Homélie Epiphanie 2016 ; 3 janvier

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Les jours derniers, une amie, en m’offrant ses vœux, m’écrivait : « Si seulement le monde se taisait, ne serait-ce qu’une minute, il entendrait ce que Dieu a à nous dire ». Oui si seulement, de temps en temps, au lieu d’écouter le brouhaha médiatique de nos postes de télé et de radio, de nos tablettes, nous faisions silence, ne serait-ce qu’une minute, nous entendrions mieux ce que Dieu a à nous dire.

Je crois justement que les mages ont su faire silence pour entendre autre chose que ce qui s’agitait en eux-mêmes et autour d’eux. Alors ils ont entendu le silence lumineux d’une étoile, et ils ont pressenti qu’elle les conduirait à ce qui est essentiel. Ils avaient envie de savoir quel était le sens de leur vie et comment ils pouvaient orienter leur vie. Et l’étoile leur a donné la vraie réponse.Si nous-mêmes, nous faisions silence, alors je crois que c’est petit à petit que les bruits du monde s’éteindraient : Autour de nous commenceraient à mieux s’ajuster les affaires du monde, le travail des hommes, souvent noble mais parfois inhumain lorsque certains sont exploités. Puis s’arrêteraient les bruits de guerre, les cris de souffrance de tant de nos frères et sœurs aujourd’hui. Ensuite les pleurs de ceux qui sont dans le deuil, et les questionnements de ceux qui sont malades diminueraient de plus en plus, parce que le silence nous entrainerait à vivre la compassion, la proximité.

Grâce au silence qui se ferait, on deviendrait plus attentifs à la joie, aux paroles d’encouragement et de consolation. Et on s’étonnerait d’entendre les enfants demander à leurs parents et à leurs grands-parents : « dis-moi ce qui est important dans ta vie, transmets-moi ce qui te fait croire et espérer ». Alors, dans ce silence, nous entendrions enfin l’Evangile, qui signifie « bonne nouvelle », et qui deviendrait la « bonne nouvelle » dans tout ce qui fait nos vies. Et nous entendrions les pas des mages en quête de l’essentiel. Nous aurions peut-être envie de les suivre, nous aussi, qui que nous soyons, croyants ou non. Et nous entendrions leur émerveillement devant l’enfant de la crèche, leur grande joie.

Mais nous entendrions aussi la conspiration et la fourberie d’Hérode, symbole de toutes les déviations et les perversités possibles au nom de la religion. Si le monde se taisait quelques instants, comme les mages, il pourrait entendre les cris de ce bébé de la crèche en apparence comme les autres, il pourrait reconnaître qu’il est le sauveur du monde. Alors le monde changerait, parce qu’il reconnaîtrait que, dans ce bébé, c’est Dieu lui-même qui, de l’intérieur, ennoblit notre humanité, si du moins, en faisant silence, nous accueillons sa présence au plus profond de chacun de nous. Alors ce bébé accueille les cadeaux que les mages donnent en notre nom : de l’or, comme on offre à un roi ; de l’encens, comme on en présente à un Dieu ; de la myrrhe, comme on embaume le corps de celui qui a accepté la souffrance pour donner sa vie.

Et c’est avec ces 3 symboles des mages que nous pourrions nous souhaiter une bonne année, une bonne année de la miséricorde.

L’or évoque les biens matériels, les échanges économiques qui assurent la subsistance. Et c’est important. Mais ce n’est pas suffisant pour passer une bonne année, car tous n’ont pas aujourd’hui ce minimum vital. Alors nous pouvons nous souhaiter une vie matérielle équilibrée, un emploi sûr, et surtout une répartition des richesses de notre monde plus équitable pour tous. C’est d’ailleurs tout le sens de notre offrande aujourd’hui pour les Eglises d’Afrique.

L’encens évoque la prière. Non plus la vie matérielle, mais la vie spirituelle, l’intériorité, le silence… On peut nous souhaiter cela : avoir une vraie vie de prière. Et que notre paroisse, que nos célébrations soient de plus en plus des lieux d’intériorité, de prière vraie et profonde, d’accueil pour tous ceux et avec tous ceux qui cherchent leur chemin.

La myrrhe enfin. La myrrhe servait à embaumer les morts. Il ne s’agit pas d’être des rabat-joie. Mais nous reconnaissons que la mort fait partie de la vie. Et il faut nous souhaiter que tous ceux qui, cette année, connaîtront des deuils, des souffrances, ne soient pas seuls, mais qu’ils trouvent autour d’eux des cœurs et des mains fraternels. Que nous nous aidions ensemble à faire l’expérience que l’espérance est plus forte que la mort. Que nous nous aidions ensemble à faire reculer toutes les forces de mort, la violence, l’indifférence, autour de nous et dans le monde.

Et puis pour conclure, vous avez remarqué que Mathieu termine son récit par cette phrase : les mages regagnèrent leur pays par un autre chemin. Ca veut peut-être dire tout simplement pour nous : sortir de nos routines dans nos vies personnelles, relationnelles, paroissiales ; quitter nos sentiers battus, créer du neuf… puisque tous ceux qui rencontrent le Christ sont voués à un autre chemin, sont arrachés à leur passé, à leur chemin habituel… C’est peut-être le dernier souhait que nous pouvons accueillir pour cette année, pour cette année sous le signe de la miséricorde : repartir pour 2016 par un autre chemin, celui que nous fera surement découvrir et parcourir cette année de la miséricorde.