Enseignement/ Avent/ Noël

Enseignement/ Avent/ Noël (Alain FERRE, novembre 2017)

En vivant l’Avent, nous nous préparons à fêter Noël

Que nous soyons croyant ou non, nous constatons que, d’une certaine façon, une année est rythmée, imprégnée par les temps liturgiques : on parle des vacances de la Toussaint, de Noël, quelquefois encore de Pâques… Comme chrétiens, nous avons une chance inouïe de pouvoir être nourri dans notre foi avec tous ces temps liturgiques… Alors essayons de creuser ce temps de l’Avent qui nous prépare à célébrer Noël.

I – En vivant l’Avent…

Quel est le sens de l’Avent ?

L’Avent – adventus, venue, évènement – est la période où nous nous préparons intérieurement à célébrer cet évènement décisif pour l’humanité : Dieu s’est fait homme parmi les hommes, en son Fils Jésus. De sa naissance à sa mort sur la Croix, Jésus le Christ a partagé en tout notre condition humaine, à l’exception du péché. Pendant l’Avent nous nous préparons à célébrer simultanément la venue du Christ à Bethléem il y a deux mille ans, sa venue dans notre cœur encore aujourd’hui, et son avènement dans la gloire à la fin des temps : « Il est venu, il vient, il reviendra ». Alors chacun est appelé à la vigilance et au changement de vie. La parole des prophètes et les textes de l’évangile, tout au long des dimanches de l’Avent, redisent la nécessité de la conversion et de la préparation du cœur.

L’Avent dans la Bible ?

Pendant les messes de l’Avent, les lectures rappellent d’abord la longue attente par les Hébreux du Sauveur annoncé par Dieu : « Un rameau sortira de la souche de Jessé (père de David), un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur. Il ne jugera pas d’après les apparences, il ne tranchera pas d’après ce qu’il entend dire. Il jugera les petits avec justice, il tranchera avec droiture en faveur des pauvres du pays…» (Isaïe 11,1-10).

Les lectures de l’Avent rappellent également comment fut conçu et attendu l’enfant Jésus : l’ange Gabriel apparaît à Marie et lui annonce qu’elle va « concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus (…) L’Esprit Saint viendra sur toi, et le puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu » (Luc 1,26-38).

Jean-Baptiste, fils d’Elizabeth et cousin de Jésus, appelait ses proches, ses auditeurs, à la conversion et annonçait la venue imminente du Fils de Dieu en ces termes : « Moi, je vous baptise dans l’eau, pour vous amener à la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu » (Marc 1,1-8, Jean 1, 19.2). De même, le temps de l’Avent appelle à la conversion intérieure. Les célébrations rappellent, en permanence et avec force, que les fidèles doivent être mobilisés spirituellement pour que la foi soit un ferment constant de renouvellement personnel et social autant que de confiance dans l’avenir.

Avent : qu’attendons-nous?

En entrant dans l’Avent, nous sommes marqués par la figure de Marie qui attend son enfant. Mais nous, qu’attendons-nous ? L’Avent est un temps d’attente, et c’est pourquoi on peut considérer ce temps liturgique comme un temps de gestation. Mais ce temps est marqué par la figure de Marie, la femme qui attend la naissance de Jésus : or la Tradition voit dans la personne de Marie en attente de la naissance de Jésus, une figure de l’Église qui attend la réalisation des promesses.

C’est ce qui peut nous inviter à considérer l’Église comme un corps en gestation. Qu’est-ce que l’Église attend vraiment ? Mais l’Eglise, c’est nous, chacun de nous comme membres du corps-Eglise. Alors, oui, qu’attendons-nous vraiment ? On attend de fêter un évènement, un avènement, une manifestation qui a bouleversé l’histoire humaine : l’incarnation du Fils de Dieu dans notre histoire humaine.

On comprend alors que durant le temps de Noël, plus précisément le 27 décembre, le jour où l’Église fait mémoire de l’apôtre Jean, la liturgie fera résonner le début de la première lettre de saint Jean : « Ce qui était depuis le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons contemplé de nos yeux, ce que nous avons vu et que nos mains ont touché, c’est le Verbe, la Parole de la vie. Oui, la vie s’est manifestée, nous l’avons contemplée, et nous portons témoignage : nous vous annonçons cette vie éternelle qui était auprès du Père et qui s’est manifestée à nous. Ce que nous avons contemplé, ce que nous avons entendu, nous vous l’annonçons à vous aussi, pour que, vous aussi, vous soyez en communion avec nous. Et nous, nous sommes en communion avec le Père et avec son Fils, Jésus-Christ. Et c’est nous qui écrivons cela, afin que nous ayons la plénitude de la joie » (1 Jean 1, 1-4).

Un temps de joie

L’Avent et Noël font donc mémoire de la manifestation de Dieu dans l’histoire des hommes et c’est pourquoi effectivement, il est juste de parler de ce temps comme un temps de joie. Mais la joie ne vient pas tellement de la naissance de l’enfant, que de ce qu’elle signifie : Dieu avec nous, comme on l’entendra le 4è dimanche de l’Avent pendant la lecture de la prophétie d’Isaïe 7 : « Le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la jeune femme est enceinte, elle enfantera un fils, et on l’appellera Emmanuel, c’est-à-dire : Dieu-avec-nous). » (Isaïe 7,14).

La venue du Christ à la fin des temps

En réalité, le temps de l’Avent est moins un temps où l’on fait mémoire de la naissance de Jésus dans la chair, qu’un temps où l’Église oriente nos regards vers la venue du Christ à la fin des temps. Adventus en latin signifie venue, mais une venue dont la naissance à Bethléem était la première réalisation, qui surtout annonçait la venue plénière à la fin des temps.

On peut dire qu’il y a trois venues que l’on décline comme le tiercé dans le désordre : 1, 3 et enfin 2. La première, c’est donc la naissance de Jésus à Bethléem il y a un peu plus de 2000 ans. Dieu s’est fait homme parmi les hommes. La troisième venue, c’est l’attente du retour du Christ dans la gloire. Nous le chantons au cœur de l’Eucharistie : « nous attendons ta venue dans la gloire ».

La gestation dont nous faisons mémoire durant l’Avent, ce n’est pas seulement celle de Marie, mais celle du Royaume. On sait que dans l’Évangile, Jésus parle du Royaume de Dieu avec des images, la graine de moutarde, la levure qui fait lever la pâte : des images qui disent la gestation du Royaume. Si l’on peut dire que l’Église est en gestation, c’est parce qu’elle attend et prépare le Royaume dont elle est déjà une certaine réalisation. C’est pour cela que la fin de l’année liturgique rejoint le début. Ce que nous avons célébré le premier dimanche de l’Avent et ce que nous avons célébré lors de la fête du Christ Roi de l’univers, se rejoignent intimement : l’Église attend la réalisation du Royaume de justice et de paix inauguré par la Pâque du Christ.

Rester dans la vigilance

Mais entre la première et la troisième venue, il y en a une deuxième. Et ce temps intermédiaire, c’est aujourd’hui. Chaque jour, le Seigneur vient, si nous l’accueillons. Et c’est pourquoi, le premier dimanche de l’Avent est placé sous le signe de la vigilance : la vigilance, c’est la vertu par excellence d’une Église en gestation, d’un peuple de chrétiens qui vit aujourd’hui concrètement la conversion à l’amour de Dieu et à l’amour des frères. On a beaucoup chanté autrefois ce chant de Noël Colombier : « C’est Noël chaque jour, car Noël, ô mon frère, c’est l’amour ».

II – Nous nous préparons à fêter Noël

Le sens de Noël

Pour les chrétiens, la fête de Noël (du latin natalis, « naissance », « nativité ») célèbre la naissance de Jésus, Fils de Dieu, le Sauveur attendu, annoncé par les prophètes. Jésus veut dire en hébreu « Dieu sauve ». Ce nom même révèle son identité et sa mission, sauver les hommes et les conduire vers le Père. La naissance de Jésus est le coeur de ce qu’on appelle le « mystère de l’Incarnation » : « Au temps établi par Dieu, le Fils unique du Père, la Parole éternelle, s’est incarné : sans perdre la nature divine, Il a assumé la nature humaine ». Le Credo – également appelé « Je crois en Dieu » -, récité au cours de chaque messe dominicale, résume ainsi cet événement : « Pour nous les hommes et pour notre salut, Il descendit du ciel. Par l’Esprit Saint, Il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme ».

Le Fils de Dieu s’est fait homme !

Extrême simplicité de cette naissance… Comme le racontent les évangélistes Luc et Mathieu, Marie « mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire ». Dans les environs, se trouvaient des bergers. L’Ange du Seigneur s’approcha et leur dit : « Aujourd’hui vous est né un Sauveur dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ». « Rien de merveilleux, rien d’extraordinaire, rien d’éclatant n’est donné comme signe aux bergers, disait le pape Benoit XVI. Ils verront seulement un enfant entouré de langes qui, comme tous les enfants, a besoin de soins maternels ; un enfant qui est né dans une étable et qui, de ce fait, est couché non pas dans un berceau, mais dans une mangeoire. Le signe de Dieu est l’enfant, avec son besoin d’aide et sa pauvreté ». Cette simplicité est frappante en effet : le fils de Dieu n’est pas venu avec puissance ni grandeur visible. Il ne s’est pas imposé. Ainsi, en l’absence de place dans la salle commune, Il s’est contenté d’une mangeoire, habituellement réservée aux animaux.

Dans l’étonnant déroulement de cet événement inouï – le Fils de Dieu s’est fait homme ! – les Pères de l’Eglise ont vu bien des signes : d’abord parce que l’enfant de Bethléem est né pauvre parmi les pauvres qu’étaient les bergers.
Egalement parce qu’enfant, il est faible et sans défense. Jésus vient ainsi parmi les hommes en partageant en tout leur condition humaine, à l’exception du péché. Il dira d’ailleurs plus tard « J’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi ! ».
Il ne parlait pas, alors, des circonstances de sa naissance. Mais il exprimait ce que nous constatons lors de sa naissance : Il s’identifie à chacun de nous. « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ».

Par ailleurs, la venue des rois mages manifeste que le Fils de Dieu est venu pour les hommes de tous les pays et de tous les temps. Et en effet, à la fin de sa vie terrestre, Jésus enverra ses apôtres en mission en leur disant : « Allez dans le monde entier, proclamez l’Evangile à toute la création ». La mangeoire, enfin, symbolise l’autel. Pour vivre, l’homme a besoin de nourriture. Mais, comme Jésus le dira souvent au cours de sa vie publique, l’homme n’a pas seulement besoin de pain, il a aussi besoin de nourriture pour son âme, d’un sens à donner à sa vie. C’est pourquoi les Pères de l’Eglise considèrent que la mangeoire est le symbole de l’autel, sur lequel est déposé le Pain, qui est le Christ lui-même : la vraie nourriture pour le cœur. De même, dans l’hostie consacrée au cours de la messe, il a l’humble apparence d’un morceau de pain.

 Qu’est-ce que Noël change ?

À Noël, le Christ est annoncé comme l’Emmanuel, «Dieu-avec-nous», C’est une expression ancienne qui vient de l’Ancien Testament, comme on l’a souligné. Déjà les juifs disaient : «Notre Dieu est un Dieu qui s’approche». Mais une question demeurait, «Jusqu’où s’approche-t-il ?». Déjà, de tout temps, Dieu habite l’histoire des hommes, il est dans la création. Mais avec Jésus, Dieu se lie à l’histoire des hommes, il accepte de subir l’histoire et de ne pas la dominer d’en haut. Il n’est pas le Dieu du ciel, infiniment éloigné de nous. Dieu est «pour-nous». Noël change l’identité de Dieu. Dieu se montre capable de se faire homme et même de se laisser faire par l’homme, de souffrir de l’homme. La grandeur de Dieu n’est pas en dehors de nos limites, elle est de se poser dans nos limites et de les faire éclater. Noël montre combien nous comptons pour Dieu.

Dieu est-il préoccupé de l’homme ?

Oui, depuis la fondation du monde, il est préoccupé de venir à l’homme pour le libérer de la mort. La nouveauté de Noël, c’est que Dieu, en nous donnant ce fils, nous permet de devenir ses enfants, c’est-à-dire de participer à sa vie éternelle. Voilà ce que révèle l’image du ciel ouvert dans les récits de la nativité. Dieu traverse le voile qui nous séparait de lui.

Est-ce que cela change tout ?

Oui et non. Noël ne change rien au cours des événements. Mais, en même temps, le sens de l’histoire est retourné. Avant, la vie qui venait de Dieu s’écoulait dans la mort. Désormais cette vie s’écoule en Dieu. Mais Noël ne change pas tout, comme par magie.
Parfois on met tellement l’accent sur l’incarnation qu’il semble qu’il suffirait que Jésus naisse pour que toute l’humanité change ! Cela ne respecte pas le jeu de la liberté dans la foi. Personne ne reçoit purement et simplement son identité d’un autre. Même Jésus. Il reçoit du Père son identité de Fils de Dieu, mais il ne la reçoit qu’en la vivant. Il naît fils de Dieu, il est le «Verbe fait chair», mais il devient fils de Dieu en ratifiant l’élection reçue de son père, en vivant sa vie filiale à fond. Il faut tenir les deux, sinon on supprime la liberté et le devenir. Pour nous, c’est pareil. Comme le dit Jean, nous avons reçu de «pouvoir devenir fils de Dieu». Le mystère de Noël nous rappelle que nous ne devenons fils de Dieu que parce que nous le recevons dans une naissance, (celle de Jésus en notre chair, ratifiée par notre baptême). En un sens, en recevant cette possibilité, nous avons tout reçu. Car nous ne pouvons pas nous donner de devenir fils de Dieu. Mais cela ne supprime ni liberté, ni notre responsabilité.