Paul VI, « pape de la modernité », canonisé le 14 octobre 2018

Paul VI est à la tribune de l’ONU en octobre 1964 pour adresser un message de paix au monde de la part de l’Église catholique et du Concile

Le 14 octobre prochain, le pape François canonisera Paul VI au milieu du Synode des évêques sur les Jeunes à Rome. Un « grand Pape de la modernité », comme le qualifie le pape François, qui a non seulement mené le concile Vatican II à son terme mais aussi travaillé à la mise en œuvre des prescriptions conciliaires, dans cet esprit de réconciliation de l’Église avec le monde. Redécouvrons ce Pape que l’Église nous donne en exemple de sainteté, par l’évocation rapide de sa vie.

Marie-Christine Train – Extrait du dossier de Église en Ille-et-Vilaine n°301, octobre 2018

Homme de dialogue, réformateur, Paul VI pose les bases de l’Église actuelle. Le pape François – comme Jean-Paul II   et Benoît XVI – ne cache pas sa filiation intellectuelle avec Paul VI dont certaines encycliques ou exhortations apostoliques trouvent leur écho dans les siennes, à l’exemple de Evangelii nuntiandi (1975) qu’il considère comme « le document pastoral le plus grand écrit à ce jour ». Difficile de brosser la vie de ce saint qui a traversé une grande partie du XXe siècle et a été étroitement mêlé aux événements historiques et ecclésiaux les plus importants de l’époque. Quelques éléments sont ici évoqués.

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Giovanni Battista le jour de son ordination le 29 mai 1920

L’enfance à Bescia

Giovanni Battista Montini naît le 26 septembre 1897 à Concesio près de Brescia, (Italie du Nord) dans une famille de notable. Son père, médecin, devient directeur du journal catholique local et entre en politique dans cette période où le nouvel État confisque les États  pontificaux. La scolarité de Giovanni Battista est décousue, en raison de sa santé fragile ; il passe et obtient son bac en candidat libre en 1916. Il rentre au séminaire de Brescia avec un régime spécial d’enseignements compte tenu de sa santé. Il lance une revue La Fionda dans laquelle des jeunes catholiques s’expriment.

En mai 1920, il est ordonné prêtre. Il fait inscrire sur son image d’ordination la phrase de Pie X : « Accordez ô mon Dieu que tous les esprits s’unissent dans la vérité et tous les cœurs dans la charité. » L’évêque de Brescia ne lui confie pas de paroisse, il l’envoie étudier à Rome à la Grégorienne.

À Rome

Il entre à l’Académie pontificale ecclésiastique.  En 1923, après l’obtention d’un doctorat en droit canonique, il est nommé assistant à la nonciature de Varsovie. À son retour, il devient aumônier de la branche romaine de la fédération des étudiants catholiques, la FUCI, puis aumônier national, un poste qui mêle réflexions spirituelles et dimensions politiques, ce qui répond à ses aspirations. Il est assez favorable à un engagement clair des catholiques dans le débat public – le fascisme s’installe en Italie.

Il gravit les échelons de la Curie. Mais c’est sa charge d’aumônier national des étudiants qui le stimule le plus, conseillant aux autres aumôniers « non tant de prêcher que de converser : dialogue fraternel, profondément convaincu non académique ou rhétorique… » (1) . Des méthodes qui ne plaisent pas au sein de la Curie : il est démissionné en 1933. Il en est très affecté.

Un proche de Pie XII

En 1937, il est promu Substitut aux affaires ordinaires, devenant un des plus proches collaborateurs du pape Pie XI et de son secrétaire qui n’est autre que le cardinal Pacelli, futur Pie XII.  Il se retrouve plus exposé et l’on commence à reconnaître ses qualités intellectuelles et politiques. Il est au cœur du système diplomatique du Vatican durant la Seconde Guerre Mondiale.

Bien qu’allergique au régime fasciste, Montini adhère à la politique officielle de neutralité défendue par Pie XI et Pie XII et n’aura de cesse de défendre Pie XII régulièrement accusé de complaisance. Il s’impliqua énormément pendant la guerre : « Il était l’âme du Corps Diplomatique, que ce soit à l’intérieur ou au dehors du Vatican. Il travaillait sans relâche en faveur de la paix. » (2) (Mgr Clarizio, secrétaire personnel de Mgr Montini).

La période Milanaise

L’influence grandissante de Montini, son ouverture aux courants théologiques novateurs, son caractère audacieux, tranchent avec les courants conservateurs qui dominent la Curie. En 1954, Pie XII le nomme archevêque de Milan. De cet exil forcé se révélera un sens étonnant de la pastorale. Il lance en 1957 la « Mission de Milan », conscient de la déchristianisation de cette région industrieuse : 1 288 prédicateurs sont envoyés à la rencontre de la population. Sa pastorale ordinaire est organisée sur trois clés de voûte : la liturgie – dont il cherche à faire comprendre ses rites –, la prédication et le dialogue : « Le dialogue présuppose l’égalité […] : non pas dans la position, la préparation, dans l’autorité, l’âge, le talent ou le génie, mais dans l’amour commun de la vérité. »  (2)

Octobre 1958, le Cardinal Roncalli est élu pape. Jean XXIII crée cardinal Giovanni Montini qu’il connaît bien et qu’il apprécie. Janvier 1959, à la surprise générale, Jean XXIII annonce l’ouverture du concile Vatican II. Le cardinal Montini participe à tous les travaux des congrégations générales du concile et à toutes les réunions informelles.

Un des portraits officiels du pape Paul VI, en 1969

Paul VI et la continuation du Concile

Le 21 juin 1963, Giovanni Battista Montini, 65 ans, est élu pape. Il choisit le nom de Paul VI en référence à saint Paul. Dans son premier message aux cardinaux, il annonce la continuation du Concile, rappelant les objectifs : « La connaissance, ou si l’on préfère, la conscience de l’Église, son renouveau, l’unité des chrétiens, le dialogue de l’Église avec le monde contemporain. » (1)  Paul VI s’implique fortement et instille de nouveaux paramètres : la gestion de l’assemblée et la réélaboration des textes discutés seront dirigées et établies par le Pape et la conduite des débats confiée à quatre modérateurs ; d’avantage d’observateurs laïcs ; le recours à des spécialistes de diverses questions…

Le 1er pape pèlerin

Le 4 janvier 1964, Paul VI se rend en Terre Sainte, une nouveauté pour un pape depuis plusieurs siècles, expression concrète de sa volonté et des travaux de Vatican II d’ouvrir l’Église au dialogue avec le monde. Au cours de ce voyage, il rencontre Athénagoras, patriarche de Constantinople – étape historique pour l’œcuménisme – et prononce plusieurs discours en faveur de la paix, qui trouveront leur aboutissement dans le discours donné à l’ONU en 1965. En août 1964, il publie sa première encyclique Ecclesiam suam, fruit de sa réflexion sur l’avenir de l’Église dans le monde contemporain et une invitation au dialogue.

Les 3e et 4e périodes conciliaires

Signes importants donnés par Paul VI allant dans le sens de l’ouverture et de la simplification protocolaire, comme l’abandon de la chaise gestatoire et de la tiare, ou le nombre accru d’observateurs non catholiques (101). Les 3 dernières constitutions sont adoptées : Lumen gentium (nov. 64) sur l’Église ; Dei verbum (nov. 65) sur la révélation divine ; Gaudium et spes (déc. 65) sur l’Église dans le monde.

Le 8 décembre 1965, Paul VI clôt solennellement le concile Vatican II : « Toute cette richesse doctrinale ne vise qu’une chose : servir l’homme […]. » Il annonce la réforme de la Curie et du Saint-Office qui deviendra la Congrégation pour la doctrine de la foi et institue le Synode des évêques, dont le premier se réunira en 1967.

La période postconciliaire

« Même dans l’Église règne cet état d’incertitude ; on croyait qu’après le Concile viendrait une journée de soleil pour l’histoire de l’Église. C’est au contraire une journée de nuages, de tempête, d’obscurité, de recherche, d’incertitude. » (2)  Paul VI exprime, ici, qu’au-delà de sa volonté de se faire le messager de paix au niveau international (guerre du Vietnam, Révolution culturelle en Chine, tensions en Afrique, au Pakistan…) – il inaugure la journée mondiale de la paix en 1968 – il doit aussi faire face, dans l’Église, au ressentiment des conservateurs et à l’insatisfaction des progressistes.

Le pape a 68 ans à la fin du Concile et, malgré la fatigue, travaille à l’application des principales modalités. Il publie notamment trois nouvelles encycliques : Popularum progressio (mars 1967) sur  le développement des peuples, Sacerdotalis  caelibatus (juin 67) sur le célibat sacerdotal, Humanae vitae (juil. 68) sur le mariage et la  régulation des naissances ; mais aussi le Credo du Peuple de Dieu ou Credo de Paul VI (juin 68)  pour répondre « au désarroi de beaucoup de fidèles qui s’interrogeaient sur ce qu’il fallait  croire aujourd’hui, établir des points fermes et hors de discussion qui sont la substance de la foi » (Jean Danielou) (1).

Les années douloureuses

En 1970, alors que le renouveau liturgique s’exprime au travers, notamment, du nouveau Missel Romain, Mgr Lefebvre, opposant aux grandes décisions de Vatican II, rompt définitivement et crée la Fraternité Saint-Pie-X, malgré le dialogue entretenu par le Pape. Huit ans plus tard, l’enlèvement et la mort de son ami Aldo Moro, en mars, le marquent profondément. Le 6 août 1978, Paul VI s’éteint, en la fête de la Transfiguration.