Diocèse de Rennes

Une riche correspondance entre Marcel Callo et sa fiancée Marguerite

A gauche, Michel Chauvin, qui a hérité des lettre échangées entre Marcel Callo et sa fiancée Marguerite. Il les partage désormais avec Mgr Pierre Pierre d’Ornellas (au centre) et Thomas Gueydier (à droite), postulateur de la cause de canonisation du bienheureux Marcel Callo.

RCF Alpha a rencontré Michel Chauvin, filleul de Marguerite, la fiancée de Marcel Callo. Il dévoilera le 18 avril, à l’occasion de la création d’une chapelle dédiée au bienheureux, à Rennes, une lettre inédite de Marcel envoyée à sa fiancée. Le jeune rennais était alors déporté en Allemagne.

Marcel Callo est mort le 19 mars 1945 en déportation à Mauthausen (Autriche), alors que l’Allemagne nazie était déjà quasiment vaincue. On détient actuellement 97 lettres écrites de sa main alors qu’il était en Autriche pour le STO (Service du Travail Obligatoire), envoyée à sa fiancée Marguerite, restée à Rennes.
Plus d’infos sur la vie de Marcel Callo : http://marcelcallo.com.

ECOUTER cet interview sur RCF Alpha : diffusion le 18 avril à 9h

La mémoire de Marcel Callo s’est-elle transmise dans votre famille ?

J’ai connu l’histoire de Marcel par l’intermédiaire de Marguerite, ma marraine.  Depuis que je suis tout petit, j’ai toujours entendu parler de Marcel. D’ailleurs Marcel, c’est mon deuxième prénom, choisit par Marguerite. Pour elle, Marcel c’était sa vie, son projet, et jusqu’à son décès en 1992, elle en parlait régulièrement. Je l’ai connu par le biais des photos qu’elle avait chez elle, d’une centaine de lettres que Marcel lui avait écrit des camps. A son décès, j’ai récupéré ces documents. Depuis maintenant un an, je travaille avec le diocèse de Rennes pour perpétuer la mémoire de Marcel.

Marcel Callo, à gauche, en 1943 au STO à Stella-Maris

Quand vous étiez enfant, comment voyiez-vous Marcel ?

Au début, c’était un peu l’inconnu, Marguerite m’avait expliqué très rapidement qui il était pour elle : sa vie de jociste, un rennais qui était imprimeur typographe à Rennes. Après, elle me l’a réexpliqué régulièrement. Elle m’a expliqué tout le cheminement depuis l’archevêché jusqu’à Rome pour faire en sorte que la béatification ait lieu en 1987. Nous l’avions accompagné, mon épouse et moi, à Rome, avec tout un train qui avait été organisé par le diocèse.

Vous êtes le dépositaire des lettres de Marcel. Qu’apportent-elles ?

Dans ces centaines de lettres, au début, Marcel et Marguerite se donnent des informations sur leurs vies respectives, aussi bien à Rennes que dans le camp. Mais très rapidement, ils évoquent aussi leur mariage. Il est clair que Marcel et Marguerite devaient se marier au retour. Ce qui m’a marqué, c’est la foi, la religion, qui est toujours permanente dans toutes les lettres. Il est fait référence au Christ, à la foi, que ce soit pour leur futur mariage ou pour le travail spirituel, en tant que jociste, que fait Marcel dans les camps.

Au centre de la fresque réalisée en 2015 devant la basilique Notre-Dame de Bonne-Nouvelle à Rennes, Marcel et Marguerite. Entre eux deux, la croix de fleurs d’immortelles devant laquelle prieront Marcel et ses compagnons de détention en Allemagne

Pour son futur mariage, était-il confiant, espérait-il sortir de cet enfer ?

Dans plusieurs courriers, effectivement, et d’ailleurs dans l’une des lettres qui est exposée en ce moment à l’archevêché, Marcel demande à Marguerite de faire le nécessaire auprès de la mairie, de préparer les documents, mais aussi de préparer les familles de Marcel et de Marguerite à leur prochain mariage.

Marcel était soumis à un régime extrêmement dur puisqu’il était fiché comme « trop catholique ». A-t-il gardé la foi malgré tout ?

Oui, mais à la lecture des lettres, on voit bien que c’était de plus en plus dur. De voir ses camarades soumis à des pressions physiques, morales… cela ne faisait que renforcer sa foi, renforcer son désir d’aider son prochain, d’aider les autres, et il est allé jusqu’au bout de sa démarche.

Il est allé là-bas dans un premier temps pour répondre au STO. Il avait cette obligation car il craignait aussi pour son frère et pour ses parents. Il aurait pu très bien l’éviter. Il a travaillé dans des usines, puis rapidement – on le voit également à la lecture des documents – il prend fait et cause pour les opprimés. Ce qui amènera d’ailleurs la Gestapo à l’arrêter, ainsi que d’autres jocistes jugés « trop catholiques ».