« La fraternité, l’horizon de toute société »

Paru dans Ouest-France – lundi 5 avril 2021

La fraternité est l’horizon de toute société. Pâques le manifeste. Jésus, le Christ Ressuscité, confie son message à une femme : « Va trouver mes frères et dis-leur… » Non pas mes serviteurs ni mes disciples, mais « mes frères ». Parole de fraternité et non de pouvoir !

Nous, évêques, comme nous l’avons écrit aux catholiques de France, nous reconnaissons que des prêtres ont manqué gravement à cette fraternité en blessant durablement des enfants par des abus sexuels. Nous voulons accompagner les personnes victimes – merci à elles d’avoir parlé ! – et recevoir d’elles leur cri nous enjoignant de ne plus jamais dériver vers ce pouvoir mortifère qui engendre tant de mal et de souffrances. Pour ce mal commis qui nous fait honte, nous demandons pardon à Dieu qui veut la fraternité entre tous les humains.

La fraternité, repère intangible dans l’Église

La fraternité est un repère intangible dans l’Église et en nos sociétés : vivre humainement n’est véritable que dans le respect de la dignité de tout être humain considéré comme une personne, c’est-à-dire comme toujours plus grand que ce qu’on imagine. Nous, prêtres, ne devons jamais l’oublier !

Ce respect inspire des relations justes entre l’adulte et l’enfant, tous les deux ayant la même dignité d’être humain, chacun étant une personne. L’autorité que cherche implicitement l’enfant pour grandir n’est pas un pouvoir mais un service de sa liberté. Il a besoin d’une boussole pour ne pas sombrer dans le caprice qui est comme une aiguille folle sans nord. Le service de l’autorité enfante un être libre, maître de lui-même et capable de relations pacifiques et respectueuses. Le caprice laisse l’enfant à ses désirs sans direction et fait de lui un être humain basant ses relations sur la violence de ses pulsions.

Les soins palliatifs illustrent magnifiquement la fraternité

Cette fraternité sonne comme un appel quand des frères et sœurs vivent des situations de grande vulnérabilité, en particulier en fin de vie et quand ils sont atteints d’une maladie incurable. Vivre la fraternité consiste à les accompagner le mieux possible de telle sorte qu’ils ne souffrent pas. Les soins palliatifs sont devenus une science et un savoir-faire remarquables, capables de s’adapter à chaque situation. Tout citoyen y a droit. Le 2 février 2016, la loi, prolongeant celle du 22 avril 2005, les a inscrits comme une obligation : interdiction de tout acharnement thérapeutique ; promotion de l’accompagnement ; exigence de collégialité médicale, en dialogue avec la personne vulnérable ou son représentant, pour mettre en œuvre une sédation profonde et continue jusqu’au décès, quand c’est le seul moyen d’apaiser. La loi oblige à considérer ses directives anticipées pour sa fin de vie, si celles-ci ne comportent pas une contre-indication médicale.

L’intention est uniquement l’accompagnement jusqu’à la mort naturelle. Il a un double but : permettre à la personne de réaliser encore des rêves et des projets, tant que cela est encore possible ; l’apaiser en lui évitant de souffrir. Les soins palliatifs illustrent magnifiquement la fraternité grâce à laquelle chacun se sent respecter et vit en confiance car les soignants seront toujours là pour accompagner et apaiser toute douleur.

L’euthanasie, appelée « aide active permettant une mort rapide » dans la proposition de loi dont les députés vont débattre, a pour intention la mort, qui est une mort provoquée. Légaliser cette aide active manifesterait une méconnaissance de l’accompagnement tel qu’il est pratiqué chaque jour. Ce serait un recul de notre société dont la vocation est la fraternité. Comment un frère peut-il donner la mort à un frère ?

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Mgr d'Ornellas_©Michel Ogier

Mgr d'Ornellas © Michel Ogier

Monseigneur Pierre d’Ornellas
Archevêque de Rennes, Dol et Saint-Malo,
Président de la Commission épiscopale pour la catéchèse et le catéchuménat,
chargé des questions bioéthiques pour les évêques de France