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Fête de la lumière, fête de la vie consacrée

Monseigneur Pierre d’Ornellas
Archevêque de Rennes, Dol et Saint Malo

Homélie du samedi 2 février 2008 à la cathédrale Saint Pierre de Rennes.

Au terme de l’homélie, Mgr d’Ornellas a donné le nom de la Vierge à l’Enfant déposée désormais dans le chœur de la Cathédrale : Notre Dame de l’Espérance. Parmi tous les noms que les paroissiens de la Cathédrale ont proposés celui-ci est venu largement en premier.

Siméon est un homme pas banal. Il est « religieux et juste », il est « conduit par l’Esprit Saint ». La tradition chrétienne nous le présente comme un vieillard puisque l’Évangile nous dit sa prière : « Maintenant, Seigneur, tu peux laisser aller ton serviteur en paix. » (Lc 2,29)

Anne est aussi une femme pas banale. Elle est « prophète » après avoir vécu sept ans de mariage, comme si ce chiffre sept nous indiquait la perfection à laquelle était arrivé son amour conjugal. Veuve, elle demeure dans le Temple pour louer Dieu.

La vieillesse éternellement jeune

C’est ainsi que l’Évangile nous présente une rencontre dans le Temple, là où la gloire de Dieu se manifeste. Il s’agit de la rencontre de deux vieillards avec un enfant, un tout petit enfant. Dans le Temple, là où Dieu se rend présent, la vieillesse rencontre l’enfance extrême. La vieillesse sait lire la présence de Dieu dans cet enfant. Il ne s’agit donc pas de n’importe quelle vieillesse. Pensons à celle que nomme l’Écriture Sainte pour signifier ceux qui ont mûri dans la connaissance et l’amour de la volonté de Dieu. Nous nous en souvenons, Jésus ressuscité dit à l’Apôtre Pierre : « Quand tu étais jeune tu allais ou tu voulais, quand tu seras vieux, un autre te mènera là où tu ne voudrais pas aller. » (Jn 21,18). Telle est la vérité de la vieillesse selon Dieu. De même que Josué, d’abord jeune (Ex 33,11), devint « vieux » (Jos 13,1 ; 23,1) pour achever l’œuvre de Moïse et établir les douze tribus d’Israël sur la Terre promise, de même Pierre fut celui qui établit l’Église de Jésus, nouveau Moïse.

La vieillesse selon l’Evangile est celle d’un cœur habité par la volonté de Dieu : « Non pas ma volonté, mais ta volonté. » Elle est celle d’un cœur qui connaît la promesse de Dieu, d’un cœur qui sait quel dessein de salut Dieu réalise sur le monde, d’un cœur habité par l’Amour de Dieu. La vieillesse est maturité selon l’Évangile : elle est celle du cœur comblé par l’amour exclusif de Dieu pour son peuple. La vieillesse selon l’Évangile est éternellement jeune : elle reconnaît la plénitude de l’Amour dans un tout petit enfant !

Consacrés à l’Amour de Dieu et à sa promesse

D’une certaine manière, ce cœur est celui du consacré à Dieu : consacré à sa promesse, consacré à son dessein de salut, consacré à son amour. Ce cœur est celui de l’Église au milieu du monde ; par le baptême, le chrétien est consacré au salut que Dieu réalise au milieu du monde. Et au centre de l’Église sont les consacrés, ceux dont le cœur est habité par cet amour exclusif de Dieu pour l’humanité. Les consacrés vivent de la promesse de Dieu, savent la fidélité de Dieu et connaissent son dessein de Salut.

En nous montrant cette rencontre de deux vieillards, Siméon et Anne, avec l’Enfant Jésus, l’Évangile nous instruit sur l’attitude fondamentale qui meut ces vieillards mûris dans la volonté de Dieu, et qui est aussi l’attitude des cœurs consacrés à Dieu. En effet, saint Luc précise que Siméon « attendait la consolation d’Israël ». Il attendait non pas d’une attente inquiète, ni d’une attente tendue vers une réalisation qui ne vient jamais, encore moins d’une attente impatiente qui doute de la fidélité de Dieu. L’attente de Siméon est à la fois paisible et pleine car il se souvient de la promesse que Dieu a faite à Abraham, car il sait quelle fidélité anime Dieu, car il connaît de dessein de salut qu’il réalise sur les nations païennes. Siméon attend la consolation (cf. Is 40,1 ; 66,13) car il sait qu’Israël, son peuple, est lumière pour les nations.

Habités par une vivante espérance

Pour le dire d’une autre manière, allons lire l’Apôtre Pierre qui nous dit quelle attitude présente chez les chrétiens mûris dans la fidélité. Il nous instruit sur le cœur des consacrés, ceux qui sont mûris dans la volonté de Dieu, qui connaissent sa promesse et sa fidélité, qui savent quel dessein de salut se réalise. Cette attitude est celle de la « vivante espérance ». Sans doute en effet, en ces « vieillards », c’est-à-dire, ceux dont le cœur est pleinement habité par l’Amour exclusif de Dieu pour l’humanité, symbolisés par Siméon et Anne, se trouve au plus profond d’eux-mêmes l’hymne de bénédiction dont l’Apôtre Pierre nous fait part : « Béni soit Dieu, le Père de Notre Seigneur Jésus Christ : dans sa grande miséricorde, il nous a fait renaître pour une vivante espérance, par la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts. » (1 Pi 1,3). L’Apôtre Pierre continue : « Lui que vous aimez sans l’avoir vu, lui en qui vous croyez sans le voir encore. »

Telle est bien l’attitude des consacrés de Dieu en ce monde. Ils sont précisément ceux qui espèrent, ceux qui sont habités par une « vivante espérance ». Il ne s’agit pas d’une espérance d’un lendemain meilleur ; il ne s’agit pas non plus d’une espérance qui serait une illusion ; il s’agit encore moins d’une espérance pour obtenir un bien qu’on aurait pas encore. Cette espérance vivante donne de l’assurance, elle donne la vie en lui conférant tout son sens, elle est une nourriture qui rassasie. Cette espérance vivante est, comme on l’a dit, un « mouvement », une dynamique, une marche. Elle n’est donc pas l’espérance d’un bien futur, mais la certitude d’un bien donné gratuitement en plénitude. Elle est une espérance vivante car elle sait que Dieu réalise sa promesse aujourd’hui, qu’il accomplit son dessein de salut dans le Christ aujourd’hui, qu’il aime d’un amour qui se donne aujourd’hui, et non pas d’un amour qui se donnera plus tard.

Fraternellement unis à leurs contemporains

Cette espérance est aussi une mission. L’Apôtre Pierre continue : « c’est pourquoi, ayez l’esprit prêt pour le service. » (1 Pi 1,13). Il s’agit du service que l’Église rend à Dieu par son culte, dans sa louange qu’elle lui adresse et dans la supplication qu’elle fait monter vers lui. C’est le service des consacrés qui, au milieu du monde, prient Dieu en le louant pour tous ses dons et en le suppliant pour tous les hommes. Mais l’Apôtre Pierre continue : « Soyez vigilant et mettez toute votre espérance dans la grâce qui doit vous être accordée lors de la révélation de Jésus Christ. » Les cœurs consacrés à l’amour de Dieu pour l’humanité, habités par cette vivante espérance, savent que la grâce, c’est-à-dire la bénédiction et la vie divine, nous est accordée dans le Christ. Caché au milieu du monde, le Christ demeure présent par ceux qui lui sont consacrés, les baptisés, et, au milieu d’eux, les consacrés.

En nous montrant le vieillard Siméon et la prophétesse si âgée qu’est Anne, l’évangéliste saint Luc nous montre la vivante espérance vécue dans le Temple, c’est-à-dire dans l’Église du Christ. Que la fête de la lumière qui est aussi la fête de la présentation de Jésus au Temple, – jour où nous célébrons aussi la fête de la vie consacrée – , nous trouve vigilants dans l’espérance, prêts pour accomplir notre service au milieu du monde, qui est un service d’espérance.

Baptisés, consacrés, nous sommes invités à grandir dans l’amour fraternel pour tous les hommes et les femmes, nos contemporains, afin de leur prêter en quelque sorte notre espérance, elle qui donne sens à la vie et lui confère sa plénitude et sa joie. Laissons monter en cette fête l’hymne de bénédiction de l’Apôtre Pierre en cette Cathédrale Saint Pierre : « Béni soit Dieu, le Père de Notre Seigneur Jésus Christ : dans sa grande miséricorde, il nous a fait renaître pour une vivante espérance. ».

Haut de page - Imprimer - Mis à jour : Février 2008

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