« Quel monde voulons-nous pour demain ? »

Tribune de Mgr d’Ornellas, Président du Groupe de travail sur la bioéthique à la Conférence des évêques de France
Ouest-France, le 1er février 2018

En invitant les citoyens aux débats, le CCNE nous convie aux questions éthiques brûlantes et complexes : l’ouverture de la PMA pour toutes les femmes ; légitimité du don de gamètes et anonymat ; utilisation de l’embryon humain pour la recherche ; augmenter l’homme afin de repousser ses limites ; modifier son génome en vue de le guérir ; se confier à l’intelligence artificielle pour notre soin et notre sécurité ; fabriquer la vie de façon synthétique ; rassembler les données de santé qui relèvent de notre intimité ; développer les neurosciences face à notre liberté ; faciliter l’assistance au suicide ; etc.

Le CCNE sait que l’heure est grave car nous sommes « à la croisée des chemins ». Ces débats seront d’authentiques dialogues puisqu’ a priori le réel des sciences et des techniques est convoqué, la raison humaine et son labeur sont honorés, les cohérences de notre droit sont recherchées, les souffrants et ceux qui les accompagnent avec compétence sont entendus, les traditions spirituelles et religieuses sont écoutées (selon Jürgen Habermas). Ce discernement éthique exige de toute évidence une grande honnêteté intellectuelle mais aussi le temps nécessaire à la réflexion et à la confrontation dans la sérénité. La précipitation serait une faute lourde. De même, ériger les sondages en pression serait un aveuglement grossier et coupable. Reconnaissons simplement que nous avons tous besoin de sagesse. C’est à ce prix que nous arriverons à la concorde pour nous engager avec courage dans la construction d’un monde où les techniques restent à leur rôle de servantes raisonnables tandis que l’éthique et la morale (selon Paul Ricœur) se hissent à leur indispensable rôle d’amies protectrices.

Par le dialogue, une vision commune de l’homme se tissera et des principes cardinaux non négociables seront mis en lumière pour guider nos actions et nos décisions. Par exemple, il est assez horrifiant que des juges dans une affaire jugée à Blois n’aient pas condamné la vente d’un enfant qui, pourtant, est un être humain ! Mais alors, quels principes ? Au moins ceux-ci : les êtres humains ne sont pas des biens ; leur dignité est inaliénable et inviolable ; la protection du plus petit – l’enfant – est primordiale. Sommes-nous tous d’accord qu’ils ne sont pas négociables ?

Réfléchir à un nouvel humanisme pour notre bonheur, c’est s’émerveiller encore devant l’être singulier et irréductible que nous sommes face à la science qui est grandiose. Dénuée de ses visées utilitaristes non scientifiques, celle-ci est sage recherche dans la modestie et l’admiration. La tradition biblique et le débat philosophique ont toujours su exprimer l’inestimable grandeur de l’être humain et alerter sur nos dérives irrationnelles qui le blessent. Lucide devant les possibilités technologiques et les désirs individuels exacerbés, le dialogue de ces États généraux est une heureuse fortune. « Si l’on veut qu’y soient toujours unies la vérité à la charité, l’intelligence à l’amour, il faut qu’il se distingue par la clarté du langage en même temps que par l’humilité et la bonté, par une prudence convenable alliée pourtant à la confiance : celle-ci, favorisant l’amitié, unit naturellement les esprits. »