Mode d’emploi pour contempler une œuvre : Sortir du « j’aime », « je n’aime pas »

Pour apprécier une œuvre, il faut un peu de temps, comme pour connaître une personne. Passer devant donnera une « impression » – comme le dit bien ce mot – « une marque superficielle ». Contempler ne signifie pas regarder quelque chose qu’on aime, mais s’absorber dans l’observation de chaque détail en prenant son temps.

Guénola Rebour de Villanfray, membre de la Commission diocésaine d’Art sacré
Triptyque de l’Apocalypse, Augustin Frison-Roche, cathédrale Saint-Vincent, Saint-Malo

 

Vue d’ensemble

Pour contempler un tableau, il s’agit d’abord d’être un peu à distance afin de voir les grandes masses de couleurs, les lignes de force, les plans inhabituels qui donneront l’énergie avec laquelle le peintre a voulu traiter son sujet. Vous déterminerez d’emblée le parti pris par le peintre pour un traitement chaotique ou ordonné, lumineux ou sombre, figuré ou suggéré, coloré ou neutre, foisonnant ou sobre…

Se rapprocher

Puis, rapprochez-vous et promenez votre regard dans la toile, découvrez-y des détails, la délicatesse d’une main, d’un regard, un animal caché ou pour des natures mortes celle d’un plumage, le rendu d’un tissu, d’un verre. Les jeux de couleurs les unes par rapport aux autres, les jeux de lumières, ceux d’opacité, de brillance et de transparence.

Regarder la touche

Enfin, approchez-vous très près de façon à apprécier le « grain de peau » du tableau : les touches, leur direction, leur vivacité ou leur invisibilité. Prendre la mesure dont le pinceau a successivement touché la toile. La façon dont les pigments sont installés, leur intensité. Bref, imaginez le peintre en action donnant de grands coups de brosses ou s’appliquant dans le reflet d’une perle, imaginant son sujet ou le copiant, en travaillant en atelier ou à l’extérieur.

Il y a plusieurs niveaux de lecture : une lecture de loin, où l’on distingue les grandes masses de couleurs et les principaux personnages et une lecture de plus près qui permet de découvrir des tableaux dans le tableau.
Augustin Frison-Roche à propos de son œuvre la fresque de l’Apocalypse

Revenir à une vue englobante

À présent reculer à la distance qu’il vous plaira pour que votre œil l’englobe totalement et voyez ce qui vous a surpris, repoussé ou attiré au premier abord, avec l’idée que le peintre a voulu vous faire passer un message. Vous avez pu observer le support et chaque détail de ce message pour enfin percevoir plus précisément l’impression finale que vous en garderez.

Vous ne serez plus dans « j’aime cette œuvre » mais « que m’a dit cette œuvre » ?