Diocèse de Rennes

Inauguration de la salle du Trésor de la Cathédrale Saint-Samson

Intervention de Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, Dol et Saint-Malo, samedi 12 juin 2021, à Dol-de-Bretagne

Pourquoi y-a-t-il un « Trésor » ? C’est qu’il y a quelque chose de tout à fait singulier dans le christianisme dont la Cathédrale est un magnifique et singulier écho. Cet aspect du Christianisme, c’est la rencontre de l’invisible que jamais personne n’a vu et que, depuis des générations et des générations, des hommes et des femmes, des enfants et des vieillards cherchent à voir. Ils pressentent qu’il y a quelqu’un plutôt que quelque chose dans cet invisible. Le Christianisme a ce génie incroyable de rejoindre l’Invisible avec le visible, de laisser voir l’invisible dans du visible puisque nous croyons dans le Christianisme à ce que nous appelons le Mystère de l’Incarnation. Voilà que Dieu invisible s’est fait chair dans celui qui a reçu le nom de Jésus, celui qui sauve le Peuple de ses péchés. Dans ce visage humain, il est possible de voir l’Invisible. De tout cela le Christianisme a eu le génie des sacrements. Dans cette matière si humble et si concrète que sont du pain, du vin, de l’eau, de l’huile utilisés dans les sacrements, ainsi que dans la parole humaine prononcée dans les sacrements, il y a l’attestation d’une présence de l’Invisible. Dans ces réalités si humbles que sont la parole humaine, l’huile, l’eau, le pain, le vin mis en œuvre par les sacrements de l’Église, l’Invisible se donne ! Voilà pourquoi il y a un « Trésor ».

Dans ces choses si simples du culte, des hommes et des femmes comprenaient qu’il y avait quelque chose d’extraordinaire. Dans l’humilité et la modestie du geste du culte, dans la modestie d’un ciboire ou d’un calice, dans la modestie d’une coupe qu’y a-t-il ? L’infini de Dieu. C’est pour cela que les artistes ont toujours été convoqués depuis le début du Christianisme pour essayer de rendre perceptible que l’Invisible se trouve dans le visible. Y compris dans une croix, qui est normalement le lieu de l’abomination et de la plus grande souffrance, s’est rendue visible la gloire de Dieu, c’est-à-dire son Amour divin.

Le Christianisme a toujours relié, dans cette chose si quotidienne de la vie humaine et de l’histoire, la présence de l’Invisible qui est Amour, Providence, qui conduit les hommes et les femmes dans leur grand désir d’une joie qui soit véritable et qui perdure toujours. Ces objets de culte vécu ordinairement sont appelés à manifester ce trésor du Christianisme. Rassemblés, ils forment le « Trésor » d’une cathédrale.

Il me semble que c’est ainsi qu’on peut nommer ce lieu où il est donné à voir ces gestes si simples qui disent quelque chose de l’Infini, ces objets si ordinaires mais qui sont travaillés et ornés pour essayer de nous faire percevoir et comprendre que dans ces objets il y a quelque chose de l’Infini. Dans cette jonction de l’Infini et de l’ordinaire, de notre histoire et de la Providence divine, se cache peut-être le plus beau que l’être humain est capable de réaliser. Il est légitime de l’appeler un « Trésor ».