La beauté et la grandeur du dialogue

Extrait de Bioéthique. Questions pour un discernement publié en 2009 par Mgr Pierre d’Ornellas et les évêques du groupe de travail sur la bioéthique.

Le dialogue est d’autant plus nécessaire que les problèmes sont ardus. Face à la complexité de la science biomédicale et devant les enjeux d’humanité qu’elle soulève, l’opinion ne suffit pas. De même, aucun savoir particulier n’est suffisant. Le dialogue va au-delà d’un échange d’opinions et d’un partage des savoirs. Il invite à écouter la parole d’autrui. Il engage à risquer sa propre parole. En définitive, il est le lieu où les paroles se confrontent respectueusement pour que jaillisse une parole neuve, enrichie de l’apport réfléchi des paroles dont elle procède.

Comme le mot l’indique, le dialogue est service du « lógos », c’est-à-dire de la vérité que les partenaires admettent ne pas confisquer mais veulent sincèrement chercher ensemble. Cette recherche de la vérité devient en quelque sorte la lampe du dialogue, qui sort de la simple confrontation de points de vue subjectifs. Selon l’antique leçon socratique, il est plutôt l’organisation de la parole au service de la raison. Chacun, avec la cordialité de son cœur et la richesse de son expérience, s’engage ainsi pour servir une vérité qui le dépasse comme elle dépasse chacun des interlocuteurs. Alors le dialogue est fructueux. C’est dans ce service de la vérité que la rencontre des mondes culturel, philosophique, scientifique et religieux produit son fruit.

Le dialogue ne peut faire l’économie d’une éthique de la discussion. Celle-ci traite chacun des participants sur un pied d’égalité, au sein d’un espace de liberté fondé sur le respect des personnes. Mais elle ne suffit pas. Il y faut l’amour de la vérité, même quand elle est encore voilée.

Le dialogue ne conduit donc pas à élaborer un consensus par le « moins disant éthique ». Il n’est pas une stratégie. Il n’accepte pas l’obscurantisme et trouve sa dynamique dans l’estime de tout l’homme et de tout homme. Il naît de la confiance dans la raison et dans sa capacité de chercher la voie juste et vraie. Il se défie du scepticisme car il estime a priori que cette voie existe et peut être trouvée. C’est pourquoi, il réclame l’écoute attentive et la réflexion persévérante chez tous et chacun.

Le christianisme est sensible à la dimension du dialogue qui unit l’amour à la vérité et la vérité à l’amour. « Parce que l’amour est riche de vérité, l’homme peut le comprendre dans la richesse de ses valeurs, le partager et le communiquer. La vérité est, en effet, lógos qui crée un diá-logos et donc une communication et une communion. En aidant les hommes à aller au-delà de leurs opinions et de leurs sensations subjectives, la vérité leur permet de dépasser les déterminismes culturels et historiques et de se rencontrer dans la reconnaissance de la substance et de la valeur des choses. La vérité ouvre et unit les intelligences dans le lógos de l’amour : l’annonce et le témoignage chrétien de l’amour résident en cela. » (Benoît XVI, L’amour dans la vérité, 29 juin 2009, n. 4.)

Mgr Pierre d’Ornellas et les évêques du groupe de travail sur la bioéthique, Bioéthique. Questions pour un discernement, Lethielleux/DDB, 2009, pp. 10-12.