Diocèse de Rennes

Homélie de Mgr Pierre d’Ornellas pour la Messe chrismale 2013

Homélie de la Messe chrismale, du Mercredi Saint 27 mars 2013 en la cathédrale Saint-Pierre de Rennes.

Comme chaque année, la Messe chrismale est la Messe, à la veille du Triduum Pascal, qui concerne tout le diocèse. Ainsi, je suis heureux que dans cette cathédrale soient présents aussi tous ceux qui sont réunis par RCF Alpha et aussi ceux qui sont en communion avec nous par la prière. Chers amis, vous qui êtes là, grâce à la radio, nous prions avec vous. Et parmi vous tous, je pense aux malades car, en cette Messe Chrismale, je vais bénir l’huile des malades. Mais je pense aussi à vous, chers amis, pour lesquels notre pape François a une pensée spéciale, vous qui êtes détenus. Oui, vous êtes présents avec nous, dans notre prière et nous prions Dieu pour qu’il vous garde dans l’espérance, dans le courage et dans la paix.

« Aujourd’hui »

Aujourd’hui, résonne une Parole si extraordinaire de Jésus, nous l’avons entendue : « Aujourd’hui, s’accomplit à vos oreilles cette Parole de l’Écriture. » (Luc 4, 16-30) « Aujourd’hui ». Combien de catéchumènes pourraient témoigner, combien de néophytes pourraient témoigner, combien de jeunes qui entendent l’Appel de Dieu pourraient témoigner de cet « aujourd’hui » ? Aujourd’hui, Dieu parle au fond des cœurs et cette Parole accomplit ce qu’elle dit : « Tu as du prix à mes yeux et je t’aime. » Et cet amour est transformant, cet amour met en route, cet amour donne la force, cet amour réveille la liberté, cet amour permet de répondre : « Oui, me voici » pour avancer vers le saint Baptême. « Oui, me voici » pour être ton témoin au milieu des hommes. « Oui, me voici » pour vivre la consécration. « Oui, me voici » pour entrer sur le chemin qui mène à l’Ordination pour être prêtre.

Mes amis, tous ceux qui ont vécu ce « oui » parmi nous, peuvent témoigner de cet « aujourd’hui » de la Parole de Jésus : « Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles cette Parole de l’Écriture. » Mes amis, aujourd’hui, cette Parole porte l’espérance ; aujourd’hui, cette Parole donne l’amour ; elle est une Parole de paix. Et il faut le souligner, dans les sacrements que nous célébrons, que nous vivons, dans les sacrements que nous recevons, la Parole de Dieu se fait entendre, la Parole de Dieu est déployée. Ainsi, nous comprenons la puissance, l’extraordinaire discernement que l’Église a mis en œuvre quand elle a déployé la Parole, l’Écriture Sainte, dans la célébration des sacrements.

Écriture Sainte et sacrements

Le concile Vatican II dont nous célébrons le 50e anniversaire de l’ouverture est vraiment un grand fruit de l’Esprit Saint qui a rendu à la vie ordinaire de l’Église dans ses sacrements la puissance de l’Écriture Sainte. Oui, quand un prêtre baptise, c’est le Christ qui baptise. Quand un prêtre célèbre le sacrement du Pardon, c’est le Christ qui pardonne. Quand un prêtre célèbre l’Eucharistie, c’est le Christ qui est là et qui se donne. Dans les sacrements, c’est le Christ qui est là. Quand le prêtre s’approche d’une personne malade et célèbre le sacrement des malades, c’est le Christ qui est là et qui vient donner sa force intérieure aux malades. Le Christ vient à nous dans sa Parole qui s’accomplit. L’Écriture Sainte est Parole du Christ dans toute célébration des sacrements.

Aujourd’hui, nous rendons grâce à Dieu pour le concile Vatican II qui nous a bien dit à quel point l’Écriture Sainte, les « Saints Livres » sont la nourriture abondante des enfants de l’Église, la source pure où ils viennent se désaltérer, la force de leur foi et de leur vie spirituelle . Oui, quand nous lisons l’Écriture Sainte, en groupe, fraternellement, quand nous la méditons dans la Lectio divina, chez nous, quand nous l’entendons au cours de la célébration d’un sacrement, le saint concile Vatican II nous dit cette phrase extraordinaire : « Dans les Saints Livres, Notre Père du Ciel avec tendresse vient au-devant de ses fils et entre en conversation avec eux. »

Porter l’Évangile

Mes amis, voici que nous avons ce trésor de l’Écriture Sainte. Et cette Écriture Sainte, cette Bible devient Parole de Dieu pour nous par la puissance de l’Esprit Saint. Nous l’avons entendu dans la première lecture : « L’Esprit du Seigneur repose sur moi. Il m’a consacré par l’onction pour porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. » (Luc 4, 18) Nous n’allons pas simplement porter un message, le message que nous aurions reçu de quelqu’un du passé. Nous n’allons pas simplement transmettre des valeurs pour vivre correctement dans notre société. Voici que nous transmettons la Présence de quelqu’un qui parle, qui prononce une Parole dont nous donnons, comme nous le pouvons, simplement, humblement, fraternellement le texte, le mot de l’Écriture Sainte qui vient sur nos lèvres et que nous donnons à celui vers lequel nous allons. « L’Esprit Saint est sur moi. Il m’a consacré par l’Onction pour porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. » Loin d’être un message, c’est plus qu’un message, c’est une Bonne Nouvelle. C’est « l’Évangile », c’est-à-dire Jésus lui-même.

Mes amis, aujourd’hui, rendons grâce à Dieu pour ce grand don des sacrements dans lesquels le Christ vient et nous parle, nous touche, nous rejoint au plus profond des cœurs, nous qui sommes de pauvres hommes, de pauvres pécheurs, habités par la faiblesse à cause de notre corps. Nous, qui avons transpercé Jésus, qui l’avons défiguré d’une manière ou d’une autre, nous entendons cette Parole extraordinaire : « Ils me regarderont, même ceux qui m’ont transpercé. » (Zacharie 12, 10) Voilà le Seigneur Jésus qui vient jusqu’à nous dans les sacrements où se déploie l’Écriture Sainte. Voici que le Seigneur Jésus vient jusqu’à nous quand nous méditons l’Écriture Sainte, quand nous la méditons dans la prière dans notre chambre, chez nous, quand nous la partageons en famille. Voici qu’il vient dans son immense amour et voici que nous pouvons le regarder. Tel est l’échange de regard entre lui et nous, entre nous et lui. Regard d’amour auquel répond notre regard d’amour plein de reconnaissance.

Rendons grâce pour les prêtres

Mes amis, rendons grâce aussi pour les prêtres qui ont, avec l’Évêque, comme ministère le plus important celui de la Parole, celui de dire l’Évangile, celui de discerner l’Évangile qui est vécu, celui de le proclamer dans la douceur, dans la paix, dans la bonté et dans la tendresse. Comme l’a dit notre pape François : « N’ayez pas peur de la bonté, de la tendresse. » Comme il est juste et bon de prier les uns pour les autres pour que nous soyons bons les uns avec les autres. Mieux, que nous soyons remplis de tendresse les uns avec les autres et pour que nous prêtres, moi, avec vous chers amis prêtres, nous soyons pleins de bonté et de tendresse pour porter l’Évangile, pour dévoiler la Bonne Nouvelle, pour accueillir ce visage de Jésus qui naît dans les cœurs d’une manière ou d’une autre, pour calmer les violences de telle manière que nous avancions à la suite de Jésus, tous dans la paix.

La joyeuse humilité

Enfin, si nous rendons grâce à Dieu pour les sacrements dans lesquels se déploie l’Écriture Sainte, si nous rendons grâce à Dieu pour l’Écriture Sainte qui nous est donnée, Parole vivante qui nous est donnée, si nous rendons grâce à Dieu pour le sacerdoce ministériel, pour les prêtres, si nous rendons grâce à Dieu pour l’appel à être prêtre, n’hésitons pas à répondre « oui » pour ce ministère si extraordinaire, qui ne déçoit jamais, d’annoncer l’Évangile. Annoncer l’Évangile avec les diacres qui nous rappellent que nous sommes tous des humbles serviteurs.

Si nous rendons grâce, nous savons aussi que cette Parole de Dieu, c’est la Parole qui est l’alpha et l’oméga : « Je suis l’alpha et l’oméga » (Apocalypse 22, 13). Elle nous dépasse de toute part et nous, disciples de Jésus qui avons entendu dans notre existence Jésus nous parler, voici que plus nous écoutons cette Parole, plus nous la recevons, alors plus naît en nous ce sentiment qui est plus qu’une vertu, qui est une attitude de fond dont a été porteur au milieu de l’Église, au milieu de nous, le pape Benoît XVI et dont est certainement porteur au milieu de nous le pape François.

Quand cette Parole de Dieu touche en vérité un cœur alors naît l’humilité joyeuse. Et nous comprenons Jésus qui nous dit : « Mettez-vous à mon école, apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. » (Matthieu 11, 29) L’humilité de Jésus est infinie. Jésus qui se met toujours à genoux pour nous servir et nous offrir sa Parole. Jésus qui ne vient jamais nous dominer en surplomb mais qui s’abaisse, qui prend sur ses épaules notre faiblesse et qui nous lave les pieds comme le fait un esclave.

Aimer Jésus

Jésus, c’est lui que nous aimons ce soir. Qui que nous soyons, avec les questions qui nous habitent dans notre foi, dans notre espérance, que vous soyez ici dans cette cathédrale, que vous soyez présents par RCF Alpha, oui, peut-être vous qui êtes malades, vous qui êtes détenus, vous qui vivez des difficultés, oui, tous ensemble, prions les uns pour les autres, aimons-nous les uns les autres comme Jésus nous aime. Et ce soir, du plus profond de notre cœur, avec action de grâce et joie, avec humilité, disons simplement : Seigneur Jésus, je te remercie, tu es mon « frère » (cf. Romains 8, 29), tu es mon « ami » (Jean 15, 14-15), tu me parles, tu es mon « sauveur » (Jean 4, 42), Seigneur Jésus, j’ose te le dire en toute vérité, « tu sais tout, tu sais bien que je t’aime » (Jean 21, 17).