Diocèse de Rennes

Mgr d’Ornellas réagit au décès de Vincent Lambert : « un face à face entre dignité humaine et technique »

Juste après l’annonce du décès de Vincent Lambert, Mgr Pierre d’Ornelas s’est exprimé au micro de RCF Alpha.

> Écoutez cet interview

Mgr Pierre d’Ornellas est responsable du Groupe de travail « Bioéthique » de la Conférence des évêques de France.
Vincent Lambert est mort le 11 juillet 2019 au matin, après près de dix jours d’arrêt de ses traitements et onze années passées dans un état « de conscience minimale ».

LIRE AUSSI :


 

Extraits de l’interview de Mgr d’Ornellas

Quelle a été votre première réaction suite à l’annonce de ce décès ?

Ce matin « j’ai prié de façon particulière pour lui », « pour que Dieu le prenne, dans son immense miséricorde, dans son Royaume de lumière, de paix, de vie éternelle. » « Une vie sur laquelle les hommes n’ont pas de pouvoir. » « Je prie aussi pour sa femme et sa famille. »

« Si Vincent pouvait réconcilier sa famille ça serait une victoire de la vie extraordinaire. » « Je demande par l’intercession de Vincent cette grâce pour cette famille. » « Je demande aux catholiques d’Ille-et-Vilaine de prier à cette grande intention, et pour la réconciliation de toutes les familles. »

Quelle position avez-vous en tant que responsable du groupe bioéthique des évêques de France ?

« Le seul point qui était le mien était d’aider les personnes à réfléchir, de ne jamais se laisser aller à la passion. » « La compassion, c’est souffrir avec, se rendre proche, pour écouter vraiment, recevoir cette vie qui s’appelle Vincent. »

Deux éléments de réflexion :

  • « Est-ce qu’il faut passer par pertes et profit ce que dit le comité de l’ONU, chargé de la protection des personnes en grande fragilité en raison de leur handicap, alors que l’Etat français a ratifié cette convention ? » Cela « pose une question éthique. »
  • « Quelle est la différence entre une personne en fin de vie et une personne en état pauci-relationnel ? » « Si on ne fait pas la différence, je crains qu’on arrive à la loi du plus fort sur les plus faibles. » « La fraternité c’est de considérer que toute personne humaine qui est vivante a les mêmes droits que tout autre personne humaine. »

« J’ai des questions : est-ce une ‘obstination déraisonnable’ de nourrir et d’hydrater par voie entérale ? »

« Il ne s’agit pas d’être pour ou contre les médecins, il s’agit de leur faire confiance et de les aider dans leur tâche si difficile. Le discernement pour prendre la juste décision en médecine est une voie très délicate. » « La mort de Vincent Lambert oblige à creuser ce discernement. »

« L’Eglise a un message extraordinaire, un message contemplatif, repris de la Bible : ‘Seigneur donnes-moi des yeux pour voir !’ Est-ce que je peux recevoir des yeux pour voir à force de regarder, en me laissant creuser à l’intérieur de moi-même, pour que ce regard soit le plus possible dans l’admiration de la beauté de la dignité humaine.

LIRE AUSSI : notre dossier Les États généraux de la bioéthique

Comment envisagez-vous la suite des débats bioéthique ?

« Un des grands repères dont toute la société a besoin, et auquel l’Eglise catholique peut contribuer, c’est ce que nous appelons la dignité humaine : est-ce simplement un mot ou est-ce une réalité que nous avons à recevoir et à découvrir ? Il me semble que nous avons un gros travail à faire pour pouvoir dire cette dignité humaine en mots contemporains par rapport à l’envahissement des techniques, qui dont d’une certaine manière une tentation de pouvoir. Il y a un face à face aujourd’hui entre la dignité humaine et la technique. Or cette dignité humaine se manifeste toujours chez un être humain qui est vulnérable. Or la technique n’accepte pas la vulnérabilité ! Elle ne peut être que performante. »

« Il faut éduquer à découvrir que chacun est un trésor unique. Si bien que, quand cette personne arrive dans une grande vulnérabilité, je suis toujours devant un trésor unique. Peut-être j’ai du mal à le percevoir, mais c’est le premier réflexe qui compte ! Et du coup je deviens humble. » « C’est vraiment une éducation qui, aujourd’hui, me semble urgente. »

Approfondir votre lecture