois dans votre joie. À chaque fois que je viens ici, je suis touché par votre joie et aussi par la qualité de votre charité, cela m’évangélise, me fait du bien. Quand je vois votre joie, je vois bien la jeunesse de la Vie Consacrée. Comme me l’a dit tout récemment mon vieux papa qui est malade et qui a 92 ans : « En voyant les petites Sœurs, leur joie, on dirait qu’elles ont prononcé leurs vœux hier ». Ce n’est pas si faux, il a bien vu la jeunesse de la Vie Consacrée.

Alors je voudrais vous faire un cadeau que vous recevez pour la première fois, comme si cela devenait votre prière. Je vous donne une prière qui vient du fond des âges, vraisemblablement du IIIe siècle. Plus je l’écoute, comme nous venons de le chanter, plus j’en comprends la profondeur. Cette prière qui reprend la parole de l’ange dans l’évangile de saint Matthieu « Gloire à Dieu au plus haut des Cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime » Immédiatement après : « Nous te louons, nous te bénissons, nous te rendons grâce pour ton immense gloire, Seigneur Dieu, Roi du Ciel, Dieu le Père tout-puissant ». Je vous invite à lire de façon contemplative cette prière que vous pouvez prononcer du plus profond de votre cœur, comme étant votre prière d’action de grâce.

Cette prière d’action de grâce, c’est la prière qui est toute orientée vers Jésus dans le mystère de son Ascension : « Je monte vers mon Père et votre Père, Je monte vers mon Dieu et votre Dieu ». Nous lui demandons : « Toi qui es assis à la droite du Père, reçois notre prière ». Mais nous connaissons nos détresses, alors nous lui disons : « Prends pitié de nous ». Puis, dans la louange, nous confessons avec amour : « Toi seul es saint, Toi seul es Seigneur ». Il me semble que dans cette prière du « Gloire à Dieu », nous trouvons quelque chose de la Vie Consacrée qui reconnaît « l’immense gloire » de Dieu qui vous a touchées, qui vous a appelées et auquel vous avez répondu. Oui, que cette prière du « Gloire à Dieu » soit pour vous une découverte nouvelle comme si vous scrutiez chaque mot de cette prière. Je ne crois pas qu’il y ait d’autre prière qui chante ainsi la Gloire de Dieu, qui soit équivalente. Plus j’avance, plus je découvre la profondeur de cette prière où nous bénissons Dieu, où nous le louons, où nous lui rendons grâce pour son immense Gloire.

Chères Sœurs, que cette prière du « Gloire à Dieu » où nous confessons la sainteté de Jésus, lui qui seul est saint, soit pour vous votre manière contemplative, silencieuse, personnelle ou fraternelle pour dire chaque jour après ce Jubilé votre action de grâce pour l’immense miséricorde de Dieu qui vous a choisies afin que vous témoigniez de son amour auprès de ses enfants blessés. Merci