« Je t'admire beaucoup, Bernadette. »

« Je t’admire beaucoup, Bernadette d’avoir eu la constance et le courage d’honorer dix-huit fois ton rendez-vous. Ce n’est pas rien. Malgré les problèmes, les interdictions ou la réprobation de toutes les autorités, tes parents, la police, l’école, le clergé. Le 22 février, après que tu as encore désobéi pour te rendre une quatrième fois à la grotte, ton confesseur l’abbé Pomian, impressionné par ta détermination, se résout à te dire :« On n’a pas le droit de t’en empêcher.»

Mais si les femmes, puis les gens du peuple commencent à te suivre, la réprobation des administrations n’en devient que plus grande au fur et à mesure des semaines. Tant pis, l’appel est impérieux, tu y réponds. Je t’admire pour cela, Bernadette.

Ce n’est pas rien, de se mettre à dos toute la bien-pensance, le bon sens, l’ordre public, la pensée unique de l’élite « instruite » et « intelligente » qui ricane ou s’offusque de ce qu’elle juge superstition. Bien sûr ils te soupçonnent soit d’être folle, soit de vouloir tirer quelque intérêt de cette histoire: comment en serait-il autrement, eux qui ignorent dans leur chair le sens du mot gratuité, qui ne cherchent dans la vie que les moyens de tirer profit de tout? Mais ils ont beau t’épier et t’examiner, t’envoyer la police et la médecine, ta santé mentale et ton désintéressement ne font que se confirmer à mesure que le temps passe et que l’histoire prend de l’ampleur.

Tu as quatorze ans à peine et la taille d’une enfant de dix ans, tu es la fille d’une famille de déchus et de réprouvés, tu ne sais ni lire ni écrire, tu n’as pas encore fait ta communion, tu commences tout juste les cours de catéchisme, et pourtant tu leur fais face, à tous ces grands messieurs. Parce que tu es toi, celle qui sait qu’elle voit alors qu’eux sont aveugles, celle qui n’en tire pas d’orgueil, ayant appris l’humilité depuis longtemps, mais une assurance indestructible. Tu te possèdes, ta vision te donne ta seconde nature, qui était ta nature cachée.

Même tes partisans, tu les as choqués. Ce jour où tu t’es traînée à quatre pattes dans la boue de la grotte et où tu as mangé de l’herbe comme une bête. Ta tante Bernarde, rouge de honte, t’a envoyé une claque, et la foule s’est retirée dans un murmure de gêne, gênée de t’avoir fait confiance. Tu as vécu jusqu’au bout ce que tu avais à vivre, et nous n’avons pas à l’occulter, mais à tenter d’en tirer enseignement.

Ce n’est pas rien, d’avoir fait de ce lieu le premier centre de pèlerinage mondial. Les apparitions de la Vierge ne se comptaient plus en ton temps, notamment dans les montagnes, et notamment dans les Pyrénées où certaines étaient déjà fameuses, comme Bétharram, Garaison ou Héas. Ta fidélité, ta droiture, ta constance, ton courage, ta détermination, ton sens des responsabilités, et disons-le ton amour supérieur de ta vision, ont fait la différence. Le peuple l’a vite senti, il se passait ici quelque chose de grand, de très grand. Dix-huit fois en cinq mois tu es allée rencontrer la Vierge, autant de fois et de temps qu’il a fallu pour qu’elle se transforme de « Cela » en « Immaculée Conception», de «petite demoiselle » en «  Dame », pour qu’elle puisse délivrer son message et que tu le portes et le rapportes, autant de fois et de temps que nécessaire, malgré les difficultés, les embûches, les moqueries, les insultes et les empêchements, pour aller au bout de cette grande oeuvre.

Et l’on peut continuer à penser ce que l’on veut de Lourdes, à le moquer et le déplorer, c’est un lieu qui reste précieux pour des millions de personnes dans le monde, des millions de personnes de toutes confessions, et même pour certains mécréants comme moi, fille de communistes et libre penseuse sans catéchisme, qui ai fini par comprendre un peu ce qui s’y passait. Un lieu pour les souffrants qui n’ont pas oublié la possibilité de la consolation, qui n’ont pas oublié que le mystère de l’amour est plus fort que le mystère de la mort. »

Extrait du livre d’Alina Reyes « La jeune fille et la Vierge » Ed. Bayard – mars 2008, p 77-79

« La cueilleuse de bois »

Elle était bonne sœur au couvent de Nevers
une sœur ordinaire
en tout point exemplaire,
récitant chaque jour maints avés et maints paters.

Souriante elle était sous sa blanche cornette
heureuse de son sort,
mais dès qu’elle s’endort
ses souvenirs d’enfant reviennent dans sa tête.
Au profond de la nuit dans le sombre dortoir
sans doute songe-t-elle
au creux de Massabielle,
là-même où dix-huit fois la Vierge vint la voir,
sans doute songe-t-elle à ce vieux commissaire.

Face à l’homme de loi elle affirmait sa foi
faisant preuve en ce temps d’un courage exemplaire.

Où pense-t-elle enfin à ceux qui l’entouraient
à sa pieuse mère,
à son valeureux père,
ses deux pauvres parents qui si fort l’adoraient.

Vous l’avez deviné cette simple fillette
ramasseuse de bois
près du Gave autrefois,
femme sainte aujourd’hui, s’appelait Bernadette.

Raymond Billard, août 2011

Témoignage de Julie Garros (Ste Bernadette à Nevers)

Peu après son admission à Saint-Gildard où Julie, son amie d’enfance, devait faire son noviciat, elle avait été affectée à l’infirmerie. Sœur Marie-Bernard (Bernadette), avec l’accord de l’infirmière en titre, lui apprenait les soins élémentaires utiles à toute aide-soignante. Connaissant sa force de caractère et ses capacités de résistance, elle n’hésita pas à la confronter à des situations difficiles.

Un jour, elle lui avait demandé d’aller promener une sœur aveugle. Avant de la lui confier, elle lui fit cette recommandation: « Tu en auras soin comme si c’était le Bon Dieu. » Julie ne put s’empêcher de réagir à ce qu’elle considérait comme une mesure de faveur envers cette sœur qui, en outre, ne portait même pas « tout son costume religieux ». Elle lui lança : « Ah ! Il y a bien de la différence! »

Sœur Marie-Bernard se contenta de lui répondre: « Tu viendras le voir ce soir. »

Laissons Julie relater la suite : « J’y allais et je vis la plaie de cette malade peuplée de vers que Bernadette recevait dans un plat. Je ne pus supporter ce spectacle. Bernadette me dit: « Quelle sœur  de Charité tu feras ! Tu as peu de foi. » Le lendemain, je revins et j’assistai au pansement de la malade mais sans toucher la plaie. Bernadette pansait très délicatement. »

Cette sœur étant morte, Sœur Marie-Bernard lui demanda de l’aider à la toilette mortuaire. Devant son refus, elle lui dit : « Tu es une poltronne. Tu ne feras jamais une sœur de Charité. »

Elle allait pourtant être une excellente infirmière et n’oublierait jamais les derniers conseils que lui donna son amie quand elle reçut son affectation pour un hospice : « N’oublie pas de voir Notre-Seigneur dans la personne du pauvre. Plus il est dégoûtant, plus il faut l’aimer… Quand on soigne un malade, il faut se retirer avant de recevoir un remerciement… On est suffisamment récompensé par l’honneur de lui donner des soins. »

Françoise BOUCHARD « Ste Bernadette, la voie de la simplicité » Ed. Salvator
Paris 2006 – « La force de l’espérance » ch. 9 p 232-233.

Hospitalité diocésaine Rennaise Notre Dame de Lourdes

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