Diocèse de Rennes

Publications de l’Église

Message du pape François pour la XXX Journée mondiale du malade

 

« Soyez miséricordieux, comme votre père est miséricordieux » (Lc 6, 36).
Se tenir à côté de celui qui souffre sur le chemin de la charité

 

Chers frères et sœurs,

Il y a trente ans, saint Jean-Paul II institua la Journée Mondiale du Malade pour sensibiliser le peuple de Dieu, les institutions sanitaires catholiques et la société civile à l’attention envers les malades et envers tous ceux qui prennent soin d’eux.[1]

Nous sommes reconnaissants envers le Seigneur pour le chemin parcouru au cours de ces années dans les Églises particulières du monde entier. Beaucoup de pas en avant ont été accomplis, mais il reste encore une longue route à parcourir pour assurer à tous les malades, notamment dans les lieux et dans les situations de plus grande pauvreté et d’exclusion, les soins dont ils ont besoin, ainsi que l’accompagnement pastoral, afin qu’ils puissent vivre le temps de la maladie en étant unis au Christ crucifié et ressuscité. Que la 30ème Journée Mondiale du Malade – dont la célébration culminante ne pourra pas avoir lieu comme prévu, à cause de la pandémie, à Arequipa, au Pérou, mais se tiendra dans la basilique Saint-Pierre, au Vatican – puisse nous aider à grandir en proximité et dans le service des personnes malades et de leurs familles.

  1. Miséricordieux comme le Père

Le thème choisi pour cette trentième Journée : « Soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6, 36), oriente avant tout notre regard vers Dieu « riche en miséricorde » (Ep 2, 4), qui regarde toujours ses enfants avec un amour de père, même lorsqu’ils s’éloignent de lui. De fait, la miséricorde est, par excellence le nom de Dieu, qui exprime sa nature, non pas à la manière d’un sentiment occasionnel, mais comme une force présente dans tout ce qu’il accomplit. Il est à la fois force et tendresse. Voilà pourquoi nous pouvons dire, avec stupeur et reconnaissance, que la miséricorde de Dieu comporte à la fois la dimension de la paternité et celle de la maternité (cf. Is 49, 15), car il prend soin de nous avec la force d’un père et avec la tendresse d’une mère, toujours désireux de nous donner la vie nouvelle dans l’Esprit Saint.

  1. Jésus, miséricorde du Père

Le témoin suprême de l’amour miséricordieux du Père envers les malades est son Fils unique. Combien de fois les Évangiles nous rapportent-ils les rencontres de Jésus avec des personnes frappées par différentes maladies. Il « parcourait toute la Galilée, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissant toute maladie et toute langueur parmi le peuple » (Mt 4, 23). Nous pouvons nous demander : pourquoi cette attention particulière de Jésus à l’égard des malades, au point que celle-ci devient même l’œuvre principale dans le cadre de la mission des apôtres, envoyés par le Maître annoncer l’Évangile et guérir les malades ? (cf. Lc 9, 2).

Un penseur du XXème siècle nous suggère une raison : « La douleur isole d’une manière absolue et c’est de cet isolement absolu que naît l’appel à l’autre, l’invocation à l’autre ».[2] Quand une personne, dans sa propre chair, fait l’expérience de la fragilité et de la souffrance à cause de la maladie, son cœur devient lourd, la peur s’accroît, les interrogations se multiplient, la demande de sens pour tout ce qui arrive devient plus urgente. Comment ne pas rappeler, à ce propos, les nombreux malades qui, durant cette période de pandémie, ont vécu dans la solitude d’un service de soins intensifs la dernière partie de leur existence, certes soignés par de généreux agents de santé, mais éloignés de l’affection des êtres qui leur étaient les plus chers et des personnes les plus importantes de leur vie terrestre ? D’où l’importance d’avoir auprès de soi des témoins de la charité de Dieu qui, à l’exemple de Jésus, miséricorde du Père, versent sur les plaies des malades l’huile de la consolation et le vin de l’espérance.[3]

  1. Toucher la chair souffrante du Christ

L’invitation de Jésus à être miséricordieux comme le Père acquiert une signification particulière pour les personnels de santé. Je pense aux médecins, aux infirmiers, aux laborantins, à ceux qui sont préposés à l’assistance et au soin des malades, de même qu’aux nombreux volontaires qui donnent de leur précieux temps à ceux qui souffrent. Chers opérateurs de santé, votre service auprès des malades, accompli avec amour et compétence, transcende les limites de la profession pour devenir une mission. Vos mains qui touchent la chair souffrante du Christ peuvent être un signe des mains miséricordieuses du Père. Soyez conscients de la grande dignité de votre profession, comme de la responsabilité qu’elle comporte.

Bénissons le Seigneur pour les progrès que la science médicale a accomplis surtout ces derniers temps ; les nouvelles technologies ont permis d’établir des parcours thérapeutiques qui sont d’un grand bénéfice pour les malades ; la recherche continue à apporter sa précieuse contribution pour combattre d’anciennes et de nouvelles pathologies ; la médecine de rééducation a largement développé ses connaissances et ses compétences. Mais tout cela ne doit jamais nous faire oublier la singularité de chaque malade, avec sa dignité et ses fragilités.[4] Le malade est toujours plus important que sa maladie et c’est pourquoi toute approche thérapeutique ne peut pas négliger l’écoute du patient, son histoire, ses angoisses et ses peurs. Même lorsqu’il n’est pas possible de guérir, il est toujours possible de soigner, il est toujours possible de consoler, il est toujours possible de faire sentir une proximité qui manifeste de l’intérêt davantage pour la personne que pour sa pathologie. C’est pourquoi je souhaite que les parcours de formation des personnels de santé soient capables de rendre disponible à l’écoute et à la dimension relationnelle.

  1. Les lieux de soins, maisons de miséricorde

La Journée Mondiale du Malade constitue aussi une occasion propice pour faire porter notre attention sur les lieux de soins. Au cours des siècles, la miséricorde envers les malades a conduit la communauté chrétienne à ouvrir d’innombrables « auberges du bon Samaritain », où les malades de tout genre pourraient être accueillis et soignés, surtout ceux qui ne trouvaient pas de réponse à leur question de santé, à cause de leur indigence ou de l’exclusion sociale ou encore des difficultés de soigner certaines pathologies. Dans ces situations, ce sont les enfants, les personnes âgées et les personnes les plus fragiles qui en font les frais. Miséricordieux comme le Père, de nombreux missionnaires ont accompagné l’annonce de l’Évangile par la construction d’hôpitaux, de dispensaires et de maison de soins. Ce sont des œuvres précieuses à travers lesquelles la charité chrétienne a pris forme, et l’amour du Christ dont ses disciples ont témoigné, est devenu plus crédible. Je pense surtout aux populations des régions les plus pauvres de la planète, où il faut parfois parcourir de longues distances pour trouver des centres de soins qui, malgré leurs ressources limitées, offrent ce qui est disponible. La route est encore longue et dans certains pays recevoir des soins appropriés demeure un luxe, comme l’atteste, par exemple, le peu de vaccins disponibles contre le covid-19 dans les pays les plus pauvres ; mais encore plus le manque de soins pour des pathologies qui nécessitent des médicaments bien plus simples.

Dans ce contexte, je désire réaffirmer l’importance des institutions catholiques de santé : elles sont un précieux trésor à soutenir et sur lequel veiller ; leur présence a caractérisé l’histoire de l’Église en raison de leur proximité avec les malades les plus pauvres et les situations les plus oubliées.[5] Combien de fondateurs de familles religieuses ont su écouter le cri de frères et de sœurs privés d’accès aux soins ou mal soignés et se sont prodigués à leur service ! Aujourd’hui encore, même dans les pays les plus développés, leur présence constitue une bénédiction car elles peuvent toujours offrir, en plus des soins du corps avec toute la compétence nécessaire, la charité pour laquelle le malade et sa famille sont au centre de l’attention. À une époque où la culture du déchet est si répandue et où la vie n’est pas toujours reconnue digne d’être accueillie et vécue, ces établissements, en tant que maisons de la miséricorde, peuvent être exemplaires pour soigner et veiller sur chaque existence, même la plus fragile, de son commencement jusqu’à son terme naturel.

  1. La miséricorde pastorale : présence et proximité

Au long du cheminement de ces trente années, la pastorale de la santé a vu également son indispensable service être toujours plus reconnu. Si la pire discrimination dont souffrent les pauvres – et les malades sont les pauvres en santé – est le manque d’attention spirituelle, nous ne pouvons pas manquer de leur offrir la proximité de Dieu, sa bénédiction, sa Parole, la célébration des Sacrements et la proposition d’un chemin de croissance et de maturation dans la foi.[6] À ce propos, je voudrais rappeler qu’être proche des malades et leur offrir un accompagnement pastoral n’est pas seulement la tâche réservée à quelques ministres spécifiquement dévoués à cela. Visiter les malades est une invitation que le Christ adresse à tous ses disciples. Combien de malades et de personnes âgées vivent chez eux et attendent une visite ! Le ministère de la consolation est un devoir de tout baptisé, en se souvenant de la parole de Jésus : « J’étais malade et vous m’avez visité » (Mt 25, 36).

Chers frères et sœurs, à l’intercession de Marie, santé des malades, je confie tous les malades et leurs familles. Unis au Christ, qui porte sur lui la douleur du monde, puissent-ils trouver sens, consolation et confiance. Je prie pour tous les personnels de santé afin que, riches en miséricorde, ils offrent aux patients, en plus des soins adaptés, leur proximité fraternelle.

À tous, je donne de tout cœur la Bénédiction apostolique.

Rome, Saint-Jean-de-Latran, 10 décembre 2021, mémoire de Notre Dame de Lorette.

FRANÇOIS

_______________________

[1] Cf. Saint Jean-Paul II, Lettre au Cardinal Fiorenzo Angelini, Président du Conseil Pontifical pour la Pastorale des Services de la Santé, pour l’Institution de la Journée Mondiale du Malade (13 mai 1992).

[2] E. Lévinas, « Une éthique de la souffrance », in Souffrances. Corps et âme, épreuves partagées, sous la direction de J.-M. von Kaenel, Autrement, Paris 1994, pp. 133-135.

[3] Cf. Missel Romain, Préface commune VIII, Jésus bon Samaritain.

[4] Cf. Discours « A la Fédération nationale des ordres des médecins chirurgiens et des odontologues italiens, 20 septembre 2019 ».

[5] Cf. Angélus à l’hôpital « Gemelli » de Rome, 11 juillet 2021.

[6] Cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), 200.

Comme chaque année à l’occasion de la journée internationale du handicap célébrée le 3 décembre, le pape François propose un message.

En 2021, le titre de ce message reprend le passage de Jean 15,14 : « Vous êtes mes amis ». Dans un texte fraternel et concret, le pape s’adresse directement aux personnes en situation de handicap.

Message du Pape François à l’occasion de la journée des personnes handicapées

La vie de Jésus, surtout dans les trois années de son ministère public, a été une rencontre incessante avec les personnes. Parmi celles-ci, les malades ont eu une place particulière. Combien de pages racontent ces rencontres ! Le paralytique, l’aveugle, le lépreux, le possédé, l’épileptique et d’innombrables malades de toutes sortes… Jésus s’est fait proche de chacun d’eux et les a guéris par sa présence et la puissance de sa force qui guérit. C’est pourquoi il ne peut manquer, parmi les œuvres de miséricorde, celle de visiter et d’assister les personnes malades…

Jésus nous a donné la possibilité d’être libres malgré les limites de la maladie et des restrictions. Il nous offre la liberté qui vient de la rencontre avec lui et du sens nouveau que cette rencontre apporte à notre situation personnelle.

Avec ces œuvres de miséricorde, le Seigneur nous invite à un geste d’une grande humanité : le partage. Souvenons-nous de cette parole : le partage. Celui qui est malade se sent souvent seul. Nous ne pouvons cacher que, surtout de nos jours, on fait justement dans la maladie l’expérience plus profonde de la solitude qui traverse une grande partie de la vie. Une visite peut faire se sentir moins seule la personne malade et un peu de compagnie est un excellent médicament ! Un sourire, une caresse, une poignée de main sont des gestes simples, mais si importants pour ceux qui se sentent abandonnés à eux-mêmes. Combien de personnes se dévouent pour visiter les malades dans les hôpitaux ou chez eux ! C’est une œuvre de bénévolat inestimable. Quand elle est faite au nom du Seigneur, elle devient alors une expression éloquente et efficace de la miséricorde. Ne laissons pas seules les personnes malades ! Ne les empêchons pas de trouver un soulagement et à nous d’être enrichis par la proximité apportée à celui qui souffre. Les hôpitaux sont de véritables « cathédrales de la douleur », mais où devient évidente la force de la charité qui soutient et éprouve de la compassion…

Ces œuvres de miséricorde, comme on le voit, sont anciennes, et pourtant tellement actuelles. Jésus a laissé ce qu’il faisait pour aller rendre visite à la belle mère de Pierre : une œuvre ancienne de charité. Jésus l’a faite. Ne tombons pas dans l’indifférence, mais devenons des instruments de la miséricorde de Dieu par des attitudes de partage et de respect. Nous pouvons tous être des instruments de la miséricorde de Dieu et cela nous fera plus de bien à nous qu’aux autres parce que la miséricorde passe par un geste, une parole, une visite et cette miséricorde est un acte pour rendre joie et dignité à celui qui les a perdues.

Catéchèse du pape François 9 novembre 2016

«L’euthanasie est un crime. Ne pouvoir guérir ne dispense pas de soigner»

Ayant à l’esprit les cas de ces dernières années, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi publie «Samaritanus bonus», une lettre approuvée par le Pape François, qui réitère la condamnation de toutes les formes d’euthanasie et de suicide assisté. Elle appelle à un soutien renforcé aux familles des malades et aux travailleurs de la santé.

Alors que le projet de loi de révision des lois de bioéthique arrive en deuxième lecture à l’Assemblée nationale le 27 juillet 2020, la Conférence des évêques de France alerte sur la volonté d’adoption en urgence d’une loi injuste et inégalitaire.

« Alors que la plupart des réformes importantes sont à reporter ou à revisiter, il n’y aurait pas d’autres urgences aujourd’hui que de faire passer en force et dans la discrétion du mois de juillet cet ensemble de lois qui touche à l’essence même de notre humanité » ! (Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris dans le Figaro du 30 juin 2020).

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Alors que le projet de loi de révision des lois de bioéthique arrive en deuxième lecture à l’Assemblée nationale le 27 juillet 2020, la Conférence des évêques de France alerte sur la volonté d’adoption en urgence d’une loi injuste et inégalitaire.

Mgr Pierre d’Ornellas
Groupe bioéthique de la Conférence des évêques de France

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Ce livre propose une réflexion simple et précise au moment des débats relatifs à la loi de bioéthique.

Le « modèle français de bioéthique » repose sur la dignité humaine. Il se construit en référant toute avancée scientifique et tout désir à une donnée stable : l’être humain. Celui-ci nous est donné comme un bien précieux à sauvegarder avec autant de détermination que celle que nous déployons pour protéger la planète qui nous accueille. « Tout est lié », proclame le pape François dans Laudato Si’.

Face aux techniques toujours plus sophistiquées et de plus en plus mises à la portée de tous, la bioéthique nous pose ces redoutables questions : Comment recevoir l’être humain comme un bien qui nous précède, de la même manière que nous avons à recevoir la planète dont les écosystèmes sont si précieux pour notre vie ? Comment protéger l’Homme en comprenant qu’il n’est pas transformable à volonté sous peine de lui nuire ? Comment mieux l’estimer, en particulier le plus fragile, et construire ensemble notre « fraternité » ? Voilà de beaux enjeux d’humanité !

Sur le projet de loi, ces pages montrent les inégalités créées vis-à-vis des enfants ainsi que les contradictions qui le traversent. Elles indiquent aussi la grandeur de l’ethique, source d’espérance.

Les auteurs du livre : Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, Mgr Pierre-Antoine Bozo, évêque de Limoges, Mgr Nicolas Brouwet, évêque de Tarbes et Lourdes, Mgr Olivier de Germay, évêque d’Ajaccio, Mgr Hervé Gasselin, évêque d’Angoulême, Mgr Vincent Jordy, évêque de Saint-Claude, Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre, père Brice de Malherbe, diocèse de Paris, du Collège des Bernardins, père Bruno Saintôt, jésuite, du Centre Sèvres.

CONGRÉGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI

LETTRE

SAMARITANUS BONUS

sur le soin des personnes en phases critiques et terminales de la vie

Introduction

Le Bon Samaritain qui quitte son chemin pour venir au secours de l’homme souffrant (cf. Lc 10, 30-37) est l’image de Jésus-Christ qui rencontre l’homme ayant besoin de salut et qui soigne ses blessures et ses douleurs avec « l’huile de la consolation et le vin de l’espérance ».[1]Il est le médecin des âmes et des corps et « le témoin fidèle » (Ap 3, 14) de la présence salvatrice de Dieu dans le monde. Mais comment ce message peut-il être concrétisé aujourd’hui ? Comment le traduire en une capacité d’accompagner la personne malade dans les phases terminales de la vie, de manière à l’assister tout en respectant et en promouvant toujours sa dignité humaine inaliénable, son appel à la sainteté et, par conséquent, la valeur suprême de son existence même ?

Le développement extraordinaire et progressif des technologies biomédicales a augmenté de façon exponentielle les capacités cliniques de la médecine en matière de diagnostic, de thérapie et de soin aux patients. L’Église regarde avec espérance la recherche scientifique et technologique et y voit une occasion favorable de servir le bien intégral de la vie et la dignité de tout être humain.[2] Cependant, ces progrès de la technologie médicale, bien que précieux, ne sont pas en eux-mêmes décisifs pour qualifier le sens propre et la valeur de la vie humaine. En effet, tout progrès dans les compétences des personnels de santé nécessite une capacité de discernement moral à la fois croissante et empreinte de sagesse[3] pour éviter une utilisation disproportionnée et déshumanisante des technologies, en particulier dans les phases critiques ou terminales de la vie humaine.

En outre, la gestion organisationnelle ainsi que l’articulation et la complexité élevées des systèmes de santé contemporains peuvent réduire la relation de confiance entre le médecin et le patient à une relation purement technique et contractuelle. Un tel risque pèse lourdement sur les pays où sont adoptées des lois légitimant les formes de suicide assisté et d’euthanasie volontaire des patients les plus vulnérables. Elles nient les limites éthiques et juridiques de l’autodétermination de la personne malade, obscurcissant de manière inquiétante la valeur de la vie humaine dans la maladie, le sens de la souffrance et la signification du temps qui précède la mort. La douleur et la mort, en effet, ne peuvent être les critères ultimes qui mesurent la dignité humaine, laquelle est propre à chaque personne, du simple fait qu’elle est un “être humain”.

Face à de tels défis, capables de remettre en cause notre façon de penser la médecine, le sens du soin à la personne malade et la responsabilité sociale envers les plus vulnérables, le présent document vise à éclairer les pasteurs et les fidèles dans leurs préoccupations et leurs doutes sur l’assistance médicale, spirituelle et pastorale due aux malades dans les phases critiques et terminales de la vie. Tous sont appelés à rendre témoignage aux côtés des malades et à devenir des “communautés de guérison”, afin que le désir de Jésus que tous soient une seule chair, à commencer par les plus faibles et les plus vulnérables, se réalise concrètement.[4] Partout, en effet, on perçoit le besoin d’une clarification morale et d’une orientation pratique sur la manière d’aider ces personnes, car « une unité de doctrine et de pratique est nécessaire »[5]quant à une question aussi délicate, qui concerne les patients les plus faibles dans les étapes les plus délicates et les plus décisives de la vie d’une personne.

Diverses Conférences Épiscopales dans le monde ont publié des documents et des lettres pastorales, par lesquels elles ont cherché à répondre aux défis posés par le suicide assisté et l’euthanasie volontaire – légitimés par certaines réglementations nationales – en particulier pour les personnes qui travaillent ou sont hospitalisées dans les hôpitaux, y compris les hôpitaux catholiques. Mais l’assistance spirituelle et les doutes qui se font jour, dans certaines circonstances ou contextes particuliers, sur la célébration des sacrements pour ceux qui souhaitent mettre fin à leur vie, exigent aujourd’hui une intervention plus claire et plus précise de la part de l’Église afin de :

‒ réaffirmer le message de l’Évangile et ses expressions comme fondements doctrinaux proposés par le Magistère, en rappelant la mission de ceux qui sont en contact avec les malades dans les phases critiques et terminales (membres de la famille ou tuteurs légaux, aumôniers d’hôpitaux, ministres extraordinaires de l’Eucharistie et agents pastoraux, bénévoles d’hôpitaux et personnel de santé) ainsi que des malades eux-mêmes ;

‒ fournir des orientations pastorales précises et concrètes pour qu’au niveau local ces situations complexes puissent être affrontées et gérées afin de favoriser la rencontre personnelle du patient avec l’Amour miséricordieux de Dieu.

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Ouverture de l’assistance médicale à la procréation : quelles conséquences ?

Dans une note rédigée le 18 juillet 2019 à partir du projet de loi transmis au Conseil d’État – sans que soit connue la réponse de ce dernier au Gouvernement – Monseigneur Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes et les membres du groupe de travail Église et bioéthique de la Conférence des évêques de France, s’interrogent sur les conséquences de l’ouverture de l’assistance médicale à la procréation (AMP).

Sans envisager tous les points du projet de loi relatif à la bioéthique, cette note envisage surtout l’ouverture de l’assistance médicale à la procréation et ses conséquences.

Il est évident qu’une loi de bioéthique ne se résume pas à poser des équilibres, plus ou moins judicieux et toujours insatisfaisants, entre les adultes et entre adultes et enfants. L’envisager conduirait à privilégier une sorte d’« éthique du curseur ». Jusqu’où alors placer le curseur ? Quel serait donc le critère objectif assurant de façon pérenne un juste équilibre des intérêts entre enfants, donneurs et adultes souhaitant des enfants ?

Aujourd’hui, beaucoup dénoncent un curseur allant de plus en plus loin, comme si les désirs, exacerbés par l’individualisme et par la fascination des techniques, ne rencontraient aucune résistance. Cependant, avec l’ouverture de l’assistance médicale à la procréation (AMP) à toutes les femmes, le curseur franchit un point de non-retour, ce que le projet de loi assume puisqu’il met en exergue « l’égalité des modes de filiation » dans un « article principiel » du Code civil (article 6-2 qui fait suite à l’article 6-1 créé en raison de la loi dite Taubira).

L’ouverture de l’AMP aux femmes vivant en couple et aux femmes seules est un marqueur décisif pour la société française. Cette mesure introduit en effet une conception du droit et des liens à établir entre les êtres humains, qui est en rupture radicale avec celle qui prévaut depuis les premières lois de bioéthique, en 1994. Elle soulève des interrogations difficiles qui sont regroupées ci-dessous en quatre questions (absence du père ; égalité des filiations ; puissance de la volonté ; gratuité – eugénisme – médecine)  que beaucoup de Français se posent silencieusement, avec « angoisse » aussi, comme le note le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) dans sa synthèse des États généraux.

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Mgr Pierre d’Ornellas exprime son point de vue sur le nouveau projet de loi bioéthique

J’ ai publié plusieurs fois mon analyse sur des éléments du projet de loi relatif à la bioéthique
afin d’alerter sur de graves dérives qu’il entraînerait s’il devenait une loi. Tel qu’il est actuellement
rédigé, il pose de graves questions : il transgresse le respect dû à la dignité humaine et il instaure
de l’injustice, notamment à propos des enfants ; il se présente comme une régression car l’enfant
n’y est plus considéré comme un sujet de droit mais comme assujetti aux désirs individuels
qui s’expriment dans le « projet parental » et qui sont admis comme des « droits ». Il instaure
une « rupture anthropologique majeure » en quittant la référence à la notion de dignité humaine
pour fonder la filiation sur le contrat et la volonté. Il consacre ainsi la loi du plus fort alors que le droit
a vocation à protéger le plus faible. Il manifeste un déni de démocratie en ne tenant pas compte
de la consultation publique faite au moyen des États généraux de la bioéthique.
***
S’ exprimer est légitime, car ce projet de loi suscite des inquiétudes chez bon nombre
de nos concitoyens qui prennent au sérieux notre législation sur la bioéthique. Il est normal
qu’ils manifestent leurs interrogations et leurs désapprobations. Après avoir approfondi leur connaissance
de ce projet de loi relatif à la bioéthique, les catholiques ont le devoir de discerner ce qui
est conforme au respect authentique de l’être humain. Ils ont aussi le droit de prendre position
en manifestant clairement leur point de vue, pourvu que cela se fasse de façon respectueuse
de l’opinion d’autrui et que cela suscite le dialogue afin que soit reprise la recherche d’un projet de
loi plus juste et davantage protecteur du plus faible. Ils sont divers, les moyens de collaborer à ce
que la bioéthique corresponde au bien commun pour tous. Que chacun choisisse donc en
conscience le moyen qui lui paraît le plus adapté, sans oublier la prière.
***
Penser autrement la nouvelle loi de bioéthique est vraiment possible en faisant droit
aux avancées scientifiques grâce auxquelles de nouvelles thérapies peuvent contribuer
au bien de nos contemporains. Il est urgent d’inscrire ce projet de loi dans le monde d’après
que la pandémie du Covid-19 a révélé nécessaire. Il est essentiel au progrès d’unifier la requête
écologique en y intégrant l’écologie humaine : le respect du vivant et de sa biodiversité inclut
nécessairement le respect du vivant humain sous peine de mettre en pratique une écologie
partielle qui n’arrêtera pas la fragilisation grandissante de nos sociétés. Sans une écologie
intégrale, il n’y aura pas de vrai progrès. L’écologie nous appelle tous à réfléchir à l’usage
des techniques de telle sorte que celles-ci soient toujours mises au service de la dignité des êtres
humains et de leurs justes relations entre eux et avec la planète.
+ Mgr Pierre d’Ornellas
Archevêque de Rennes
Rennes, le 7 octobre 2020