Parole de l’Évêque – Avec Marie, accueillons l’Esprit Saint

Paru dans Église en Ille-et-Vilaine n°319 – Mai 2020

Comment ne pas invoquer l’Esprit Saint en ce temps d’épidémie ?

Il est juste et bon de Le prier afin qu’Il nous éclaire sur la belle manière de vivre la foi quand on est privé de l’Eucharistie. Il est vital de L’implorer pour que nos cœurs ne se replient pas dans l’aigreur mais se dilatent dans la charité patiente et inventive, en famille et vers les plus fragilisés.

En effet, le coronavirus nous a réduits à l’inactivité pour la plupart d’entre nous. Confinés, nous demeurons chez nous et nos relations sont interpellées. En famille, avec les collègues de télétravail, entre voisins, vis-à-vis de personnes isolées ou marginalisées, il nous faut réinventer nos relations afin que celles-ci demeurent vraies et conduisent au bonheur authentique. Ce confinement est révélateur de nos fragilités. Il nous oblige à les assumer. Il nous apprend peut-être le beau prix des relations vécues avec simplicité dans l’amour.

Nous saluons de façon unanime les soignants. Nous les applaudissons, comme si, tout d’un coup, nous découvrions la grandeur de leur engagement en vue du soin des malades. Ces applaudissements spontanés et collectifs nous relient et disent quelque chose de juste. De fait, l’épidémie nous place devant ce défi : édifier ensemble un monde où nous prendrons soin les uns des autres avec bienveillance et paix. Voilà la visée qui devrait inspirer radicalement l’économie !

Prendre soin les uns des autres, corporellement, psychologiquement et spirituellement, c’est bannir la loi du plus fort qui autorise d’écraser le plus faible. C’est reconnaître la valeur de chaque personne et de chaque groupe ainsi que leur capacité de contribuer au bien de l’ensemble. C’est comprendre que le plus vulnérable et le plus fragile font sortir de nous des ressources insoupçonnées d’humanité. C’est percevoir l’admirable vocation de chaque personne à reconnaître l’amour de Dieu et à Lui remettre toute sa confiance. C’est œuvrer pour l’unité dans le saint Peuple de Dieu où chacun est appelé à entrer gratuitement.

Mai est traditionnellement le mois de Marie. Cette année, il s’achève par la Pentecôte. La Mère de Jésus a su recevoir l’Esprit Saint. Son humilité si joyeuse nous invite à entrer dans cette attitude fondamentale qui permet d’ouvrir nos cœurs au don de l’Esprit : « Il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. » (Luc 1,51-52)

Son action de grâce nous stimule à oser remercier Dieu pour le don de sa création, du frère ou de la sœur, de la vie reçue, de sa Parole et de sa grâce : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! » (Luc 1,46-47) L’émerveillement gratuit nous prépare à recevoir de façon désintéressée le don de l’Esprit.

La charité de Marie partant avec empressement visiter sa cousine Élisabeth (cf. Luc 1,39) nous provoque à considérer l’amour vrai et sincère, plein de douceur, comme ce que nous avons à vivre de plus précieux. Voilà en vérité la préparation la plus belle au don de l’Esprit !

Son chant à la miséricorde de Dieu (cf. Luc 1,54) nous pousse à demander pardon pour nos péchés. Pourquoi ce mois de mai ne serait-il pas le moment favorable pour aller se confesser ? Le confinement nous en a peut-être empêchés pendant le Carême. Comme il est beau de préparer et vivre le sacrement de Réconciliation pour célébrer avec grande joie la Pentecôte !

Avec confiance, demandons chaque jour au Christ ressuscité de « souffler » sur nous et de nous dire : « recevez l’Esprit Saint » (cf. Jean 20,22).

Mgr d'Ornellas_©Michel Ogier

Mgr d'Ornellas © Michel Ogier

Monseigneur Pierre d’Ornellas
Archevêque de Rennes, Dol et Saint-Malo,
Pour la Cef : Membre du Comité Études et projets
et responsable du Groupe de travail "Bioéthique"