Diocèse de Rennes

Homélie de l’Ordination sacerdotale d’Erwan Thibault et Hubert de Charnacé, 27 juin 2020

1re lecture : Lecture du livre des Actes des Apôtres (Ac 3, 1-10)
Psaume 18A (19), 2-3, 4-5a
2e lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates (Ga 1, 11-20)
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 21, 15-19)

Mes amis,

Nous l’avons chanté, vous qui êtes ici dans cette cathédrale, ou vous qui participez à cette célébration grâce à RCF Alpha et aux moyens de communication, qui que vous soyez, peut-être malades dans votre chambre, personnes âgées dépendantes chez vous, peut-être qui n’avez pas osé venir à cause des mesures sanitaires, peut-être êtes-vous détenus, en prison, ou présents dans la Cathédrale, voilà que nous avons tous chanté : Par toute la terre s’en va leur message.

Erwan Thibault - Mgr dOrnellas - Hubert de Charnacé

L’Église en croissance

Ce refrain du Psaume est une proclamation de ce que nous voyons, de ce que nous comprenons, de ce que nous percevons de l’Église. De ce « Peuple de Dieu » que nous avons acclamé au début de la célébration. Ce Peuple de Dieu, c’est le peuple qui a été touché par ce « message », touché par cette « nouvelle » qu’évoque le Psaume. Ce Peuple de Dieu, comme la vague qui de plus en plus remonte sur la plage, se répand par toute la terre. Ce que nous avons chanté dans le Psaume, c’est notre proclamation de foi en l’Église, Peuple de Dieu, qui ne cesse pas de grandir, de croître sur toute la surface de la terre.

Puissions-nous, aujourd’hui, demander les uns pour les autres la grâce de savoir regarder l’Église, de ne pas nous laisser effaroucher par ce que notre regard humain, rendu incapable de voir l’Église, nous laisserait comprendre. Il y faut un autre regard, celui-là seul que nous recevons des témoins que nous pouvons rencontrer au Nord, au Sud, à l’Est, à l’Ouest, sous toutes les latitudes. Parfois, des consacrés, dans des Congrégations religieuses le savent mieux que personne, puisque leur Congrégation rassemble des femmes ou des hommes de toutes les parties du monde. Je vois les Petites Sœurs des Pauvres parmi nous ; sainte Jeanne Jugan rayonne à travers le monde ! Quand nous regardons notre presbyterium, dans le Diocèse de Rennes, nous voyons bien que l’Église ne cesse pas de croître puisque des prêtres parmi nous appartiennent à des diocèses qui célèbrent simplement le centenaire ou le cinquantenaire de leur existence, alors que notre Diocèse de Rennes est fondé au début du VIème siècle.

Grâce à Jésus ressuscité

Oui, l’Église est en croissance, l’Église est dans une puissance extraordinaire de croissance. Mais, comme nous l’avons chanté dans le Psaume, cela ne se fait pas par des paroles, ni des mots. Cela se fait par une « nouvelle » qui touche les cœurs. Cette « nouvelle » c’est tout simplement le Christ Jésus, notre Jésus, celui auquel nous essayons de croire, celui qui nous a plus ou moins rejoints. C’est Jésus ressuscité qui touche les cœurs ! C’est Jésus ressuscité qui fait que des personnes se lèvent et se mettent à marcher. Vous l’avez entendu dans la première Lecture, le paralysé marche aussitôt, « à l’instant même » : « D’un bond, il fut debout et il marchait. » Comment cela est-il possible ? Tout simplement parce que Pierre et Jean, Apôtres, prononcent cette phrase extraordinaire : « De l’argent et de l’or, je n’en ai pas. » Le prêtre ne possède rien. Il n’a pas de pouvoir. Comme le souligne discrètement la fin de l’Évangile : Jésus indiquait de « quel genre de mort » Pierre mourrait (cf. Jn 21, 19). Un prêtre est comme mort à lui-même. « De l’argent et de l’or, je n’en ai pas ; mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ le Nazaréen, lève-toi et marche. » « Au nom de Jésus Christ le Nazaréen » ! Le prêtre agit in persona Christi capitis, comme nous le disons en latin, c’est-à-dire, dans le nom de Jésus. C’est Jésus qui agit à travers le prêtre, quels que soient ses aptitudes, ses qualités ou ses défauts. « Au nom de Jésus Christ le Nazaréen, lève-toi et marche. » ! Nous ne méditerons jamais assez sur cette invention du Seigneur Jésus qui, comme le pensait le Curé d’Ars, traduit sa folie d’amour. Ressuscité, il reste présent parmi nous. Il agit au milieu de nous de façon singulière et particulière par le sacerdoce ministériel.

Par le service des prêtres

Voici ce que nous dit le Catéchisme de l’Église Catholique, au n. 1551 : « Ce sacerdoce est ministériel. « Cette charge, confiée par le Seigneur aux pasteurs de son peuple, est un véritable service ». Il est entièrement référé au Christ et aux hommes. Il dépend entièrement du Christ et de son sacerdoce unique. » Voilà la répétition du mot « entièrement » qui en dit l’importance. Ce sacerdoce du prêtre est entièrement référé au Christ et aux hommes. Il n’est pas référé à des idées humaines, ni à une stratégie humaine, ni non plus à des dons humains. Non, il est « entièrement référé au Christ et aux hommes ». Il est pour les hommes, totalement pour les hommes. Rien du prêtre n’existe pour le prêtre. Il est tout entier pour les hommes. Le Catéchisme le souligne : « Le sacerdoce ministériel dépend entièrement du Christ et de son sacerdoce unique, et il a été institué en faveur des hommes et de la communauté de l’Église. » En faveur de l’humanité, pour le bien de l’humanité.

Et le Catéchisme continue : « Le sacrement de l’Ordre communique « un pouvoir sacré », qui n’est autre que celui du Christ. » Le prêtre n’a pas de pouvoir. Malheureux prêtre qui exercerait son pouvoir alors qu’il est totalement au service d’un unique pouvoir sacré qui n’est autre que celui du Christ. Ce ne sont pas Pierre et Jean qui ont levé le paralytique et qui l’ont fait marcher. C’est uniquement le Christ ! Le Catéchisme termine : « L’exercice de cette autorité doit donc se mesurer d’après le modèle du Christ qui par amour s’est fait le dernier et le serviteur de tous. »

Peut-être que pour beaucoup de fidèles – et peut-être aussi pour beaucoup de ministres ordonnés – la liturgie est trompeuse. Elle nous laisserait croire que le prêtre est le premier, que l’évêque est le premier. Non ! Il se réfère, il se mesure, d’après le modèle du Christ qui, par amour, s’est fait le dernier et le serviteur de tous. Saint Jean Chrysostome qui est cité ici, ce Père de l’Église des premiers siècles de l’Église, vient en commentaire : « Le Seigneur a dit clairement que le soin apporté à son troupeau était une preuve d’amour pour lui. » Ce qui est premier, c’est le saint Peuple de Dieu. Ce qui est premier, c’est la Communauté vers laquelle le prêtre est envoyé.

Mgr d'Ornellas

Le choix gratuit de Dieu

Mais nous l’entendons dans la deuxième Lecture, cela n’est possible que s’il y a un acte particulier du Christ. Nous l’entendons pour saint Paul : « Dieu m’avait mis à part dès le sein de ma mère ». Voilà le choix gratuit. Pourquoi donc Dieu m’a-t-il appelé moi à être prêtre ? Il n’y a pas de réponse à cette question. C’est un choix absolument gratuit. Il aurait mieux fait de choisir quelqu’un de plus doué, de plus capable. Et non ! Voilà que le persécuteur Saul de Tarse, qui est un authentique persécuteur, c’est lui que Dieu a choisi. « Dieu m’avait mis à part dès le sein de ma mère » alors même que cet appel, ce choix se révèle au cours d’une existence. Dans le fond ce choix existe dès le début, dans le sein de la mère. On pourrait aussi traduire : dans le sein de l’Église, dans le sein du saint Peuple de Dieu, il y a ce choix gratuit.

« Dans sa grâce, il m’a appelé ; et il a trouvé bon de révéler en moi son Fils, pour que je l’annonce parmi les nations païennes. » Le prêtre est conscient qu’il est sans arrêt en train de se mettre dans les dispositions pour que cette révélation au plus profond de lui, du Fils de Dieu, agisse. Ce n’est pas une révélation de concept. Ce ne sont pas des idées. C’est une révélation transformante. C’est une révélation qui fait, comme le dit Benoît XVI, que les pensées du Christ viennent habitées dans le cœur de celui qui l’annonce.

Ce choix gratuit a une conséquence immédiate que nous entendons dans l’Évangile : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? » Tout commentaire affaiblirait cette question de Jésus « m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? » Cette question de Jésus est pleine de délicatesse. Dans l’Évangile, nous le voyons parfois guérir un enfant malade et il le remet à sa mère et lui dit : « Donnez-lui à manger. » La question est tout à fait extraordinaire : « Simon, fils de Jean ».

Chers parents d’Hubert, chers parents d’Erwan, vous êtes présents dans cette question : « Simon, fils de Jean » peut aujourd’hui se dire ainsi : Hubert, fils de tes parents, Erwan, fils de tes parents, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? Voilà qu’il est fait appel à un amour d’un autre ordre. Ce n’est pas un amour qui est supérieur, mais il est d’un autre ordre. C’est l’amour qui engage par joie et par réponse libre dans le célibat pour le Royaume. C’est un amour autre que l’amour familial. C’est un amour autre que l’amour parental. Et Dieu sait si l’amour parental, si l’amour filial est un amour magnifique que le Seigneur Jésus a vécu lui-même parce que c’est un chemin de sainteté ! C’est un chemin de joie, d’épanouissement étonnant comme si l’être humain était fait pour cet amour familial. J’ai sous les yeux, dans cette Cathédrale, un petit bébé qui est sur les genoux de son père. Que c’est beau !

Se fier au Christ qui sait

Mais voilà que Jésus pose la question : « Erwan, fils de tes parents, Hubert, fils de tes parents, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? » Un amour particulier vous lie à Jésus. Et votre réponse est extraordinaire aussi : « Oui, Seigneur, toi, tu le sais. » Vous ne répondez pas : « Oui, Seigneur, moi, je le sais, je t’aime. » Vous répondez : « Oui, Seigneur, toi, tu le sais. » Ce qui est extraordinaire, c’est que vous répondez trois fois « toi, tu le sais. » La dernière réponse, la troisième dit ceci : « Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. »

Ainsi, le prêtre n’est pas quelqu’un qui prétend aimer le Christ. Mais le prêtre se tourne sans cesse vers le Christ pour recevoir de lui sa vocation, son appel, sa mission, sa nouvelle humanité, pour  recevoir de lui cet enfantement qu’est l’Ordination sacerdotale. Cher Erwan et cher Hubert, dans cette troisième réponse, que vous pouvez graver en lettres d’or au fond de votre cœur, et que vous pouvez répéter chaque jour : « Seigneur, toi, tu sais tout », il y a une espérance et une force, une assurance. En effet Jésus, qui vous appelle, sait tout du dessein de Dieu. Vous pouvez lui dire : « Tu sais tout du dessein de la Communauté où tu m’envoies. Tu sais tout de la grâce que tu donnes à cette Communauté. Tu sais tout de la grâce que tu donnes à cette personne. Tu sais tout de la volonté du salut qu’a le Père des cieux pour tous les hommes. Tu sais tout de la croissance de l’Église. Et moi, prêtre, avec mes limites, je ne sais pas bien. Moi, prêtre, avec mes défauts, peut-être influencé par les réseaux sociaux qui m’accablent, qui me percutent sans arrêt, je suis limité, j’ai une écharde dans la chair, je ne sais pas très bien. »

Ainsi, la réponse n’est jamais : « Seigneur, moi je sais. » Non, c’est toujours : « Seigneur, toi, tu sais tout. » Vous vous souviendrez de ce « tout » dans l’évangile de saint Jean : « Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis », dit Jésus, « parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. » (Jn 15, 15)

Les fidèles du Christ

Ainsi, c’est Jésus qui conduit son Église. C’est Jésus qui édifie l’Église. C’est Jésus qui sait. Et vous, avec moi, en communion les uns avec les autres, nous sommes des serviteurs, de pauvres serviteurs. Alors, nous entendons Jésus qui nous dit : « Sois le berger de mes brebis. » Et non pas de « tes » brebis.

Cher Hubert, cher Erwan, votre Ordination sacerdotale nous permet à nous prêtres et nous évêques de reprendre conscience avec une joie immense que chacun des fidèles, des hommes, chacune des femmes, chacun des enfants, chacune des personnes âgées, chacun des plus pauvres, des plus fragiles qui sont sur notre route, ce sont les brebis de Jésus. Ce sont des brebis pour lesquelles Jésus a un amour infini. Ainsi, serviteurs de ces brebis, voilà que vous êtes toujours prêts à les servir, à être pasteurs en vous souvenant que Jésus sait ce qu’il fait avec ses brebis.

Puissions-nous tous, prêtres et évêques, demander au Seigneur Jésus la grâce de l’humilité la plus vraie, la plus profonde et la plus libre, la plus joyeuse comme je l’ai expérimentée le jour où j’ai rencontré de très près pendant plusieurs moments saint Jean-Paul II, j’ai été bouleversé par son humilité. Il se savait à la dernière place.

Cher Erwan, cher Hubert, que saint Pierre et saint Paul prient pour vous et vous gardent toujours, chaque jour de votre vie de prêtres dans la joie de servir comme prêtres les brebis du Seigneur Jésus.