Lettre aux catholiques d’Ille-et-Vilaine : Eucharistie & confinement

Au début de cette nouvelle période de confinement, Mgr Pierre d’Ornellas publie une lettre aux catholiques de son diocèse de Rennes.

Ce temps de pandémie est une épreuve. Tous, nous sommes concernés comme chacun de nos frères et sœurs en France et dans la majeure partie du monde. Certains en souffrent plus que d’autres, en particulier les malades de la Covid-19, les familles des défunts dont la mort est due à ce virus, les personnes âgées dépendantes dont l’isolement s’alourdit, mais aussi les victimes de la crise économique. Le nouveau confinement nous déstabilise !

La grande lumière de la foi

Pour vous, chers fidèles catholiques, la foi en Dieu est une lumière qui vous garde dans l’espérance. Dieu n’est pas confiné et se fait proche de celles et ceux qui le cherchent avec confiance. Il est amour, éternelle est sa fidélité !

Votre foi vous pousse à la charité inventive et attentive. Elle vous aide à sortir de l’individualisme ambiant qui conduit à penser que chacun a droit à ce qu’il désire. Elle vous donne au contraire la joie d’appartenir à une communauté, à une paroisse, à la « famille de Dieu » qu’est l’Église. Que la Covid-19 ne vous divise pas !

Au centre de la communauté, de la paroisse, de l’Église, l’Eucharistie est toujours célébrée pour elle et avec elle : « Il est grand le mystère de la foi. » Conscients de l’importance singulière de l’Eucharistie – qui n’est comparable à aucun autre rite des cultes –, nous, évêques, avons demandé la possibilité de la célébrer, tout en respectant les gestes barrières. Pour des raisons sanitaires estimées graves, le juge du Conseil d’État a préféré maintenir l’interdiction.

Par solidarité avec nos concitoyens, nous devons tous obéir. Mieux, par charité pour notre prochain, nous devons être vigilants dans l’application des gestes barrières afin de contribuer, chacun à sa place, à stopper la contamination de la Covid-19.

Ainsi, certains parmi vous souffrent de ne pouvoir participer à l’Eucharistie, « source et sommet de toute la vie chrétienne », comme le souligne le concile Vatican II.

Tous, vous êtes appelés à continuer à avancer comme chrétiens selon le double appel que Dieu nous adresse : « Vous serez mes témoins » (Actes 1,8) ; « Devenez saints, vous aussi, dans toute votre conduite » (1 Pierre 1,18).

Être témoin en vivant la charité et avancer humblement vers la sainteté, voilà le cœur de la vie chrétienne à la suite du Christ qui nous a aimés jusqu’à l’extrême (Jean 13,1) et qui est le seul saint (Apocalypse 15,4) ! Pour cela, vous avez besoin d’une nourriture.

Rappelez-vous l’image biblique de Dieu : il est Pasteur pour son peuple (Ézéchiel 34). Ayez confiance en Lui ! Jésus, le Bon Pasteur, conduit ses brebis vers de verts pâturages, il fortifie les chancelantes, soigne les blessées. Il appelle chacune par son nom, afin que chacune se tourne vers Lui et L’écoute. Il donne sa vie pour ses brebis (Jean 10,1-18).

Par cette image du Pasteur, chacun comprend que l’Eucharistie, c’est Jésus lui-même qui se donne en nourriture afin que chacun  grandisse dans la charité et la sainteté. Mais comment recevoir cette nourriture divine et sacramentelle quand l’Eucharistie n’est plus possible ? Voici quelques indications simples.

Cheminer jusqu’à l’église

Tout d’abord, chacun peut aller dans une église pour prier, pour trouver la paix, pour remercier des dons reçus. Que ce soit alors une belle démarche de pèlerinage, accomplie seul ou en famille, mais sans regroupement de personnes. Chaque église, avec son architecture, son chœur, son tabernacle et sa petite lumière rouge, ses statues, est un symbole de l’Église, « la Jérusalem qui vient du ciel » (Apocalypse 21,2).

Souvenez-vous : « Quelle joie quand on m’a dit : Nous irons à la maison du Seigneur ! Maintenant notre marche prend fin devant tes portes, Jérusalem ! Jérusalem, te voici dans tes murs : ville où tout ensemble ne fait qu’un ! » (Psaume 121)

A NOTER : une proposition de lectio divina hebdomadaire sera bien proposée à tous sur ce site web, afin de nourrir votre prière dans les églises ouvertes

S’ouvrir à la prière

Chacun a la possibilité de prier, seul ou en famille, en trouvant la manière qui convient : devant une image du Christ, avec de la musique, en contemplant la nature et sa beauté, dans sa chambre ou à l’église. Par le chapelet, le silence du cœur, la prière liturgique des Heures, la méditation de la Parole de Dieu en y cherchant son visage, le « pardon, merci, s’il te plaît » adressés à Dieu, etc…

Il est beau d’avoir une liturgie familiale avec par exemple le signe de la croix, la demande de pardon, la Parole de Dieu, la louange pour les bienfaits de Dieu et l’intercession pour des personnes connues et inconnues, le Notre Père puis la bénédiction que des parents peuvent donner à leurs enfants.

« Seigneur, je n’ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux ; je ne poursuis ni grands desseins, ni merveilles qui me dépassent. Non, mais je tiens mon âme égale et silencieuse ; mon âme est en moi comme un petit enfant contre sa mère. » (Psaume 130)

Méditer un passage biblique

L’Écriture Sainte est une nourriture pour chacun. En elle, Dieu dévoile son projet d’amour, lui qui « veut que tous les hommes soient sauvés » (1 Timothée 2,4). En elle, Il parle vraiment. Pour L’écouter, il est bon de se mettre en sa présence, de faire le beau signe de la croix, de demander l’Esprit Saint et d’accepter humblement de se laisser toucher ou interpeller par tel mot ou telle phrase dans la Bible. Cherchez le passage des Évangiles ou dans la Bible, qui vous nourrit dans votre foi en Dieu. Partagez en famille, en couple, sur un même texte biblique, en vous écoutant mutuellement.

On peut aussi choisir les textes bibliques proposés dans la liturgie de la Parole au cours de l’Eucharistie (sur le site internet AELF). L’Église, notre mère, vous les offre pour que votre foi s’illumine : « Ta parole est la lumière de mes pas, la lampe de ma route. Je l’ai juré, je tiendrai mon serment, j’observerai tes justes décisions. J’ai vraiment trop souffert, Seigneur ; fais-moi vivre selon ta parole. Toi, mon abri, mon bouclier ! J’espère en ta parole. Déchiffrer ta parole illumine et les simples comprennent. La bouche grande ouverte, j’aspire, assoiffé de tes volontés. » (Psaume 118)

Vivre une charité active

La grande parole de Jésus est connue : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres qu’on vous reconnaîtra pour mes disciples. » (Jean 13,34-35) Ceci est son commandement pour votre vie personnelle, familiale, professionnelle, mais aussi associative.

Vous connaissez peut-être « l’hymne à la charité » de saint Paul. Allez le lire au chapitre 13 de sa Première Lettre aux Corinthiens. L’Apôtre décrit les grandes qualités de l’amour. Il est juste de prier pour exprimer son amour envers Dieu, et pour demander que l’amour grandisse en son cœur. La Parole vous indique le chemin de l’amour envers le prochain, qui va jusqu’au pardon. Voilà le but de « toute la vie chrétienne » : aimer à la manière du Seigneur Jésus ! Voilà la vie eucharistique !

L’Eucharistie, sacrement de l’amour

Le fruit principal de la célébration de la Messe est l’amour. En effet, elle rend présent le sacrifice du Christ qui s’offre à son Père, par amour pour Lui et par amour pour tous les hommes. Ce sacrifice rend « tout honneur et toute gloire » à Dieu le Père. Il est l’« offrande pure » car vécue dans un amour parfait et total. Le prêtre offre ce sacrifice et s’y unit. Les fidèles s’y unissent dans la foi.

Vous participez « activement » à la Messe quand vous vous offrez vous-mêmes, par amour, en vous unissant à l’offrande du Christ ressuscité. À votre offrande de tout votre être, vous pouvez joindre celles et ceux qui vous sont chers ou certains que vous voulez présenter et unir à Jésus, le « sauveur du monde » (Jean 4,42).

Par charité pour eux, vous les confiez ainsi à l’infinie bonté de Dieu. Vous exprimez votre offrande par amour, avec Jésus, à notre Père du ciel, en disant « AMEN » de tout votre cœur, en réponse au prêtre qui chante ou dit : « Par Lui, avec Lui et en Lui, à toi Dieu le Père, tout honneur et toute gloire, dans l’unité du Saint-Esprit, pour les siècles des siècles. » Chacun peut alors se dire : moi, pauvre pécheur, j’offre ma vie avec confiance au Père du ciel, en étant uni à Jésus ressuscité dont l’offrande est infiniment pure.

La participation spirituelle

Cela peut être vrai même si vous ne pouvez pas assister à la Messe et si vous vivez une liturgie familiale nourrie de la Parole de Dieu et habitée par une louange et par une intercession. Cela est vrai aussi si vous suivez la Messe par la télévision, internet ou la radio, au moment où elle est célébrée. Oui, tous, vous pouvez entrer dans une participation réelle et spirituelle à l’offrande de Jésus.

Cela est concret ! Il s’agit de votre vie telle qu’elle est. La vie d’une maman avec le souci des enfants, d’un papa avec les joies et les peines, d’une épouse ou d’un époux, d’une grand-mère âgée soucieuse de ses petits enfants ou d’un grand père veuf. Il s’agit d’un malade avec sa solitude, ou d’une personne engagée dans son travail. Il s’agit de la situation réelle d’une personne que vous confiez à Jésus.

Soyez heureux de votre participation spirituelle en étant reliés par votre foi au Christ mort et ressuscité, réellement présent dans le sacrement de l’Eucharistie où vous n’êtes pas présents physiquement. Grâce à cette participation active, consciente, pleine de confiance et d’amour envers Dieu, votre charité grandit en vos cœurs, et la grâce de Dieu rejoint les personnes que vous présentez à Jésus.

Cette offrande est d’autant plus un sacrifice qu’il y a peut-être des choses difficiles à porter et que votre amour expérimente ses limites, parfois douloureuses. C’est avec amour que le Christ vous unit à Lui tel que vous êtes, dans la situation qui est la vôtre, pour vous donner sa grâce et vous confier au Père du ciel.

Certes, la privation de l’Eucharistie est une souffrance à offrir, mais que cette privation devienne pour chacun de vous un jeûne accepté et offert par amour. Oui, votre participation spirituelle au sacrifice de l’Eucharistie, qui est célébrée au moment où vous vous offrez avec Jésus, est toujours source de grâce et de croissance dans votre vie vers la paix: « La paix soit avec vous ! » (Jean 20)

Rencontrer un prêtre

Peut-être certains d’entre vous souhaiteront rencontrer un prêtre. N’hésitez pas à aller le voir. Les prêtres sont disponibles pour vous écouter, pour célébrer le sacrement de la réconciliation si vous le désirez, et pour vous accompagner au mieux sur votre chemin de charité et de sainteté en ce temps difficile pour tous. Si vous souffrez trop de ne pas pouvoir communier, parlez-en au prêtre. N’oubliez pas que les prêtres souffrent de célébrer l’Eucharistie sans peuple. Mais ils l’acceptent et célèbrent la Messe pour vous tous.

J’ai confiance que chacun, avec la grâce de Dieu, saura trouver son chemin de vie chrétienne pendant ce confinement. N’ayez pas peur : Dieu vous est présent. Éternelle est sa miséricorde ! Qu’il vous garde tous et chacun dans l’espérance. Je Le lui demande. Courage, confiance et douceur soient avec vous tous, ainsi que l’unité qui donne paix et joie !

Rennes, le 12 novembre 2020
+ Pierre d’Ornellas
Archevêque de Rennes

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