Diocèse de Rennes

Ordination diaconale de Maurice Hellec, Samuel Marquet, Jacques de la Masselière

De g. à d. : Samuel et Estelle Marquet, Maurice Hellec, Valérie et Jacques de la Masselière

Homélie de Mgr Pierre d’Ornellas, Archevêque de Rennes. Dimanche 1er mai 2022, à la Cathédrale Saint-Pierre de Rennes, à l’occasion de l’ordination diaconale de Maurice Hellec, Samuel Marquet et Jacques de la Masselière.

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Lectures : Actes des Apôtres (5, 27b-32.40b-41) ; Psaume 29 (3-4, 5-6ab, 6cd.12, 13) ; Apocalypse de saint Jean (5, 11-14) ; Jean (21, 1-19)

Cher Maurice, cher Samuel, cher Jacques,

Permettez-moi de vous dire pour commencer qu’il y a beaucoup de personnes qui prient pour vous en ce moment. Mais ce matin, je suis allé célébrer la Messe à la prison de Vezin-le-Coquet. Les détenus qui étaient présents m’ont assuré qu’à 15h, dans leur cellule, ils prieraient pour vous trois dont on avait dit les prénoms : Samuel, Maurice et Jacques. Ainsi, vous avez ces personnes, qui sont exclues, isolées, qui parfois ont un ressentiment contre elles-mêmes, qui prient pour vous.

Je voudrais aussi vous dire de ne jamais oublier que votre Ordination diaconale – ce qui est une grâce pour chacun d’entre vous et pour nous tous – est célébrée au moment de la grande aventure synodale dans laquelle le pape François, sous la motion de l’Esprit, a engagé toute l’Église.

Aimer Jésus qui se fait proche

Maintenant essayons de comprendre, à partir des textes de l’Écriture qui viennent d’être proclamés, ce que nous pouvons retenir. La mission a un noyau qui est identique pour toutes les personnes qui reçoivent une mission dans l’Église, une mission de l’Église dans le monde. Ce noyau central est révélé dans l’Évangile qui vient d’être lu et qui est à la fin des quatre Évangiles comme si c’était l’ultime révélation. Ce moyen, c’est l’amour. « Pierre m’aimes-tu plus que ceux-ci ? Est-ce que tu m’aimes vraiment ? » Quand cela est attesté trois fois dans l’Écriture Sainte, cela signifie que c’est la réalité la plus dense, la plus importante, le noyau essentiel : l’amour pour Jésus !

Aimer Jésus, cela parait évident. Pourtant, ce n’est pas si simple que ça de l’aimer vraiment, Lui, dans sa Passion et dans sa Résurrection, Lui, notre Grand Prêtre.

Aimer le Christ, c’est aimer son œuvre. C’est aimer ce qu’il fait, c’est être attentif au moindre détail de son action. Nous le savons, nous l’entendons dans l’Évangile qui vient d’être lu :  le Christ « s’approche » (Jean 21, 13). Jésus ressuscité « s’approche ». Peut-être avez-vous remarqué dans ce passage de l’Évangile ce petit verbe si simple. Jésus se fait ainsi le prochain, il s’approche. Et il s’approche de chaque être humain. Aucun être humain n’est exclu de ce mouvement du Christ par lequel il se rend proche, il s’approche.

Aimer Jésus, c’est aimer son mouvement par lequel il se fait proche de tout être humain pour lui donner sa paix, sa douceur, sa bonté, sa tendresse, sa consolation, lui révéler sans cesse qu’il y a un Père au Ciel. Se faisant proche, il peut prononcer pour chacun : « Ne crains pas, n’aies pas peur. »

Ainsi, aimer Jésus, ce n’est pas un amour statique, ni un amour qui nous sortirait du monde. Aimer Jésus, ce n’est pas non plus s’enfermer dans un idéal qui serait tout sauf de l’amour, car l’amour est réel, il tient compte de la réalité. La grande réalité, c’est que le Christ nous entraine, parce que nous l’aimons, dans son mouvement avec lequel il se fait proche.

L’obéissance qui ouvre à l’Esprit Saint

Et pourquoi se fait-il proche ? Pourquoi s’approche-t-il ? Nous le savons bien, aimer Jésus, c’est aimer Celui qui s’est fait obéissant (cf. Philippiens 2, 8), Celui qui avait pour nourriture la volonté de son Père (cf. Jean 4, 34). Cette volonté, nous la connaissons : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. » (1 Timothée 2, 4)

Ainsi, aimer Jésus, c’est l’aimer dans son acte d’obéissance où Jésus, en communion avec son Père, partage tous les sentiments de son Père. Son Père est miséricordieux (cf. Luc 15, 20), Jésus est débordant de miséricorde (cf. Luc 7, 13). Le Père ne souffre pas que sa famille soit divisée, que ses enfants soient divisés les uns contre les autres. Le Christ livre sa vie pour l’unité de l’Église (cf. Jean 11, 52).

On pourrait indéfiniment rapprocher les sentiments du Christ de tout ce qui habite le Père. Nous le savons bien, le Christ nous le confie. Tout ce qu’il dit, il le dit comme le Père lui a dit de le dire (cf. Jean 12, 50). C’est une obéissance qui n’est pas servile, mais le mot le plus juste pour la signifier, c’est la communion. La communion entre Jésus et son Père !

Nous l’avons entendu dans la première lecture : « Il vaut mieux obéir à Dieu. » (Actes 5, 29) Voilà que ceux qui aiment Jésus, désirent de tout leur cœur obéir à Dieu, c’est-à-dire vivre en communion avec Dieu qui nous envoie au quatre coins du monde pour nous approcher, comme le Christ s’est approché, ou plutôt pour nous approcher parce que le Christ est avec nous et il nous pousse à nous faire proches.

Obéir, c’est tout simplement suivre ce mouvement où, comme nous l’avons entendu, ce n’est plus moi qui mets ma « ceinture pour aller » vers ceci ou cela, faire ce que je trouve juste et bon (cf. Jean 21, 18). Non, « c’est un autre qui [me] met la ceinture », c’est-à-dire Jésus lui-même qui m’entraine dans son mouvement pour me rendre proche de ceux dont le Christ veut se rendre proche par moi. L’obéissance, c’est cette communion au Seigneur Jésus !

Alors, comme nous l’avons entendu dans la première lecture : « ceux qui obéissent reçoivent l’Esprit. » (Actes 5, 32) Ceux qui vivent en communion telle que l’Écriture nous le dit, ce sont ceux-là qui reçoivent l’Esprit.

Avancer ensemble par amour

Ainsi, la Démarche synodale de l’Église est impossible sans l’Esprit. Cette démarche serait « mondaine », comme dit le pape François. Elle est pleine de « mondanité » s’il n’y a pas l’Esprit. Sans l’Esprit Saint, la Démarche synodale est vaine, elle n’est qu’une discussion où on peut discuter les uns avec les autres pour chercher un consensus. Alors que la véritable Démarche synodale, c’est avancer conduits par l’Esprit pour découvrir ensemble les chemins que le Christ nous invite à emprunter. C’est découvrir, par la puissance de l’Esprit, ce mouvement du Christ qui nous invite à nous faire proches, infiniment proches. On ne sera jamais assez proches du plus pauvre, du plus délaissé, de tout homme. La proximité du Christ est indéchiffrable.

Le futur saint Charles de Foucauld a compris qu’il n’arriverait jamais à imiter le Christ vraiment, car personne ne s’est fait aussi proche de chaque personne humaine comme Lui se fait proche de chaque personne humaine. Mais voilà que dans la communion avec lui, c’est-à-dire dans l’obéissance au Christ, nous recevons l’Esprit. Cet Esprit nous entraine dans ce mouvement de Jésus. En effet, cet esprit fait grandir en nous l’amour (cf. Romains 5, 5). Comme le souligne le pape François dans son Exhortation Amoris Laetitia, l’amour est la seule réalité qui peut grandir indéfiniment, qui n’a jamais fini de grandir.

Pour vous, Samuel et Jacques, cet amour pour le Seigneur Jésus, c’est aussi une croissance de votre amour comme époux et comme pères. Plus vous obéirez à Jésus, plus vous vivrez dans la communion avec Lui, plus votre amour d’époux et de pères grandira. Maurice, dans le célibat « pour le Royaume », c’est aussi un amour très spécial qui grandit. Il n’est pas supérieur à l’amour conjugal, il est d’un autre ordre.

Cet amour que l’Esprit Saint verse en nos cœurs, dans la communion avec Jésus, est rempli de douceur, de patience. Cet amour nous ouvre les yeux en nous guérissant de nos aveuglements, il nous fait voir les chemins où il faut avancer ensemble pour nous rendre proches de untel, d’unetelle, de tel groupe, que sais-je. Cet amour est toujours créatif. Non pas des inventions pour des inventions. Il est créatif pour, dans l’obéissance à sa Parole, trouver là où le Christ nous emmène, pour nous faire proches de nos frères et sœurs.

L’Église, la famille de frères et sœurs

Mes amis, rendons grâce à Dieu pour cette Ordination diaconale et demandons les uns pour les autres de grandir dans l’amour. Il n’y a que l’amour qui compte ! Rien n’est plus grand que d’aimer, dans des petits gestes, des sourires, des regards, dans le quotidien le plus quotidien. Voilà où l’Esprit Saint nous invite à avancer pour que nous puissions aimer davantage.  Osez demander dans la prière que la charité et l’amour qui sont dans notre cœur grandissent. Faire cette demande jour après jour, alors nous découvrons de plus en plus où et comment avancer. Et si nous ne l’avons pas découvert encore, voilà que l’amour peut guérir notre aveuglement.

L’Église, c’est une famille de frères et de sœurs quelle que soit la fonction que nous avons. Nous sommes des frères et des sœurs et nous avons un « frère aîné » qui est le Christ Jésus. Que cet amour grandisse en nous pour que nous découvrions de plus en plus la beauté de l’Église, la sainteté de l’Église toujours en mouvement comme une communion de frères et sœurs guidés par l’Esprit pour, au Nom du Christ, nous faire proches de tous nos frères et sœurs qui attendent parfois sans le savoir que quelqu’un leur dise : « Ne crains pas, tu es aimé, Dieu t’aime tel que tu es. »

Aujourd’hui, recueillons cette Parole pour chacun d’entre nous. Dieu nous aime tels que nous sommes, il nous connait, il nous accompagne, il est avec nous et il nous donne son Esprit pour que nous puissions aimer envers et contre tout. Amen.

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